«Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement; le pain que je donnerai, c’est ma chair.» Seule la routine nous permet d’entendre de tels propos sans nous émouvoir ou protester, estime Pierre Emonet sj dans son commentaire de dimanche 14 juin. «Car ils résonnent comme une provocation, et on comprend la perplexité de des auditeurs de Jésus.»

«Qui cherche le “comment” et prétend analyser, mesurer, calculer, reste sur sa faim. Ici, la physique, la chimie, les mathématiques, les sciences naturelles n’ont pas voix au chapitre. Elles sont dépassées. Le mystère de l’Incarnation appartient à un autre ordre, celui de la générosité divine et de la confiance qu’on veut bien lui accorder. Le Verbe s’est fait chair, et la chair s’est faite pain: cela est dit dans un contexte de pure gratuité, après une étonnante multiplication des pains.

»Loin de se lancer dans des explications, Jésus affirme de plus belle que qui veut vivre de la vie de Dieu doit manger sa chair, comme on croque ou on mâche un bon pain pour l’assimiler et le digérer. Trop pudiques, les traducteurs n’ont pas osé reproduire le vocabulaire très crû du Seigneur; ils se sont contenté d’écrire manger sa chair.

»Manger, c’est assimiler les aliments pour les transformer peu à peu en sa propre chair, seule manière de se maintenir en vie. Qui ne mange pas perd ses forces et finit par mourir. Le triste spectacle de la faim dans le monde en est l’illustration. Ainsi en va-t-il de la communion. Car, finalement, c’est bien de cela qu’il s’agit: d’assimiler le Verbe fait chair humaine pour en faire sa propre chair. «Celui qui me mange vivra par moi».

»Accepter d’assimiler la vie du Christ, telle un aliment qui doit devenir ma propre chair est une démarche à la fois redoutable et stimulante. Redoutable, parce qu’elle suppose que j’accepte de faire mienne la vie du Christ, que sa vie passe dans la mienne. Une vie toute donnée, ouverte, constructive. Décision explosive pour l’égoïsme natif et le repli sur soi, capable de désagréger tout ce qui tient en échec la pratique de l’Évangile. Mais la communion n’est pas seulement une exigence, elle est un repas, une nourriture, qui donne force et bonne santé pour faire face aux exigences dans lesquelles elle m’entraîne. Dis-moi ce que tu manges et je te dirai ce que tu es!»

Pierre Emonet sj