«La fête de la Trinité est une invitation à scruter le mystère de Dieu» rappelle Pierre Emonet sj pour ce dimanche 7 juin avant de s'exclamer: «Autant se pencher sur un abîme sans fond, à en avoir le vertige (...) Parlant de lui-même, Dieu ne dit qu’une chose: un amour, une immense bienveillance qui est à l’origine de tout, arrose largement le monde sans distinction de races, de classes, de religions, de bons ou de méchants. (...) Personne ne peut prétendre annexer Dieu pour cautionner une religion ou un programme politique, même pas en brandissant une Bible à bout de bras après avoir dégagé les «méchants» à coup de gaz lacrymogène!»

«La fête de la Trinité est une invitation scruter le mystère de Dieu. Autant se pencher sur un abîme sans fond, à en avoir le vertige. D’entrée de jeu, l’Évangile de Jean l’a affirmé: Dieu personne ne l’a jamais vu. Tout ce que l’on a pu dire à son sujet relève du mythe et de projections hasardeuses. Pour trouver des réponses aux grandes questions qui la hantent, l’humanité a façonné des dieux à son image. Les seules informations crédibles ne peuvent provenir que de l’intérieur même du mystère divin. C’est bien sur ce terrain que l’Évangile se place, lorsqu’il lève un peu le voile -on parle de révélation- pour rejoindre les hommes dans leur questionnement. La leçon décisive est compactée dans une formule aussi courte que dense: le Fils unique, lui qui est dans le sein du Père, l’a fait connaître. Parlant à partir des abîmes insondables de la divinité, Jésus, l’homme de Nazareth, dit que Dieu est essentiellement amour, bienveillance, don gratuit: «Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son fils unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas».

»Parlant de lui-même, Dieu ne dit qu’une chose: un amour, une immense bienveillance qui est à l’origine de tout, arrose largement le monde sans distinction de races, de classes, de religions, de bons ou de méchants. Sans exclure la nature, ajoute le pape François. En son Fils unique, Dieu s’est donné au monde si divers. Toute la création est placée sous le signe de l’amour. Chaque créature est un don, une action, une présence de la bonté créatrice offerte à tous indistinctement. Personne ne peut prétendre annexer Dieu pour cautionner une religion ou un programme politique, même pas en brandissant une Bible à bout de bras après avoir dégagé les « méchants » à coup de gaz lacrymogène (cf. l’actualité).

»Dieu ne doit rien ni ne marchande. S’il aime le monde, ce n’est pas que le monde l’ait mérité. L’amour est gratuit ou n’est pas. Voilà revues et corrigées les représentations des anciens mythes, l’inquiétante image d’une divinité surplombant l’humanité, celle des comptes à rendre, d’une instance vétilleuse convoquant le débiteur insolvable. Au juge qui, du dehors, sépare et tranche, à la loi qui pèse comme un joug, Jésus substitue la réponse du cœur invité à faire confiance à la bienveillance créatrice de Dieu pour s’y ajuster jusqu’à l’extrême de la gratuité, le pardon et l’amour des ennemis.

»“Qui croit en lui n’est pas jugé; qui ne croit pas est déjà jugé.” Il ne s’agit plus de théologie ou de morale, mais de l’acceptation d’une énergie qui, depuis les origines, structure le monde. La reconnaître, l’accepter pour s’y confier, est le gage de cette bonne santé appelée “le salut”. Ne pas lui accorder sa confiance, c’est rester en marge de l’amour créateur, sans autre juge que sa propre liberté.»

Pierre Emonet sj