«Parce qu’au baptême de Jésus l’Esprit est descendu sur lui «comme» une colombe, on en a fait un volatile, au point que l’ensemble des représentations du Saint Esprit imaginées par les artistes et le bon peuple finit par ressembler à un catalogue d’ornithologie», relève amusé le Pierre Emonet sj pour ce dimanche de Pentecôte qui marque le grand retour des messes en publique en Suisse pour un événement majeur.

«Le mot “esprit” n’a pourtant rien à voir avec les oiseaux. Il évoque le souffle, le vent, une brise, un courant qui fait bouger. Immatériel, le voilà présent sans être convoqué, sans qu’on sache d’où il vient ni où il va. Il éclaire, suggère, stimule, rassure, redresse: “Il souffle où il veut: tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il ne vient ni où il va”, explique Jésus au vieux Nicodème.  

»En promettant l’Esprit à ses disciples, Jésus dit qu’il va perpétuer sa propre présence auprès d’eux. Parce qu’il n’y a qu’une présence du Christ, il ne pouvait pas venir aussi longtemps que Jésus était physiquement présent parmi ses disciples. Cadeau pascal, accordé sans condition au soir de la résurrection, l’Esprit investit désormais chaque disciple. Présence multiple et éminemment personnelle, il accompagne et fait discerner ce qui est juste. Seul l’hôte qui l’héberge peut percevoir sa voix dans sa conscience, cette zone mystérieuse dont il est seul à détenir la clef.

»Il n’est pas toujours aisé d’identifier l’Esprit du Christ parmi les innombrables courants qui agitent un cœur humain: tempérament, sensibilité, émotions, états d’âme, séquelles des influences éducationnelles, orages qui dépriment ou exaltent, multitude de sirènes qui chantent plus fort et plus haut. Alors que l’Esprit murmure, suggère, et laisse libre.

»Pour permettre à ses disciples de reconnaître la voix de l’Esprit dans le brouhaha des sollicitations intérieures et extérieures, Jésus leur confie quelques critères. Trois tests d’authentification!

»Le premier, l’épreuve de la Parole. L’Esprit ramène toujours à l’enseignement du Christ: «Il vous rappellera tout ce que je vous ai dit». Il pousse le disciple à penser, juger, agir selon l’Évangile, une Parole confiée à une communauté, et pas abandonnée à l’arbitraire de n’importe quel rêveur. Aujourd’hui encore les faux prophètes ne manquent pas, qui confondent leurs lubies et leurs phantasmes avec l’Esprit du Christ.

»Le second, l’épreuve de la paix. Loin d’inquiéter, de culpabiliser et de compliquer, l’Esprit de Jésus apaise, pacifie, guérit et rassure. C’est un Esprit de réconciliation avec soi-même, avec le prochain, avec Dieu, qui tire le disciple hors de ses propres zones d’ombre pour le recentrer dans la joie du salut. La liturgie de la Pentecôte aligne les métaphores rassurantes pour chanter le consolateur souverain, la fraîcheur adoucissante, le repos et le réconfort.

»Le troisième, l’épreuve de l’ouverture. L’Esprit pousse les disciples à quitter le cénacle dans lequel la peur les tenait enfermés. Forts de l’Esprit du Christ, ils s’en vont affronter le vaste monde, pour annoncer la Parole, sans distinction de langue, de culture, de race. Cet Esprit est un vent qui souffle vers le grand large. Il invite le disciple à quitter un ego frileusement replié sur son petit capital de bonne conscience pour s’engager au service du prochain. Le courage du risque. Le pape François parle d’une «Église en sortie».  

Pierre Emonet sj