«Au soir de sa vie, confronté à sa mort prochaine, Jésus adresse à son Père une prière qui découvre le fond de son cœur. Une prière forte d’une double solidarité, avec le Père et avec ses disciples; un dialogue qui fait la navette entre le ciel et la terre, entre l’éternité et l’actualité, entre le Maître et les disciples.» Pour ce dimanche d'avant la reprise des offices religieux publiques en Suisse annoncée pour le 28 mai,  Pierre Emonet sj nous parle d'une filiation pas tout à fait comme les autres, celle du Père et du Fils, qui fait néanmoins écho à notre propre existence et met en garde contre une gloire mal interprétée.

«Tel un refrain qui donne le ton et sollicite le lecteur, le mot «gloire/glorifié» revient six fois en quelques versets. Jésus célèbre la gloire du Père, et lui demande de le glorifier en retour. Alors que pour les grecs et leurs héritiers la gloire évoque la renommée, la reconnaissance et la réussite, dans le langage biblique, le mot «gloire» fait d’abord allusion au poids d’une personne, à son importance, au respect qu’elle inspire. Le poids –alias la gloire– c’est la pesanteur d’un être, qui la rend importante.

Qu’est-ce que la gloire de Dieu? Quel est le poids de Dieu? Parce qu’il a accompli l’œuvre que le Père lui avait donnée de faire, Jésus affirme qu’il a glorifié le Père, qu’il l’a reconnu à sa juste valeur. L’œuvre qui lui a été confiée, c’est la révélation de l’amour de Dieu pour le monde. «Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique.» (Jn 3,16) Jésus l’a annoncé par son enseignement et, surtout, au prix de sa vie. Sa fidélité à la volonté du Père jusqu’à en mourir, révèle la gloire de Dieu, son poids, sa vraie valeur. En retour le Père a glorifié le Fils. En le ressuscitant, il proclame l’importance, le poids de tout ce que le Christ a enseigné et vécu.

Par le don de sa vie Jésus a glorifié le Père et a été glorifié. On comprend pourquoi, dans l’Évangile de Jean, le Christ parle de sa mort et de sa résurrection comme du moment de sa glorification.

La vie donnée pour ceux que l’on aime révèle le poids, la gloire d’une existence humaine, le point où se concentrent toutes les forces qui l’habitent, le lieu de sa pesanteur et de son importance.

La gloire de Dieu et celle qui vient de Dieu est toujours une vie donnée, dans l’amour et la fidélité, jusqu’à la suprême désappropriation de soi.

La notion de gloire fondée sur la renommée et la réussite en prend un coup! Aux pharisiens qui aimaient les titres et les courbettes, ou qui pratiquaient ostensiblement leur religion, Jésus reprochait de ne rechercher que la gloire qu’ils se donnaient les uns aux autres. Les disciples qui se jalousaient pour occuper les premières places n’étaient guère plus avancés. Pas étonnant dès lors, si, à certaines heures de son histoire, l’Église a cru pouvoir affirmer son poids, en multipliant les splendeurs de ses palais et les fastes de sa cour pontificale: gloriole mondaine, poids plume, plus que gloire de Dieu et du Christ.

Pierre Emonet sj

 

RupnikGesuMisericordiosoJésus et ses disciples par Rembrandt @ Wikimedia Commons