Par Pierre Emonet sj - Ce dimanche 10 mai sera sans messe publique, une fois de plus, mais pas sans Évangile. Pierre Emonet sj propose chaque dimanche sa réflexion sur l’Évangile du jour. Ce dimanche, il se demande si le sens de la transcendance s’acquiert? À moins qu'il ne soit inné...

À en croire les historiens de la religion, le sens de la transcendance serait inné, cet obscur pressentiment d’une instance qui surplombe l’humanité et détermine son destin. D’où la crainte qu’elle engendre, mélange d’inquiétude, de peur, de culpabilité face à un pouvoir redoutable auquel personne n’échappe. La divinité, le Tout-puissant! Les religions tentent de l’apprivoiser en proposant leurs recettes: prières, sacrifices, ascèse, bénédictions, exorcismes en tous genres, autant de tentatives d’escalader le ciel pour se concilier la divinité.

Dieu, personne ne l’a jamais vu, dit saint Jean (Jn 1,18). Il est un abîme sur lequel on se penche, et que l’on scrute en vain. Qui est-il? Une personne, avec laquelle tisser une relation, un inter-locuteur, un «Tu» auquel s’adresser? Ou, plutôt, la projection d’un imaginaire anthropomorphe, la personnification des forces et des énergies qui expliquent le monde? Incertitudes, doutes, questions sans réponses. Toute explication explorée, les théologies échafaudées et les images fabriquées n’ont jamais réussi à le saisir.

Mais voici que le mystère s’éclaircit et perd de son inconnue. Celui que l’on appelle le Tout-puissant, le Juge suprême, l’Origine du monde, Dieu, existe en traduction humaine: «Celui qui m’a vu a vu le Père. … Je suis dans le Père, et le Père est en moi …» L’homme de Nazareth, Jésus le galiléen! Ce qu’il dit est Parole de Dieu; ce qu’il fait est action de Dieu. Le sauveur, l’ami des pécheurs, celui qui guérit toute maladie, qui a pris sur lui l’immense souffrance du monde, est le seul visage de Dieu, la divinité à portée d’homme. S’il parle de paix, de justice, de fraternité, de réconciliation, s’il est proche des petits et des marginaux, lorsqu’il guérit, par-donne et libère, il incarne l’image d’un père, qui n’a rien à voir avec Freud. Tout ce que l’humanité a pu imaginer, dire et désirer de Dieu, trouve finalement son aboutissement dans la figure du Christ. La transcendance ne se cache plus derrière l’effrayant silence des espaces infinis (Pascal) mais transparait dans l’incommensurable amour qui joue sa vie par solidarité.

Le christianisme a renversé le mouvement. Pour rencontrer Dieu, il ne s’agit plus d’escalader le ciel à la force de son poignet. C’est le ciel qui descend sur terre dans la vie d’un homme qui incarne tout ce qu’il est possible d’imaginer ou de dire à propos de Dieu. La vieille tentation prométhéenne qui prétendait rejoindre le divin est annulée. L’homme ne mérite pas, ne conquiert pas; il ne peut que recevoir, et ouvrir les portes et les fenêtres de sa maison pour laisser entrer celui qui vient à lui. La performance religieuse et morale laisse la place à la foi qui acquiesce et accueille. Pas d’autre itinéraire à parcourir, pas d’autre théologie à connaître, pas d’autre spiritualité à pratiquer. Le chemin est proche. Il a pour nom Jésus de Nazareth: «Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie.» Lui emboîter le pas, suivre modestement, dans la fragilité humaine, un chemin simple et prometteur qui ne s’égare pas dans les nuages.

Pierre Emonet sj

 

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