«À première vue, l’Évangile d’aujourd’hui pourrait apparaître comme une source de confusions», note Valerio Ciriello sj. Car, liturgiquement parlant, nous sommes dans la quatrième semaine de Pâques, mais le contenu de l’Évangile de ce 7 mai 2020 nous ramène aux jours précédant la crucifixion de Jésus. La lecture des Actes (13, 13-25) se réfère aussi entièrement au temps qui a suivi la résurrection de Jésus. Paul est même pleinement engagé dans sa mission d’évangélisation.

Mais pourquoi l’Évangile du jour fait-il référence à cette période pré-pascale, alors que liturgiquement nous vivons dans le temps de la résurrection?
Peut-être parce que le message de Jésus-Christ prend un sens différent, encore plus profond, à la lumière de sa résurrection.

Jésus a tout donné dans sa vie terrestre, il a lavé les pieds de ses disciples (Jn 13,16), bien qu’il soit le Maître. Il a également permis à l’un des disciples de le trahir (Jn 13,18), ce qui a finalement abouti à sa mort sur la croix. Et si les autres disciples ne le trahissent pas activement, ils laissent Jésus à son sort et se dispersent dans toutes les directions.

Quelle nouvelle signification la résurrection de Jésus-Christ apporte-t-elle à notre passage d’Évangile du jour?
Sans la résurrection, les enseignements et les actes de Jésus ne seraient que de beaux exemples d’humilité, de droiture et de générosité. En d’autres termes, Jésus nous aurait laissé un grand exemple d’amour fraternel à suivre. Mais cet amour serait probablement resté infructueux et serait mort avec Jésus sur la croix, si celui-ci n’était pas ressuscité d’entre les morts.

Au fond, Jésus veut nous dire que nous ne resterons dans la vraie vie qu’en relation avec nos semblables. Et que chaque fois que nous nous sommes ouverts à un de nos semblables, nous nous sommes ouverts à lui. Jésus ne nous laisse pas seulement un exemple à suivre, mais par sa résurrection, il nous indique le sens le plus profond de la vie elle-même, qui est de nous ouvrir au monde (Jn 13, 20) et non de nous enfermer dans notre propre monde.

Qu’est-ce que cela signifie pour ma vie aujourd’hui?
Cela signifie que nous devrions arrêter de construire des bateaux de sauvetage juste pour nous. Le seul canot de sauvetage qui peut nous sauver dans un monde "qui se défait" est celui que nous aurons le courage de construire ensemble.

Parce que chaque fois que nous abandonnons le travail avec d’autres pour un monde meilleur, ou que nous renonçons à travailler ensemble, ayant l’illusion de pouvoir nous sauver nous-mêmes, nous ne faisons qu’accélérer notre propre fin. Parfois, nous n’avons pas peur de jeter simplement par-dessus bord ceux qui ont besoin d’aide, et nous ne montrons pas la moindre inhibition alors que nous accumulons pour nous seuls les ressources qui étaient destinées à construire le canot de sauvetage avec et pour tous les autres.

Nous pouvons apprendre des apôtres. Ils ont peut-être abandonné Jésus à son sort, mais ils se sont aussi réunis pour répandre la Bonne Nouvelle de la résurrection de Jésus. Nous pouvons leur en être reconnaissants.

Judas, cependant, a préféré suivre sa propre voie. Il a trouvé sa propre mort et s’est séparé de Jésus, alors que celui-ci était venu lui montrer le chemin qui mène à la vraie vie!

J’espère pour nous tous que cette crise mondiale, qui évolue de plus en plus d’une crise sanitaire à une crise économique, sociale et politique, nous donnera la motivation et la force d’ouvrir enfin les yeux et d’agir. Lorsque nous réaliserons que nous sommes tous des naufragés dans ce seul et unique petit monde, nous pourrons enfin commencer à construire ensemble le seul et unique bateau de sauvetage. Celui qui nous sortira de la crise.


«Si quelqu’un reçoit celui que j’envoie, il me reçoit moi-même» (Jn 13, 16-20)

Après avoir lavé les pieds de ses disciples, Jésus parla ainsi: «Amen, amen, je vous le dis: un serviteur n’est pas plus grand que son maître, ni un envoyé plus grand que celui qui l’envoie. Sachant cela, heureux êtes-vous, si vous le faites. Ce n’est pas de vous tous que je parle. Moi, je sais quels sont ceux que j’ai choisis, mais il faut que s’accomplisse l’Écriture: Celui qui mange le pain avec moi m’a frappé du talon. Je vous dis ces choses dès maintenant, avant qu’elles n’arrivent; ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez que moi, JE SUIS. Amen, amen, je vous le dis si quelqu’un reçoit celui que j’envoie, il me reçoit moi-même; et celui qui me reçoit, reçoit Celui qui m’a envoyé.»

Du livre des Actes des Apôtres (13, 13-25)

À Antioche de Pisidie, Paul s’adresse aux Juifs dans la synagogue.

Quittant l’île de Chypre pour l’Asie mineure, Paul et ses ­compagnons s’embarquèrent à Paphos, et arrivèrent à Pergé en Pamphylie. Mais Jean-Marc les quitta et s’en retourna à Jérusalem. Quant à eux, ils poursuivirent leur voyage au-delà de Pergé, et arrivèrent à Antioche de Pisidie.
Le jour du sabbat, ils entrèrent à la synagogue et y prirent place. Après la lecture de la Loi et des Prophètes, les chefs de la synagogue envoyèrent quelqu’un pour leur dire: «Frères, si vous avez un mot d’exhortation pour le peuple, prenez la parole.»
Paul se leva, fit un signe de la main et dit: «Hommes d’Israël, et vous aussi qui adorez notre Dieu, écoutez: Le Dieu d’Israël a choisi nos pères; il a fait grandir son peuple pendant le séjour en Égypte et, par la vigueur de son bras, il l’en a fait sortir. Pendant une quarantaine d’années, il les a nourris au désert, et, après avoir exterminé sept nations païennes au pays de Canaan, il leur en a ­distribué le territoire en héritage. Tout cela avait duré environ quatre cent cinquante ans.
«Après cela, il leur a donné des juges, jusqu’au prophète Samuel. Puis ils demandèrent un roi, et Dieu leur a donné Saül, fils de Kish, un homme de la tribu de Benjamin, qui régna quarante ans. Après l’avoir rejeté, Dieu a suscité David pour le faire roi, et il lui a rendu ce témoignage: J’ai trouvé David, fils de Jessé, c’est un homme selon mon cœur; il accomplira toutes mes volontés.
«Et, comme il l’avait promis, Dieu a fait sortir de sa descendance un ­sauveur pour Israël: c’est Jésus, dont Jean Baptiste a préparé la venue en proclamant avant lui un baptême de conversion pour tout le peuple ­d’Israël. Au moment d’achever sa route, Jean disait: “Celui auquel vous pensez, ce n’est pas moi. Mais le voici qui vient après moi, et je ne suis pas digne de lui défaire ses sandales.”»