Par Pierre Emonet sj - Ce dimanche 3 mai sera une fois encore un dimanche sans messe publique, mais pas sans Évangile! Pierre Emonet sj se demande si nous sommes «Brebis heureuses ou moutons d’abattoir» (Jn 10,1-10): Les brebis suivent-elle la voix du berger? ou, sacrifiées aux intérêts de ceux qui leur ont volé leur vie, ne sont-elles plus que des moutons destinés à l’abattoir?

Le monde auquel s’adresse Jésus est familier des troupeaux et des pâturages. Les ancêtres, Abraham, Isaac, Jacob, David, étaient des bergers qui se déplaçaient avec leurs troupeaux au gré des saisons. Les prophètes qui avaient parlé du Messie comme d’un mystérieux berger selon le cœur de Dieu. La métaphore était devenue classique pour parler des relations entre Israël et Dieu. Jésus y recourt dans la polémique qui l’oppose aux pharisiens qui avaient expulsé de la Synagogue l’aveugle de naissance récemment guéri.

Jésus commence par brosser un tableau symbolique, où tout se joue autour de l’enclos qui abrite un troupeau de brebis. Le berger y entre normalement par la porte. Par contre, les voleurs -allusion aux pharisiens- escaladent le muret de l’enclos. Il y a quelque chose de malhonnête dans leur rapport aux brebis. Il faut donc s’en méfier. Par contre, le berger a une relation amicale et personnelle avec ses brebis. Il connaît chacune par son nom et les brebis reconnaissent le son de sa voix et le suivent. Comme les disciples écoutent la Parole et suivent le Christ. Marchant en tête, ouvrant le chemin, le berger conduit son troupeau hors de l’enclos. Dans le texte original grec de l’Évangile, le mot enclos signifie également le parvis du Temple. Clin d’œil de l’évangéliste aux pharisiens: comme autrefois Dieu guidait le peuple hébreu vers la Terre Promise, le Christ, emmène ses brebis vers de bons pâturages, hors du Temple et de ses marchands, loin des prescriptions et des traditions pharisaïques.

Parce que les pharisiens semblent ne pas comprendre où Jésus veut en venir, persuadés qu’ils sont d’être eux-mêmes les bergers du troupeau, il leur propose une autre image. Qu’ils regardent la porte par laquelle les brebis sortent de leur enclos pour gagner la liberté des pâturages. Reprenant à son compte le nom divin révélé à Moïse au buisson ardent, Jésus affirme avec force -trois fois Amen- comme une vérité absolue et solennelle: «JE SUIS la porte». Il est le passage obligé qui ouvre sur une vie plus abondante. Qui passe par lui peut aller et venir en toute liberté dans un pâturage qui ressemble au Paradis perdu. Du coup, voilà le Christ en concurrence avec les pseudos prophètes et autres marchands de recettes merveilleuses qui tentent de s’emparer des brebis pour leur propre commerce. Ces gens ne sont que des voleurs de Dieu, des bandits. Abusées, les brebis n’entendent plus la voix du berger. Sacrifiées aux intérêts de ceux qui leur ont volé leur vie, elles ne sont plus que des moutons destinés à l’abattoir.

Suivre le berger, trouver la porte, encore faut-il que les brebis reconnaissent la voix du pasteur parmi tous les appels qui résonnent en elles et autour d’elles, et qu’elles trouvent la bonne sortie. Jésus propose à ses auditeurs un triple critère de discernement. Qui écoute la voix du berger (la Parole), progresse dans la liberté et vit de plus en plus pleinement se trouve sur le bon chemin: «Je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance.»

Pierre Emonet sj

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