Qui aurait pensé que Thérèse nous rejoindrait aujourd’hui dans notre clôture imposée? Qui aurait imaginé que du fond du XVIe siècle l’œuvre d’une femme vienne nous éclairer? Que son itinéraire de feu vienne nous consoler? C'est pourtant le propos de ces quelques phrases issues de son maître-livre Le Château intérieur, des mots qui raisonnent au plus profond de nos âmes du XXIe siècle.

«Quand je considère, mes sœurs, l'étroite clôture où vous êtes, le peu d'agrément qui s'y trouve et l'insuffisance si manifeste du local qui serait nécessaire pour quelques-uns de nos monastères, il me semble que ce serait une consolation pour vous de vous délectez dans ce château intérieur; car vous pourrez y entrer et vous y promener à toute heure, sans avoir besoin d'en demander la permission à vos supérieurs», écrivait Thérèse d’Avila, dans Le Château intérieur.

Convertie, Thérèse d’Avila est passée de l’étroitesse au grand large! Elle a alors vu sa tente s’élargir à l’infini, son cœur se dilater aux dimensions de Dieu. Cela n’a pas été sans mal. La Madre a osé faire la vérité sur elle-même et avancer en ces vastes espaces qui font si peur à notre finitude. Les fuir serait pourtant manquer la découverte d’un trésor insoupçonné: la vérité sur soi-même qu’elle nomme l’humilité!

Une occasion nous est offerte aujourd’hui d’approcher ce trésor. Être confiné c’est se voir imposer des limites. Celles-ci nous restreignent. Elles nous contraignent à vivre dans un espace limité. Il peut nous révéler notre isolement. Se révolter ou s’enfuir est tentant. Mais une autre voie est possible: découvrir le goût de la solitude et faire de notre demeure un monastère. Cette opportunité peut devenir la chance de notre vie. Car celui qui vit seul et l’accepte va être amené dans la foi à découvrir et arpenter des chemins qui lui donneront d’habiter son château intérieur, de découvrir la vastitude de son intériorité, l’immensité de son âme.

C’est découvrir l’étroitesse de notre demeure qu’elle soit géographique, affective ou existentielle et vivre de peu d’agrément que d’être confiné! Mais l’occasion est belle de changer de registre, de prendre de la hauteur, bref de faire un saut qualitatif et de découvrir combien la relation à Dieu élargit la capacité de notre âme!

Et si la société, après la pandémie, n’a pas tiré les leçons de la crise et que le rythme endiablé reprend, nous pourrons, sans la permission de quelque autorité que ce soit, nous promener à toute heure en ces vastes espaces et nous y délecter!

Plus encore: nous ne serons plus affairés, prisonniers de notre action sur le mode du souci et de l’inquiétude, mais pleinement actifs dans la confiance que la dilatation de notre intériorité nous aura donné. Et comme l’affirme Thérèse, cela produira des œuvres!

Luc Ruedin sj

À lire égalent, l’article à propos du livre de Luc Ruedin sj récemment paru Saisis par Dieu, une lecture du "livre des demeures" de Thérèse d’Avila: Luc Ruedin sj sur les pas de Thérèse d'Avila