Qui l’eut cru? Vendredi dernier, 20 mars, était «la journée mondiale du bonheur». Cette journée avait été instituée en 2012 par l’ONU, à l’époque où le monde pensait être sorti de la crise financière de 2008. Parler de bonheur en mars 2020, lorsque la crise du coronavirus frappe de plein fouet l’Europe et les États-Unis, que les morts se comptent par milliers, après avoir gelé pendant trois mois la vie asiatique, en Chine dès la fin du mois de décembre, puis au Japon, en Corée, en Australie … c’est de l’humour noir!

Car crise il y a, cet état de l’organisme qui hésite entre la guérison et la mort. Comme toujours, la crise est entrée par une porte dérobée. On est toujours préparé pour la guerre précédente. Les gourous de l’économie l’attendaient venant de la finance, elle arrive venant de la biologie, de l’économie réelle et de l’interdépendance économique et touristique des pays de la planète.

En attendant que la société retrouve son souffle et reparte sur des bases nouvelles -du moins, je l’espère-, comme toujours dans les bouleversements sociaux, ce sont les plus faibles qui pâtissent davantage. On dirait que la «loi Matthieu» frappe constamment (de l’évangile selon Matthieu, chapitre 25, verset 29: «À qui a on donnera; à qui n’a pas, on enlève même ce qu’il a.») En matière évangélique, le doute est permis; mais non pas, malheureusement, comme ici en matière sociale, lorsque l’on veut bien ouvrir les yeux.

En témoigne l’appel du président de Caritas Suisse, Hugo Fasel, dont je rapporte ci-dessous quelques points bien observés: «De même que les petites entreprises rencontrent des problèmes de liquidités, de nombreuses familles menacées par la pauvreté n'ont pas non plus l’argent nécessaire pour payer leurs factures à la fin du mois. Il n’y a pas pour elles de crédit garanti par le Département fédéral des finances. Les familles et les personnes seules ayant de petits revenus et des revenus complémentaires sont en crise en très peu de temps. Les plus pauvres sont durement touchés, en particulier les familles en situation précaire.»

Il y a en effet les travailleurs temporaires de l’hôtellerie, les mamans de jour qui n’ont plus d’enfant à garder, les femmes de ménage, souvent mères de famille, qui ne travaillent plus, parfois sans toucher d’allocations de chômage parce que leurs employeurs ne les avaient pas inscrites auprès des assurances sociales. Sans parler de ceux qui, ayant choisi une franchise élevée pour pouvoir bénéficier de plus basses primes d’assurance, se trouvent incapable de payer un médecin.

Une vue en surplomb, celle de certains politiciens, celle de beaucoup d’économistes, celle de plusieurs qui peuvent attendre sans trop de souci la fin du confinement, pourrait conduire à penser benoîtement: «La crise est dure pour tout le monde». C’est malheureusement faux! Les plus fragiles d’entre nous ne sont pas «tout le monde».

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Le point de vue
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