Le travail d'aumônier dans les prisons a toujours été l'une des tâches les plus importantes de la pastorale. Dans la Bible, c'est l'une des sept œuvres de miséricorde. Les aumôniers dans les prisons sont là pour les détenus, mais aussi pour le personnel. Ils célèbrent les services religieux et dialoguent avec les prisonniers. Pendant leur incarcération, ces derniers ont du temps pour réfléchir à leur vie et ont besoin d’écoute. De nombreuses questions et problèmes remontent à la surface et ils peuvent ainsi les partager dans un climat de confiance. L'aumônier des prisons les aide à se réconcilier avec leur vie tout comme avec Dieu. Le Père Johannes König sj nous donne un aperçu de son travail dans les prisons de Graz, en Autriche. Il nous fait part de ses rencontres et de ses pensées en ce dimanche de Carême en prison.

Le quatrième dimanche de Carême est dit dimanche de Laetare, ce qui signifie «Réjouis-toi». Je reviens de la messe qui a été célébrée à la prison de Graz-Karlau, un établissement pénitentiaire pour hommes. Plus tôt dans la journée, à 6h15, j'ai participé à la messe de la prison de Graz-Jakomini. C'est là que ceux qui viennent d’être arrêtés passent leur temps de détention provisoire. Chacun des deux établissements compte environ 500 détenus. La prison de Jakomini a également une section pour les femmes, et une autre pour les jeunes. Comment se célèbre le dimanche de Laetare en prison? Vu la situation due à la pandémie, nous sommes heureux d'avoir pu célébrer même avec un nombre quelque peu limité de participants.

Clés en main
Depuis un an, nous vivons tous dans les conditions imposées par la pandémie et essayons de nous protéger du coronavirus. Le gouvernement nous confine temporairement pour nous protéger et a fermé de nombreux commerces et lieux publics. Une expérience commune d’emprisonnement en quelque sorte. Cependant, nous détenons toujours les clés de notre vie et nous sommes invités à nous abstenir volontairement de tout contact. Qui aurait pu imaginer une telle situation il y a un an? Nous ne sommes pas vraiment d'humeur à fêter en ce dimanche de Laetare.

Des histoires de vie douloureuses
J'ai pris l'Évangile de la guérison des aveugles (Jean 9). J'ai ajouté à cela la lecture du premier livre de Samuel avec la phrase centrale: «L'Éternel ne considère pas ce que l'homme considère; l'homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l'Éternel regarde au cœur.» Cette phrase me fait dresser l'oreille. Qu'est-ce que je vois et j'entends souvent lorsque je parle à un détenu ou que je fais sa connaissance? J'entends beaucoup d'histoires de vie douloureuses qui parlent des nombreuses blessures du cœur. Oui, il y a beaucoup de souffrance dans ces récits.
En outre, la vie en prison est une privation de liberté qui confronte les détenus à de nombreuses humiliations et dévalorisations. De la part des autres prisonniers et du personnel. C'est comme la vie elle-même, mais en tant que détenu, vous êtes à leur merci. Pas d'échappatoire possible. À l'image de certains Psaumes, nous sommes invités à faire confiance à Dieu malgré la douleur. Des psaumes qui nous parlent de la fidélité et de l'aide du Seigneur, et nous conduisent ainsi au réconfort et à l'espérance.

Comment Dieu se montre-t-il?
L'Évangile ouvre le débat: cet homme, Jésus, est-il vraiment le fils de Dieu? En tant qu'aumônier, surtout en prison, j'essaye de comprendre comment Dieu entre en scène, comment nous pouvons le reconnaître et sous quelle forme Il se montre. L'école pour y arriver est la Parole de Dieu. Chaque nouvelle rencontre en prison est un nouveau voyage qui s’ouvre à moi. Bien sûr, les détenus ne s'expriment pas dans la langue habituelle de notre église. Très peu d’entre eux ont été socialisés religieusement, ou seulement d'une façon très rudimentaire. Il se peut donc qu'ils vivent Dieu et la Foi de manière très unilatérale. Ils n'ont pratiquement jamais eu affaire à un prêtre. Le premier contact se fait généralement par le biais d’une petite aide, d’un peu d'argent pour passer un coup de fil ou acheter du tabac par exemple.

Des moments de joie inattendus
On me demande souvent une Bible. Dans les langues les plus diverses. Je m'assure qu'il y ait des Bibles appropriées dans la bibliothèque de la prison. Je leur demande ensuite comment ils lisent la Bible. La réponse est généralement : « Depuis le début, évidemment. » Comme on a l'habitude de lire un livre. Alors je tente une petite introduction. Je leur dis, par exemple, qu'il existe un livre de prière séparé dans la Bible. Ou encore je leur suggère de lire un Évangile qui leur transmet une image de Jésus. Bien sûr, tout cela suppose que nous puissions communiquer. Cela peut parfois être assez problématique s'il n'y a pas de langue commune.
Évidemment, la difficulté de communiquer touche aussi les autres activités en prison. Dans mon travail en prison, il y a parfois ce que j'appelle des « moments de grâce » absolument inattendus. A l’exemple de cet homme, récemment placé en garde à vue, hautement qualifié en médecine et croyant, qui se retrouve en cellule en compagnie d'un jeune « junkie ». Lorsqu'il a été arrêté, il a pu emporter avec lui un livre de prières. Il lui arrive de réciter un Psaume à haute voix. Une lecture qui pique la curiosité de son jeune compagnon de cellule qui lui pose alors des questions, et de longues conversations s'ensuivent. N'est-ce pas une joie d'entendre cela?

«Je me confie en l'Éternel. Je serai par ta grâce dans l'allégresse et dans la joie ; car tu vois ma misère, tu sais les angoisses de mon âme.» (Psaume 31:7)

Au regard des personnes en prison, les mots de l'Écriture sonnent soudain de manière nouvelle et significative. Ils inspirent l'espoir et aussi la joie.
«Merci, Seigneur!»

Johannes König sj

À propos de l'auteur
Le Père König sj est né en 1944 à Telfes dans le Stubai/Tyrol. En 1962, il entre au noviciat des jésuites à St. Andrä, dans la vallée du Lavant. En 1971, il reçoit l'ordination sacerdotale à Innsbruck. Le Père König sj a été aumônier auprès des jeunes et des étudiants d’Innsbruck et de Vienne, et prêtre dans ces deux villes. Depuis 2007, il est aumônier pour les prisons de Graz et l'hôpital psychiatrique. Le Père König est en outre l'accompagnateur spirituel du mouvement catholique international pour la paix Pax Christi et œuvre au sein de l'église catholique de la ville de Graz.