L'Aloisiuskolleg -Collège Aloisius- est une école catholique pour filles et garçons entre 10 et 18 ans. Alors pourquoi ce nom de Kolleg? Par tradition. Au XVIe siècle déjà, les jésuites appelaient toutes leurs écoles "Kolleg" ou Collège. En tant que communauté religieuse nouvellement fondée, ils souhaitaient dès le début associer une bonne éducation scolaire à une éducation holistique de qualité, c’est-à-dire qui intègre les dimensions physique, émotionnelle, cognitive et de sens de l’être humain, sans omettre la créativité. Tout cela dans le but d'aider les élèves à devenir «des humains au service des autres».  Dans ce contexte, il est particulièrement  importante, pour offrir une bonne qualité d'enseignement, de lutter activement contre toute forme de harcèlement à l'école. Annalena Scholz (enseignante et chargée de prévention) et Viktoria Streicher (élève de 9e année et médiatrice lors de conflits) expliquent comment l'Aloisiuskolleg s'engage pour un climat scolaire serein à Bonn.

Qu'est-ce que le harcèlement au juste?
Annalena Scholz (enseignante et responsable de la prévention): On parle de harcèlement lorsqu'un un élève subit des violences répétées pendant une période prolongée. Généralement, la violence vient de camarades d'école -mais le harcèlement peut aussi provenir d'un enseignant. Le harcèlement peut être une violence verbale ou physique. Au fond, la violence verbale est souvent moins bien vécue. Un enfant a tendance à oublier un coup de pied reçu, mais pas des remarques vraiment méchantes qui, elles, restent ancrées dans sa mémoire.

L'Aloisiuskolleg est une école gérée selon des principes chrétiens. Y a-t-il vraiment du harcèlement?
Viktoria Streicher (élève de 3e année et médiatrice lors de conflits): Le harcèlement n'est pas toujours visible, même s’il se déroule sur des semaines, des mois voire des années. C'est bien la preuve qu'il passe souvent inaperçu. On peut s’apercevoir quand un élève «se paye la tête» d'un autre. Mais cela ne se produit généralement qu'une seule fois et ne constitue donc pas un harcèlement. À mon avis, le harcèlement n'est pas un problème ici. Pour ma classe, j'en suis certaine. Quoi que, avec la crise de la Covid-19 et l'enseignement à distance, on ne sait peut-être pas tout, et probablement pas si un élève est harcelé sur Internet.
Annalena Scholz: Viktoria a évoqué quelque chose de très important: la plupart du temps, le harcèlement se déroule de manière très subtile, ce qui le rend invisible pour les enseignants. Nous devons donc compter sur la bienveillance des élèves. Ils doivent savoir ce qu'est le harcèlement et qu'il est inacceptable qu'un élève soit intimidé pendant une période prolongée. En général, il y a deux ou trois auteurs et une seule victime. Certains élèves participent au harcèlement en tant que suiveurs, d'autres ne s'y opposent simplement pas. Il y a aussi les «victimes collatérales» qui remarquent le harcèlement et en souffrent eux-mêmes. Ce sont souvent eux qui se tournent vers notre équipe anti-harcèlement.

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Viktoria Streicher: Le partage social est très important dans notre école. Une fois par semaine, il y a un conseil de classe. Nous y siégeons en cercle et discutons, entre autres, d'éventuels conflits. Durant la semaine, des fiches peuvent être placées dans une boîte aux lettres pour déterminer les sujets qui seront traités au conseil de classe. De plus, dans un module spécial, nous avons abordé la question du harcèlement et les moyens de l'éviter.
Annalena Scholz: Les élèves eux-mêmes ne peuvent pas faire grand-chose pour empêcher le harcèlement. Mais l'Aloisiuskolleg a des interlocuteurs vers lesquels ils peuvent se tourner. Le conseil de classe et le programme anti-harcèlement servent à prévenir la violence. Il y a une dizaine d'années, quand les premiers abus ont été révélés, nous avons examiné ce qui n'allait pas et où les structures n'étaient pas transparentes. Par exemple, il n'y avait aucune véritable culture de plainte à l'école.

Que se passe-t-il en pratique lorsqu'on découvre qu'un élève est victime de harcèlement?
Annalena Scholz: Nous avons une équipe anti-harcèlement composée de deux collègues qui ont reçu une formation spéciale. Ils travaillent selon un modèle anglais appelé «no blame approach». Ce qui le rend particulier est que les auteurs ne sont pas blâmés. Nous cherchons à les rallier à notre cause et à stopper leur mauvais comportement. Car c'est aussi ce que veulent les victimes. D'après mon expérience, les victimes ne cherchent pas à se venger -ce sont plutôt les camarades, les collègues et les parents qui le souhaitent. Nous demandons aux auteurs de réfléchir à la manière dont ils peuvent modifier leur attitude au bénéfice des victimes. Dans la grande majorité des cas, ça réussit.

Un seul entretien suffit-il, ou s'agit-il d'un processus plus long?
Annalena Scholz: Il y a toujours plusieurs rencontres permettant de vérifier si les mesures anti-harcèlement fonctionnent. C'est très important, car c'est une situation difficile, aussi pour les auteurs: par leurs intimidations, ils veulent montrer leur puissance et leur force pour compenser une autre faiblesse. Si les mesures anti-harcèlement ne fonctionnent pas du premier coup, on ne baisse pas les bras et on reprend le processus. Si les efforts n'engendrent aucun changement, la direction de l'école prend également des dispositions et d'autres sanctions tombent. Il y a eu quelques cas rares où des auteurs ont dû quitter l'école après un long processus.

La médiation de conflits peut-elle contribuer à prévenir le harcèlement?
Viktoria Streicher: Nous, médiatrices et médiateurs de conflits, nous ne réglons pas les conflits de nos camarades, mais nous les aidons à le faire eux-mêmes. Pour nous orienter, nous avons reçu une directive dans le cadre d'une de formation. Les élèves doivent avoir la volonté de venir vers nous et de se réconcilier. Il ne suffit pas qu'un enseignant nous les envoie.
Annalena Scholz: La médiation des conflits par les élèves fonctionne très bien. Elle présente le grand avantage que les élèves peuvent s'adresser dans un premier temps à d'autres élèves et ne pas impliquer directement leur professeur l’appelant à prendre parti. Les élèves peuvent devenir médiatrice ou médiateur de conflits à partir de leur troisième année. Une médiatrice ou un médiateur est en général responsable d’élèves de la sixième à la troisième, c'est-à-dire de plus jeunes que lui.
La médiation de conflits est l'un des éléments de notre approche anti-harcèlement. L’établissement a également des conseils psychosociaux. Et une fois par semaine, un psychologue scolaire externe vient sur place. Et bien sûr, il y a les aumôniers du collège. Les élèves peuvent donc choisir à qui ils veulent se confier.

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Ces efforts pour créer une atmosphère harmonieuse au sein de l'Aloisiuskolleg portent-ils leurs fruits ?
Viktoria Streicher: Nous avons en général un climat scolaire très agréable ici. Les grands désaccords, les confrontations et les bagarres sont des exceptions.
Annalena Scholz: Je suis tout à fait d'accord. Il y a quelques rares cas de harcèlement, mais nous disposons des structures nécessaires pour y remédier. Bien sûr, il existe des conflits à l'école, sinon nous n'aurions pas besoin de médiateurs. Mais l'important, c'est que les élèves apprennent à les maîtriser par eux-mêmes. Un conflit n'est pas forcément mauvais en soi. Il s'agit d'apprendre à se disputer de manière raisonnable, et si on y parvient, un tel conflit peut même devenir profitable. Nous ne cherchons pas à établir une école parfaite, un paradis sur terre. Ce serait naïf. Mais nous voulons être une école où les situations difficiles sont bien gérées.

 

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