Le Père Björn Mrosko sj joue de la batterie dans le groupe de rockabilly hambourgeois 18 Miles to Memphis. Un passe-temps plutôt inhabituel pour un prêtre jésuites. Pourtant il existe bien d'autres exemples de talents soutenus par la Compagnie, comme ceux du jésuites dansant (le Père Saju George sj - vidéo ici), de l'artiste mosaïste Marko Ivan Rupnik sj, de l'astronome Guy Consolmagno sj, directeur de l’Observatoire astronomique du Vatican. À Hambourg, nous retrouvons le Père Björn Mrosko sj assis devant sa batterie. Aumônier, enseignant et expert dans le domaine de la protection des enfants et des adolescents, il n'en reste pas moins un musicien passionné.

Vous êtes jésuite et batteur de rock. Quand avez-vous pris les baguettes en main pour la première fois?
Björn Mrosko sj: «Je devais avoir 12 ou 13 ans. Mon idole était Slim Jim Phantom, le batteur du groupe de rockabilly Stray Cats. J'ai commencé la batterie dans la cave d'un ami. Aujourd'hui, je joue sur une Mapex à la maison et une Sonor à la salle de répétition.»

08 Hamburg Bjoorn Mrosko 3Le rockabilly, qu'est-ce que c’est exactement?
«Pour faire simple, au milieu des années 1950, de jeunes musiciens comme Elvis Presley ou Carl Perkins ont commencé à mélanger rhythm & blues noir et country music. Cela a donné naissance au rockabilly, un style du tout début du rock 'n roll. Cette musique est donc à l'origine de tout ce que nous appelons aujourd'hui la musique rock.
La musique me fascine, car elle permet d'exprimer des sentiments et des pensées, et de créer une atmosphère. Elle peut nous toucher et nous chambouler profondément. Tous ceux qui ont connu un chagrin d'amour le savent.»

Avez-vous rêvé un jour de devenir musicien professionnel?
«Oui, certainement quand j'étais adolescent. Il y a quelques années, j'ai pu jouer dans le club Wild at Heart à Berlin, avec mon groupe espagnol de l'époque. C'est un club dans lequel j'ai moi-même vu d'innombrables concerts. Je voulais absolument y jouer depuis très longtemps. Cette soirée m'a réconcilié avec mon rêve d'adolescent. Je ne suis pas un batteur exceptionnel, je me considère plutôt comme un instrumentiste solide. J'ai eu la chance de jouer dans des groupes avec de très bons musiciens.»

Que pensent vos compagnons jésuites de vos activités parallèles de batteur?
«D’expérience, il n'est pas rare que les jésuites soient fiers les uns des autres. Les talents de chacun sont très divers et sont encouragés au sein de la Compagnie. Quand je joue dans des villes où vivent des jésuites, il y a souvent des confrères dans l'audience.»

08 Hamburg Bjoorn Mrosko 2Et que pensent les membres de votre groupe du fait que vous êtes prêtre?
«Cela n’a jamais été une question majeure dans aucun de mes groupes. Nous discutons de musique et de tout ce dont peuvent parler des amis. Mon travail avec les jeunes ou au sein de mon école est bien plus intéressant que le fait que je sois prêtre. Nombre de sujets qui agitent actuellement l'Eglise n'ont aucun rapport avec la vie des membres de mon groupe de rockabilly.»

Ressentez-vous davantage la présence de Dieu quand vous jouez de la batterie ou quand vous célébrez la messe?
«Chercher et trouver Dieu dans toutes choses. C'est là à mon sens l'idée de Noël et de l'Eucharistie, du moins tel que je le comprends. Dieu touche et imprègne le monde entier. Tout peut donc devenir sacré, y compris chaque être humain. Dieu s'est fait homme pour que l'homme se fasse Dieu. Tels sont les mots des Pères fondateurs de l'Église. Toutes choses de ce monde sont des outils pouvant nous aider à atteindre cet objectif. La messe certainement d'une autre manière que certaines formes d'art. Il peut être incroyablement touchant d'être en tournée et de jouer de la musique entre amis. Mais pour moi, la source la plus importante est la prière contemplative. Ce que j'y vis influence ma vision du monde et ma manière d'être en route dans ce monde.»

Vous êtes batteur et prêtre à Hambourg. Or, les jésuites ont généralement aussi un autre métier: Que faites-vous?
Mitglieder der KSJ Hamburg mit Pater Björn Mrosko SJ am 2.9.2014 in der Bürgerweide 33 in Hamburg, aufgenommen von Christian Ender«Je suis le directeur spirituel de l'association KSJ de Hambourg. La KSJ est une association catholique de jeunes. Elle s'adresse surtout aux élèves des écoles secondaires. À Hambourg, nous sommes présents dans les trois lycées catholiques de Sophie-Barat-Schule, Niels-Stensen-Gymnasium et Sankt-Ansgar-Schule, ainsi qu'à l'école catholique du quartier de Harbourg. Nos membres se rassemblent toutes les semaines par groupes. Nous organisons aussi des évènements ouverts et des colonies de vacances, par exemple des camps d'été ou des week-ends d'activités. La plus grande partie du travail de notre association est assurée par des adolescents bénévoles. En outre, je m'engage dans l'enseignement et la pastorale à la Sankt-Ansgar-Schule, et j'ai diverses tâches dans l'archidiocèse ainsi qu’au sein de la Compagnie dans le domaine de la prévention des violences et abus sexuels.»

Quelle est la conclusion la plus importante que vous ayez tiré de vos conversations avec les victimes et les auteurs d’abus?
«En ce qui concerne les personnes abusées, je dirais qu'il est très difficile de réaliser ce que certaines d'entre elles ont vécu. Je pense personnellement que beaucoup de gens n'ont pas encore saisi l’importance, l'étendue et la signification de ces violences, tant pour les personnes concernées que pour l'Église en tant qu'institution. Nous sommes face à un gouffre. En plus de toutes les questions relatives au pouvoir, c'est souvent la nature abyssale des abus qui effraie et empêche certains d’y regarder de plus près. En ce qui concerne les auteurs d’abus, je dirais ceci: les abuseurs potentiels nécessitent de l’aide. L'abus ne se produit pas de manière aléatoire ou soudaine. La violence sexuelle a toujours un antécédent qui s’inscrit dans l’histoire personnelle de son auteur. À qui un adolescent peut-il s'adresser s'il se rend compte qu'il pourrait être un danger pour l’intégrité d'autrui plus faible que lui?»

Quel est l'essentiel du travail de prévention ?
08 Hamburg Bjorn Mrosko 11 ptite«Selon mon expérience, toute forme de violence psychique, physique ou sexuelle commence par le non-respect et le franchissement des limites. Seule une personne consciente de ses propres limites et de celles des autres est capable de respecter l'intégrité d’autrui et de favoriser sa sécurité. Dans la formation et l'encadrement de nos bénévoles -dans mon cas, ce sont les jeunes- il est donc crucial d’accorder une importance particulière à la réflexion autour des rapports asymétriques de pouvoir. L'évaluation correcte d'une relation de pouvoir ainsi que l'utilisation appropriée et significative de son propre pouvoir est une question centrale d'apprentissage et un défi constant pour toutes les personnes travaillant dans le domaine de la pédagogie.»

La musique vous permet-elle de vous extraire de votre travail? Quel est votre morceau préféré en ce moment?
«Somethin' Else d'Eddie Cochran et A Girl Like You d'Edwyn Collins. Depuis très longtemps, ces deux titres figurent dans mon top 10 personnel.»

Et quelle musique vous vient à l'esprit quand vous pensez à la fondation de la nouvelle Province jésuite d'Europe centrale?
«Quand j'étais élève et étudiant, je travaillais pour un organisateur de concerts, et j'ai pu participer une fois au festival Berlin Atonal. J'y ai vu les Einstürzende Neubauten et le Budapester Styropor Orchester. Cette musique est certes inhabituelle, parfois atonale, mais cela reste de la musique quoi qu’il en soit. Et c’est une sonorité qui me convient et qui nous ressemble, à nous les jésuites.»

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