Être là où les gens en ont besoin. Cette vocation est partagée par tous les jésuites. Après la Seconde Guerre mondiale en Lituanie, pour de nombreux Pères, ce désir signifiait quitter la patrie. Car durant les années qui suivirent 1945, des dizaines de milliers de Lituaniens ont émigré aux États-Unis. Ces migrants étaient -pour la plupart- des familles qui avaient été réinstallées de force par les nationaux-socialistes et qui ne voulaient pas se retrouver de fait en Union soviétique. Dans ce qui fut d'abord une terre étrangère inconnue, ils cherchaient un moyen de transmettre à leurs enfants ce qui leur était le plus précieux: la foi catholique et la culture de leur ancienne patrie.

Le centre de la diaspora lituanienne

Sur suggestion du Supérieur général de l'époque, Chicago devient le centre de rassemblement des jésuites lituaniens. Une décision prise pour une raison simple: c'est là que la plupart des émigrés de Lituanie s'étaient installés après guerre. Au fil du temps, Chicago est devenue le cœur de la vie religieuse et culturelle de la diaspora lituanienne: une communauté jésuite, une «école du samedi» de lituanien, et une maison d'édition de journaux et de livres en lituanien ont été fondés.

La langue pour solide racine

Chicago Mission 4Aujourd'hui, il existe six paroisses lituaniennes dans la région de Chicago. L'une d'entre elles est la mission catholique de Jurgis Matulaitis (Georges Matulewicz), fondée en 1988 à Lemont, à 40 km au sud-ouest de Chicago, en hommage à ce prêtre lituanien béatifié en 1987. Le besoin d'une activité pastorale en lituanien est particulièrement importante, car même les Lituaniens nés et élevés aux États-Unis veulent célébrer la Sainte Messe en lituanien. Le nombre de demandes de baptêmes, mariages et enterrements en lituanien est très élevé. Des fidèles d'environ 80 communes et petites villes dans un rayon de 100 km font régulièrement une heure de trajet ou plus pour assister à la messe ici. Les croyants se réunissent également à l'occasion de festivals nationaux pour danser et chanter, ils organisent des concerts et des expositions d'art lituaniens, s'occupent de transmettre le patrimoine culturel aux enfants et passent les vacances d'été dans des camps de scouts et de l'«Ateitininkai», une association de jeunes catholiques de Lituanie.

Après la chute du rideau de fer

Chicago Mission 3Près de la moitié des personnes qui ont retrouvé à Lemont une communauté de foi se sont établies aux États-Unis après 1991. Après la chute du rideau de fer et avec le rétablissement de l'indépendance nationale, de nombreux Lituaniens ont vu dans l'Amérique une chance d'avoir une vie meilleure. Plus de 650’000 Américains ont des origines lituaniennes aujourd'hui. Nombre d'entre eux sont très fiers de leurs origines, ce qui se reflète lors de la célébration annuelle des Lithuanian Days (journées lituaniennes) en Pennsylvanie, qui sont les journées culturelles les plus traditionnelles d'une nation d'immigrés aux États-Unis.

Être là pour les Lituaniens

Le Père jésuite Antanas Saulaitis sait bien ce qu'est la vie d’un Lituanien américain. Il a grandi aux États-Unis et a passé de nombreuses années comme aumônier dans des communautés lituaniennes d'Amérique du nord et d'Amérique du sud. À la proclamation de l'indépendance de la Lituanie en 1991, il a regagné sa patrie. Il travaille aujourd'hui à Vilnius. Pour ce prêtre, il est important de quitter régulièrement son environnement familier pour être présent pour les Lituaniens partout où ils en ont besoin: «Une partie de la vie d'un jésuite consiste à trouver et mettre en œuvre sa mission.» L'un des modèles du Père Saulaitis est le Père Jonas Bružikas, l'un des premiers jésuites lituaniens à s'être installé en Amérique: «Il n'attendait pas que les gens viennent à lui à l'église. Il rendait lui-même visite aux familles. Il avait dans son carnet les adresses de trois mille familles lituaniennes qui vivaient dans 120 villes parsemées dans tout le Brésil.» Une vie vécue selon la devise: Être là où sont les gens.

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