Qui peut le regarder sans tendresse, sans une certaine amitié, celui qui dit le Verbe et qui dit l’amitié de Dieu? Dans le récit évangélique, il a une place à part, à la fois conceptuelle et poétique. Chaleureuse et non pas obligeante. Attentive, et non pas contraignante. Premier devant Pierre au jardin, il passe après lui. Premier devant nous auprès du Vivant, il ne cesse de passer après.

Ici, il est encore à Aix-en-Provence, auprès de La Croix. Mais l’image est déjà pascale. De l’autre coté, Marie, la Mère qui lui fut remise à lui, le fils donné. Nous sommes dans le cloître, aux cotés des scènes classiques de l’enfance, du lavement des pieds, de la croix.

De lui, je ne retiens souvent qu’un mot, qu’un terme, «demeurer». Pourtant, il y en aurait bien d’autres. Son récit recèle une puissance de vie, presque libératrice. Certains ont vu dans son évangile une forme juridique, un «témoignage» au sens plein et juridique du terme, une attestation de Jésus Verbe de Dieu.

Demeurer, comme dans la question de Nicodème. Où demeures tu? Où se poser, être, rester avec lui. Tout semble passivité et non point conquête. Être avec, dans le plaisir du silence, du dialogue et parfois du mystère, quand le Verbe dépasse l’être quotidien, que la Parole est plus encore que corps.

Je voue à Jean une grande reconnaissance. Un jour de retraite en communauté, notre ami auquel nous avions confié de nous guider, revenait encore avec cette phrase: «que dois-je faire, que vais-je faire pour le Christ?» Le contexte me pesait déjà, et là c’en était trop. J’étais pris d’un immense épuisement, d’une grande lassitude. Je me suis presque enfui pour me retrouver seul avec Jean et son évangile dans ma chambre.

Jean au pied de la Croix Cathedrale Aix en ProvenceJean au pied de la Croix, Cathédrale Aix-en-Provence © Pierre Martinot-Lagarde sj

Pas à pas, j’ai relu le récit, depuis ce commencement si conceptuel, si ardu, jusqu’à ces derniers dialogues, l’apparition au bord du lac. Et là une intense libération. Tout parlait d’évidence. Il y avait une force, un fil, une marche, que rien ne pouvait arrêter. Il ne s’agissait plus de «faire pour le Christ», mais simplement de demeurer, de se laisser prendre et emmener. Tout le reste coulait de source. La demeure se faisait jour.

C’est donc bien Jean qui était auprès de Jésus, avec Marie, à La Croix. C’est lui encore qui met dans la bouche de Jésus et de Pierre cette interrogation «m’aimes tu?» et la réponse qui lui revient.

Demeurer avec le Vivant. Il n’y a qu’un message. Jean est avec Lui dans les moindres recoins de son écriture charnelle et silencieuse. Il nous y conduit. Il nous y faire demeurer.

Texte et photo Pierre Martinot-Lagarde sj

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