Tout est symbole: le pain, signe de la reconnaissance, de la vie pleine et entièrement recouvrée, du partage entre frères. Les clés, signe de l’ouverture de l’avenir, du grand passage, de la Vie éternelle offerte à ceux qui ont suivi, et en premier lieu à Pierre, qui se jette à l’eau et qui met sa ceinture pour se laisser conduire.
Voici un chapiteau de l’Église de Thiviers, Dordogne. La région est chargée d’églises romanes, les unes marquées de simple décoration, signe des apanages et des seigneuries, les autres ornées de bêtes, de monstres, et de figures du passage du péché, de la mort vers la vie. Thiviers présente un programme biblique original, haut perché, à la jointure des murs de la nef et du transept et de la voute.

La région m’est chère, j’en ai parcouru les nombreuses églises. Souvent petites, de village, au décors frustre, et empruntant aux images celtes. La famille de mon père en est originaire. Son village, son gros bourg, à quelques vingtaines de kilomètres de Thiviers, y conserve les murs d’une ancienne abbaye déjà presque vestige à la révolution. Non loin de là, Bochaud, une abbaye cistercienne, n’a plus que quelques murs. Entre châteaux-forts et églises, la région autrefois - limes - (frontière), disputée âprement entre les vassaux français et anglais, fut riche.

Revenons à cette scène du jour. De loin, de fort loin, elle évoque aussi l’apparition au bord du lac de l’Évangile de Jean. Si forte, si narrative, elle inscrit le retour du Vivant dans un quotidien qui pourrait devenir l’unique trame de l’existence. Pécher, c’est reprendre le fil, se rabibocher avec la vie au jour le jour. Il n’y a presque plus rien à attendre.

Mais voilà une répétition, une pêche miraculeuse, abondante, qui fait éclater les filets. Qui vient s’ajouter au repas déjà prêt. Scène presque banale et à nouveau un repas.

Ressuscité et disciples Thiviers DordogneRessuscité et disciples, Thiviers, Dordogne © Pierre Martinot-Lagarde sj

Il est Vivant, non pas abstraitement, non pas en songe. Car il mange, se nourrit avec les disciples. La banalité en devient reconnaissance. La faim rassasiée devient consolation, émerveillement. Être du Christ, c’est être avec lui, le Vivant.

Pour Pierre, encore une étape. Personne n’a oublié ce triple «non», le triple reniement autour d’un feu. Et c’est là, au bord du lac, que les clés lui seront à nouveau remises. Trois fois oui, trois  «oui Seigneur je t’aime» jusqu’à causer de la peine. Trois ouvertures, trois accueils, trois pardons.

Tout est dit, et rien n’est dit. Jean l’Évangéliste offre les dialogues les plus construits. On aimerait les redire, les revivre, les vivre. Avec le Vivant dialoguer, c’est déjà vivre.

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