Le voilà au milieu de ses disciples. En chair et en os. Fini le temps des rêves, des images, des songes ou même des anges. Nul besoin d’être annoncé, Il est là et se tient au milieu d’eux. Les mains, les gestes, le repas partagé. Après le désir et l’attente, la présence.
Ainsi dans le cloître de la cathédrale d’Aix-en-Provence. Un ressuscité qui présente les mains et se laisse reconnaître au milieu de tant d’autres figures. Il est presque déjà en Ascension, en tout cas regardant vers le Père. Présent mais ne se laissant ni atteindre ni tourmenter. Figure neuve, car proche d’une rénovation. Le noir et blanc masque l’ocre chaleureux de la pierre. Beaucoup de cloîtres anciens mériteraient semblable traitement.

Que d’anges en art roman. Il y a ceux qui dorment et ceux qui combattent, ceux qui disent et qui annoncent, ceux qui envoient. Ils sont les êtres du pressentiment, qui précèdent la reconnaissance et les assentiments. Ils sont presque les êtres du sentiment, ceux qui donnent chair à l’intense désir de le voir, de le découvrir, de l’aimer.

Mais quand le Vivant se manifeste, nul ange, nul songe, il n’est plus besoin de ces messages ou de ces guerriers. Car le message n’est plus verbe, parole, annonce. Il est chair meurtrie, blessée, assassinée mais bien vivante, atteinte mais non plus douloureuse, il est corps.

Beaucoup des tympans joignent au Christ en gloire l’image des tombeaux qui s’ouvrent, des sépultures qui se délivrent de leur mort. Non pas ce petit Lazare qui apparaît timide mais ces bras forts qui soulèvent d’eux mêmes la pierre. Les morts sont de nouveaux vivants.

Ressuscité Aix en ProvenceRessuscité, Aix-en-Provence © Pierre Martinot-Lagarde sjDifficile de saisir cela. On voudrait souvent en rester aux doux rêves, à ces petites élucubrations mentales. Qui n’a jamais entendu ces pieux mensonges? Qui ne les a pas un jour essayer pour tester sa propre crédulité: se dire que l’être cher est toujours là, qu’il n’est pas parti, qu’il est toujours avec soi. Aux semblables rêveries de ses sœurs qui voyaient le Christ, Thérèse d’Avila opposait une belle pièce de viande, et un sommeil récupérateur. La thérapie était efficace.

Même chose avec la Résurrection en art roman. D’un seul coup sont balayés tous les êtres de songe, les anges comme les diables. Vivre, c’est être d’un visage de pierre tout humain, c’est avoir des mains et des vêtements. Le Vivant se laisse approcher. Il est reconnaissance.

 

Texte  et photo Pierre Martinot-Lagarde sj

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