Quelques femmes, une fois de plus, les bras chargés de parfums et d’aromates. Les voila se préparant à aller vers le tombeau, il sera vide. Animées, portées par le désir d’aller jusqu’à l’extrême de la vie, elles vont aux portes du jardin. La paix triomphe de la violence. La vie plus forte que la mort.
Nous sommes à Mozac. Le chapiteau est à terre. Il est puissant. On en mesure la taille impressionnante. S’il était en haut des colonnes, il paraîtrait plus fragile, plus faible. Des femmes, le regard est assuré, la main ferme. Force de la coutume, de l’être qui ne renonce pas à la vie.

Ainsi des rites de la mort. Même dans ce moment unique, singulier, de la mort d’un prophète, d’un Messie, d’un Maître, ils sont accomplis. Ténacité des femmes qui savent, qui font ensemble, qui n’abandonnent pas. Il est juste qu’elles soient les premières à approcher le Vivant.

Aujourd’hui, en ce temps d’épidémie, les rites sont forces. On mesure cela à leur absence. Celui qu’on a aimé, le parent, le frère, est mis à distance. On veut le porter, l’accompagner, les gestes sont loins, la tendresse interdite, la peau inaccessible au toucher. Les paroles s’échangent par delà les masques, derrière les vitres, par l’entremise des caméras. Voir, se voir, écouter et dire, se toucher, s’embrasser, combien de manières de se dire en vie, de dire la vie, d’aimer. Combien de gestes si simples et aujourd’hui dangereux.

Femmes aux aromates Mozac Puy de DomeFemmes aux aromates, Mozac © Pierre Martinot-Lagarde sj

Et si l’autre s’en va, s’il nous quitte, lui dire au revoir, surtout prendre sa main, la mettre dans celui du Père, et sur son corps, imprimer encore le souvenir de la vie, parfumer, embaumer, ne pas laisser aller sans confier, remettre, conduire l’aimée, l’amant, le père, la mère, le fils, la fille, l’être cher, à celui qui aime et ne fait que cela.

Et de ces femmes au jardin de Jérusalem, accompagner les mêmes gestes, profonds, puissant, immémoriaux. Porter avec elles les jarres de parfums, inscrire nos regards dans le leur et goûter à chacune leur connivence, apprendre de leur assentiment à notre présence.

D’elles, ainsi, quand leurs gestes sont empêchés, qu’ils ne peuvent être accomplis, découvrir le Vivant, présent et absent, attendu, espéré et pourtant encore loin. En fait Vivant.

Texte et photo Pierre Martinot-Lagarde sj

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