Un visage, des mains, une présence. La pierre trace un mouvement. Le Vivant ne se laisse pas contenir ou retenir. Il est devant, il est ailleurs. Sa voix et sa capacité au dialogue, ses mains et ses blessures, le font reconnaître. Il est là. Déjà, la rumeur enfle, il est ici, il est Vivant.
Ici, à Saulieu, il est au cœur de l’une des scènes d’apparition. D’ordinaire, celles-ci appartiennent au chœur et dialoguent de vive voix avec les scènes de l’enfance. Ici, elle est dans la nef. À gauche, je crois. Elle est là. Près du peuple, près de nous.

Aujourd’hui, plus qu’en d’autres temps, sa venue prend une autre saveur. Partout, ici, ailleurs, en Chine, en Europe, en Amérique, en Afrique, on le guette. Quand la maladie rode, les blessures, celles qui sont encore là et deviennent reconnaissance, prennent un autre sens.

Angelus Silesius, mystique allemand du XVIIe siècle, disait de l’Enfant Jésus, qu’importe qu’il soit né mille fois à Bethléem, s’il n’est pas né dans ton cœur. Qu’importe qu’il soit ressuscité mille fois à Jérusalem, s’il ne ressuscite aujourd’hui. Qu’importe, en effet.

Mais attention. Le long chemin des Vigiles pascales nous fait relire les textes de l’Ancien Testament avant d’entrer dans le nouveau temps. Il nous met en garde. La Résurrection épouse toutes les figures du Salut, elle n’en réduit aucune.

De la Résurrection, il faut dire qu’elle est Création. En sept jours, en sept matins, pour commencer. D’un jardin dont on est expulsé. (Genèse)

Ressuscité Saulieu Cote dOrRessuscité , Saulieu © Pierre Martinot-Lagarde sj

De la Résurrection, il faut dire qu’elle est protection. Abraham ne tue pas son fils. Ni holocauste, ni victime.

D’elle, il faut aussi dire qu’elle est libération, comme Moise qui accompagne son peuple quittant la servitude d’Égypte. (Exode)

D’elle, il faut dire qu’elle est fidélité. Le Seigneur n’abandonne pas son peuple. Loin de l’oppression. Libération encore. (Isaie)

D’elle, il faut dire qu’elle est fécondité. La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer.

D’elle, il faut dire qu’elle est Sagesse, invisible, présente, abondante. Mais surtout lumière. (Baruc)

D’elle, finalement, il faut reconnaître qu’elle transforme les cœurs, elle purifie, elle rassemble le peuple dispersé. (Ezéchiel).

La Résurrection est conjonction de toutes les figures, croisée de tous les récits. Elle ne les agrège pas, elle les compose et les assemble. Aujourd’hui, encore, singulière, multiple, ici, ailleurs, elle se laisse voir, se découvre, se fait jour. Et lui, on le devine, on l’approche, on le découvre, lui le Vivant.

Texte et photo Pierre Martinot-Lagarde sj

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