Quelques âmes tirées de leurs cercueils, qui apparaissent comme des nouveau-nés, un ange qui les remet à Abraham, à Isaac. Ainsi le premier patriarche n’est plus seul. Dieu, le Seigneur, est bien le dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob.
Nous voici à Arles, pour attester une fois encore de la vigueur, de la force, de cette tradition unique qui puise dans l’Ancien Testament, nous met à la jointure du nouveau et nous projette vers la fin des temps. Tout comme à Moissac, la scène n’appartient pas tant à la narration, au parcours du chrétien en pèlerin de la nef (comme à Vézelay), mais au seuil et à son franchissement. Il s’agit d’entrer et de récapituler.

Le plus intéressant ici, je trouve, est la jointure des patriarches. Abraham n’est plus seul, il est avec Isaac, celui de l’entre deux. Le fils n’est le plus souvent représenté qu’avec le père ou que comme père. À Souillac, sa main était retenue par l’ange. Il en est de même dans la cathédrale de Genève. À Vézelay, il est avec Jacob qui usurpe. Dans la filiation, dans la paternité, il y a pour lui quelque chose d’un entre deux.

Abraham et Isaac et entre eux deux, des feuillages. L’arbre dressé, la vie, comme si l’on retournait au paradis, que les patriarches nous y faisaient rentrer. Il y a une sorte de victoire, bien évidente. Identique à celle des morts qui eux-mêmes soulèvent le couvercle de leur tombeau. Un seul geste, les voila dehors. Mais pour entrer vers la vie éternelle, ils ont besoin de l’ange qui les saisit, des patriarches qui les accueille.

Abraham et les âmes, Arles, © Pierre Martinot-Lagarde sjAbraham et les âmes, Arles © Pierre Martinot-Lagarde sj

Dans la Genèse, tout est généalogie, paternité, filiation, et donc lien. Il y a une verticalité, celle de la descendance et de l’enfantement, les étoiles nombreuses dans le ciel, il y a une ascendance et un retour. En tout, il y a une asymétrie, le Fils ne prend pas la place du Père. Au contraire, à la chair se joint la parole, la bénédiction, qui transmet, qui affirme que tout est don.

Ce lien est plus fort que toutes les morales, toutes les bienséances, les bienpensance. Le lien lui-même vit dans la duperie, la tromperie, les tentatives malhabiles. Il leur survit. Il y a des colères, des silences, des frustrations. Mais rien de définitif. Parfois des mises en attentes, des mises en suspens, des interrogations, mais le lien demeure.

Dieu se dit lui-même dans ce lien, il s’y révèle, semble-t-il. Il est ce lien, qu’il n’épuise pas. C’est là qu’il est, qu’il devient, l’Unique, le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob.

Texte et photos Pierre Martinot-Lagarde sj

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