C’est une affaire de famille, les uns après les autres, ils montent dans l’arche. Noé, le père, accueille ses enfants; après les couples d’animaux, sa femme les lui fait passer. Il n’est pas loin le temps où il faudra partir voguer, et attendre le retour du corbeau, puis de la colombe.
Après Vézelay, nous sommes ici à Autun, mais le motif est presque identique. La scène se situe quelques versets plus loin dans le récit. Après le moment de la construction, c'est celui où chacun prend place. Les uns après les autres, ils seront là. Mais auparavant, l’arche a été bien construite. L’entrée se trouve sur le côté, l’arche se termine par un pignon. Tous les détails parlent au sculpteur qui fait le récit de la scène.

Étrange, pour l’art roman, les préparatifs semblent plus importants que la délivrance. C’est moins la terre ferme, la descente des eaux, qui importent, que ce moment où dans l’urgence Dieu instruit Noé de sa vengeance à venir, et de la manière dont le patriarche va trouver protection. D’un coté Dieu guide, de l’autre au sage de suivre le chemin indiqué.

Mais il y a plus étrange encore dans ce récit, c’est cette séparation qui est confiée à Noé. L’arche, sa préparation, sa construction, et le moment où chacun prend place, tout cela suit un moment d’intense confusion sur la terre. Dieu choisit, il élit, il place de côté certains, il ne remet pas d’ordre dans la confusion.

Celle-là est sans doute trop grande. Jugeons plutôt: les hommes se multiplient sur la terre, ils eurent des filles. Les fils de Dieu s’aperçoivent que celles-ci sont belles, ils les prennent pour femme. Ils ont des enfants, ce sont les héros. Les dieux, les hommes, première confusion. Cela rappelle étrangement la mythologie grecque.

Arche de Noé, Autun, © Pierre Martinot-Lagarde sjArche de Noé, Autun © Pierre Martinot-Lagarde sjPuis il y a Dieu, «le Seigneur», qui répand son souffle en l’homme. Mais les humains s’égarent, ils vivent trop longtemps, sous entendu, ils font trop de choses mauvaises. Bientôt, ils ne pourront plus vivre que cent vingt ans. Deuxième confusion.

Enfin, Dieu est en colère, il s’irrite, il n’est pas content. Contre lui-même. C’est lui qui a fait l’homme sur la terre et celui-cil ne pense qu’au mal, son cœur n’est qu’à la méchanceté. Troisième confusion.

Noé, sa femme, ses enfants et ses petits-enfants, sont donc mis à l’écart, œuvre commune qui les associe aux autres vivants. La vie de l’homme n’est pas possible sans celle des animaux. C’est donc ensemble qu’ils vont partir et voguer. Qu’ils vont aussi partager la nourriture. Quand la terre fait défaut, c’est le berger qui l’emporte et prend soin des bêtes.

Déjà tout est posé, l’arche est comme une alliance, et le choix donné est clair, la vie.

Texte et photos Pierre Martinot-Lagarde sj