Nulle part il est dit que Caïn meurt, bien au contraire, mais en art roman, le voilà tué. Imagination, la Bible plus loin que la Bible. Le sculpteur échappe à la tutelle des moines et des théologiens, le voilà auteur, compositeur, inventeur. La mort échappe au texte, elle s’échappe du regard de Dieu qui protège. Elle est dissimulée cachée, derrière les feuillages.
La chapiteau appartient à la série fascinante de Vézelay. Elle est aussi à Autun. Les deux églises ont une étonnante proximité thématique, culturelle, et esthétique. Le thème y est abordé pratiquement de la même manière. Connivence bourguignonne.

Trois personnages sont ici essentiels. Lamek tient l’arc. Il est chasseur. Cain n’est pas un étranger, mais un lointain ascendant, l’arrière-grand-père de son grand-père. Avec lui, son fils, Toubal-Caïn qui lui tient la flèche et le guide pour finir mettre à mort le meurtrier d’Abel. Tout est dissimulation. Triple dissimulation.

Caïn le premier est caché. Les feuillages ne sont pas ici secondaires ou décoratifs. Ils montrent un homme caché qui ne paraît pas vraiment au jour mais s’abrite derrière son manteau.

Mort de Caïn, Basilique de Vézelay, © Pierre Martinot-Lagarde sjMort de Caïn, Basilique de Vézelay © Pierre Martinot-Lagarde sj

Lamek est un descendant de la victime, mais si lointain. On peut se demander s’il la connaissait. La génération est cachée. À cette époque, les hommes vivent très longtemps. Il faudra le déluge pour mettre fin à cette vie quasi-éternelle.

Tombal-Caïn guide la flèche. Il porte en partie le nom de son ascendant, et est lui-même caché. C’est lui est le véritable tueur. Pourtant, ce n’est pas lui qui agit. Il se dissimule.

Ainsi, il y a un triple masque, digne de la mise en scène d’une tragédie grecque. La violence résulte d’un aveuglement. Et toutes les circonstances aveuglent. Il faut tout ce montage apocryphe pour contrevenir à l’Écriture et oser ce petit pas contre la bienveillance de Dieu. Personne ne tuerait s’il savait qui il tue. Personne ne devait être tué. Pourtant il y a un mort, un de plus. Voilà donc l’apocryphe qui enjolive. La vérité du texte, en fait, était plus sobre.

Texte et images Pierre Martinot-Lagarde sj

Les chroniqueurs

Le coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

Le point de vue
de Pierre Emonet sj

La méditation
de Bruno Fuglistaller sj

Le billet spirituel
de Luc Ruedin sj

D'hier à aujourd'hui
de Jean-Blaise Fellay sj

Le triptyque du quotidien
de Julien Lambert sj

La chronique de l'invité
des jésuites

Les pierres vivantes
de Pierre Martinot-Lagarde sj

Vie Spirituelle
au temps du coronavirus

Archives

  • «Parce que tu m’as vu, tu crois», 2e Dimanche de Pâques

    «Parce que tu m’as vu, tu crois», 2e Dimanche de Pâques

    Une semaine depuis que la pierre du tombeau est roulée. Tout est changé, tout demeure. Certains encore, tel Thomas, ne peuvent croire sans voir, sans toucher, sans mettre leur main dans son côté. Il en va de la foi, il en va aussi de la blessure, de son sens, et de ce qu’elle signifie dans la durée. La blessure devient

    Lire la suite
  • Le disciple que Jésus aimait - Samedi de Pâques

    Le disciple que Jésus aimait - Samedi de Pâques

    Qui peut le regarder sans tendresse, sans une certaine amitié, celui qui dit le Verbe et qui dit l’amitié de Dieu? Dans le récit évangélique, il a une place à part, à la fois conceptuelle et poétique. Chaleureuse et non pas obligeante. Attentive, et non pas contraignante. Premier devant Pierre au jardin, il passe après lui. Premier devant nous auprès

    Lire la suite
  • Du pain, les clés - Vendredi de Pâques

    Du pain, les clés - Vendredi de Pâques

    Tout est symbole: le pain, signe de la reconnaissance, de la vie pleine et entièrement recouvrée, du partage entre frères. Les clés, signe de l’ouverture de l’avenir, du grand passage, de la Vie éternelle offerte à ceux qui ont suivi, et en premier lieu à Pierre, qui se jette à l’eau et qui met sa ceinture pour se laisser conduire.

    Lire la suite
  • De chair et d'os - Jeudi de Pâques

    De chair et d'os - Jeudi de Pâques

    Le voilà au milieu de ses disciples. En chair et en os. Fini le temps des rêves, des images, des songes ou même des anges. Nul besoin d’être annoncé, Il est là et se tient au milieu d’eux. Les mains, les gestes, le repas partagé. Après le désir et l’attente, la présence.
    Ainsi dans le cloître de la cathédrale d’Aix-en-Provence.

    Lire la suite
  • Retour à Jérusalem - Mercredi de Pâques

    Retour à Jérusalem - Mercredi de Pâques

    Comme dans une sonate, le thème passe, repasse, s’ornemente, se redéploie. Ainsi de Jérusalem. La scène est connue par le village Emmaüs, un point ultime, un point de retour. Mais que n’est-elle pas davantage célébrée pour le retour et la rencontre des disciples qui suit et le récit de l’apparition?
    Ici à Autun, encore une scène narrative, des expressions si

    Lire la suite
  • Baumes et aromates - Mardi de Pâques

    Baumes et aromates - Mardi de Pâques

    Quelques femmes, une fois de plus, les bras chargés de parfums et d’aromates. Les voila se préparant à aller vers le tombeau, il sera vide. Animées, portées par le désir d’aller jusqu’à l’extrême de la vie, elles vont aux portes du jardin. La paix triomphe de la violence. La vie plus forte que la mort.
    Nous sommes à Mozac. Le

    Lire la suite
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6