Correspondance, passage, le Christ nouvel Adam répond à l’ancien. Les deux scènes se tiennent dans un jardin: le premier au paradis, le second au tombeau de Jérusalem. L’arbre de la connaissance tend ses fruits aux premiers humains, il fait de l’ombre aux saintes femmes. Belle scène pour introduire le passage vers cette nouvelle séquence qui sera un parcours d’Ancien Testament.
Nous sommes à Lyon dans la Basilique d’Ainay. La pierre est ici pleinement théologique. Le sculpteur est narrateur, et qui plus est, il met en relation les scènes dans une exégèse allégorique. L’art roman s’y est adonné plus d’une fois. Les relations entre les deux Testaments aussi bien qu’entre Évangiles et apocalyptiques sont au centre des interrogations. Se peut-il que le vieux éclaire le nouveau, et que les temps qui viennent s’en trouvent illuminés?

L’importance dans l’art roman de l’Ancien, ou plutôt du Premier Testament, est manifeste. C’est pourquoi je veux ouvrir ici une nouvelle séquence. Tout n’est pas encore balisé à l’heure de ce billet. Les grandes lignes apparaissent: Genèse, Caïn et Abel, Noé et son arche, des figures connues, Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, David, Daniel, Isaïe. Les patriarches sont nombreux, les prophètes le sont moins. Les répétitions, les insistances sont à noter: Balam et son ânesse par exemple, préfiguration du Nouveau dans l’Ancien.

Les deux jardins. Basilique d'Aynay. Lyon. © Pierre Martinot-Lagarde sjLes deux jardins, basilique d'Ainay, Lyon, détail © Pierre Martinot-Lagarde sj

Ce passage de l’un à l’autre est fondamental. On l’appelle fréquemment accomplissement. Un mot ne suffit pas à comprendre. Car rien ne s’entend si l’histoire n’est pas lue. Comme le disait Emmaüs, il s’agit bien de lire et de faire résonner les cœurs, «qu’ils brûlent».

Les deux jardins en sont un exemple. L’arbre de la connaissance vient séparer les deux scènes et devient figure du rameau de Jessé. Le serpent s’enroule entoure de lui, mais place ses deux têtes du côté du paradis. Adam et Eve sont attirés et craintifs, prêts à se saisir des fruits, et bientôt passer vers l’autre rive.

L’autre scène est plus classique. Après notre parcours, elle semble banale. À l’isoler, on aurait tout perdu de l’enchâssement, des points d’origine et d’arrivée. La juxtaposition rend la lecture limpide. De gauche à droite: tout commence avec Adam, tout s’achève avec le Christ, nouvel Adam.

Texte et photos Pierre Martinot-Lagarde sj

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