Marie Madeleine et l’autre Marie viennent en courant au tombeau, elles tiennent en leurs mains précieusement les flacons de parfum. La première a un nom, parfois deux, mais la traduction liturgique n’en retient qu’un, Madeleine. La femme au parfum, du témoignage d’amour, est celle qui vient embaumer l’absent.
Ici, c’est à Genève, que nous voyons les deux femmes. Dans la cathédrale, sur un des piliers de gauche, regardant la nef. De l’autre côté de la même colonne, leur faisant dos, rugissent les bêtes de l’apocalypse. Entre les deux, le Vivant. Dans l’Église de Calvin, personne ne les regarde. Pourtant, elles veillent.

J’aime ce prénom, Madeleine, Marie-Madeleine. Il m’évoque une tante, qui fut religieuse, bénédictine, et aussi ma marraine, mais en secret. À l’époque, une religieuse ne pouvait prendre cette responsabilité. Mon père était proche d’elle. Nous allions la voir souvent. Dans les temps plus reculés, elle venait au parloir. Même son habit semblait l’emprisonner. Petit enfant, ce carcan m’impressionnait.

Étrange parfois, les prénoms ne semblent pas coïncider avec les saintes patronnes. J’imagine la sainte, Marie Madeleine, passionnée vibrante, extra-ordinaire, excessive dans son amour et dans son expression. Ma tante, quand j’étais enfant, c’est elle que je voyais à bien des égards comme une «sainte»: mesurée, pleine de jugement et de sagesse, sans cesse tricotant des chaussettes de laine grise (l’uniforme était gris). Donc occupée et présente, attentive, prévenante, presque agaçante de tout cela. Aujourd’hui, on dirait «elle était trop bien».

Marie Madeleine Catédrale Saint Pierre GenèveMarie Madeleine, Cathédrale Saint-Pierre, Genève © Pierre Martinot-Lagarde sj

Un jour, ma tante s’en est allée, trop vite, d’une attaque. Pour ma grand-mère, le départ de sa première fille était une déchirure violente, injuste, incompréhensible. Le lendemain de l’enterrement, ma grand-mère s’est tournée vers moi «en confidence»: «Pierre, quand c’est trop dur, je redis mon ‘credo’». D’un coup, le départ de ma tante devenait révélation. La foi de ma grand-mère était comme une vibration forte, indestructible, le roc sur lequel elle s’appuyait.

Ici, c’est pareil. Marie-Madeleine, la vraie, la première, la vivante, prend sens. Sa présence, son parfum, ses gestes devant l’absence, tout cela devient révélation. Le Christ est Vivant.

Texte et photos Pierre Martinot-Lagarde sj

 

 

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