Autre portrait, celui d'une vierge sage, opposé à la représentation de la vierge folle. Figure du Royaume comparé à des Noces, elle devient interrogation quand elle est ciselée dans la pierre. Peut-on être sage sans être grave, ou malheureuse? Sage, heureuse et légère.
Ici, cette vierge sage appartient au portail de la basilique de Saint-Denis,(non loin de Pairs). Plusieurs d'entre elles y figurent de part et d’autre, quand trône au-dessus de leur tête un Christ en majesté. Ces vierges sages sont bien paraboles du Royaume, du jugement, de la venue en accomplissement de celui que nous découvrons Vivant.

Dans leurs mains, elles tiennent des lampes. Avec l’huile et la lumière, elles ont veillé toute la nuit, jusqu’à l’extrême, jusqu’au plus noir. Et l’époux est apparu. Il a invité à la fête, aux réjouissances. Les sages sont celles qui font fête.

Paradoxe qui contredit la sagesse populaire. Souvent, le sage est mesuré, il fuit l’excès, dans la nourriture, la boisson, voire les plaisirs. Il en est presque triste. D’ailleurs, tel Job, si au soir de sa vie il est sur un tas de fumier, c’est bien qu’ici ou là l’ombre est venue envahir la lumière. La souffrance est l’ombre projetée du châtiment, la partie visible de la malédiction.

Qui n’en a fait l’expérience, un tant soi peu singulière? Un accident de voiture, par exemple, on s’endort, et au réveil, un gros crash. Les amis sont là pour se justifier et s’excuser de ne pas avoir traversé la même expérience. Job n’est pas loin. Tu n’avais pas assez dormi, tu n’avais pas pris de café. Si tu mâchouilles un chewing-gum en conduisant, tout cela n’arrive pas. Vive les bonnes raisons. Un malheur ne vient pas sans raison…

Vierge sage Saint DenisVierge sage, basilique Saint-Denis, détail © Pierre Martinot-Lagarde sj

Paradoxe spirituel, évangélique, la joie est pleine, entière, mais sage, prévoyante, et fondamentalement désireuse. C’est tout l’envers de Job. Il y a un gratuit, un don, la Vie. Les vierges sages entrent dans la joie.

Ainsi donc du Royaume, il est épousailles, il est joie, mais il est donné comme sagesse. C’est à dire? Émotion, réflexion, attention, le tout mêlés, conjugués, tressés. Non pas comme une nécessité. Comme une liberté.

 

Texte et photos Pierre Martinot-Lagarde sj

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