Gabriel et Marie, Marie et Gabriel, combien de fois l’un et l’autre apparaissent-ils ensemble dans l’art roman? Les artistes ne peuvent-ils pas avoir d’autre manière de dire le commencement de la Bonne Nouvelle? Certes, les généalogies de Matthieu, les longues phrases de Jean ou le simple mot «commencement» de Marc, sont difficiles à inscrire dans le calcaire. Le «oui» se grave dans la pierre après un dialogue. Magnificat.
Ici, à Notre-Dame-du-Port de Clermont-Ferrand, les chapiteaux les plus historiés entourent le chœur. Les évangiles de l’enfance y tiennent une large place. La restauration fait quelque peu souffrir le photographe: la pierre est recouverte d’un badigeon. Aux ombres et aux lumières s’ajoutent les traits de pinceau. Manière peut-être véridique de rendre à la pierre son éclat, mais difficulté supplémentaire pour ressaisir les audaces de l’artiste sculpteur.

Ainsi Marie est à l’Annonciation. Deuxième figure essentielle dans l’évangile de Luc, mais première femme à se présenter. Quand Zacharie priait, un fils lui était annoncé. Elizabeth demeurait dans l’ombre. Le premier signe devient la confirmation du second. Avant même la rencontre des cousines.

La Vierge est au centre du chapiteau. Elle est chez elle. Difficile de lire toute son expression. La pierre peinte détourne quelque peu l’expression. Accueillante, les deux mains tendues, le regard tourné vers nous, vers l’ange aussi.

Le messager penché en arrière semble déranger. Ne le fait-il pas d’ailleurs? Il vient du dehors: il s’incruste dans la pierre. Les ailes le soutiennent, le lys dans ses mains le retient. Il vient trouver Marie en son chez elle. Entre les deux, la Vie de Dieu.

Annonciation Notre Dame du Port Clermont FerrandAnnonciation, Notre-Dame-du-Port de Clermont-Ferrand © Pierre Martinot-Lagarde sjDifficile de tout imaginer à partir de cette rencontre. Ce qui aurait pu être simple badinage devient d’abord récit. Luc y inscrit la mémoire d’Israël. Combien de versets accolés et mis ensemble, traces des anciens passages de Yahvé, et maintenant nouvelle louange. Peu de versets bibliques ont autant de notes dans leurs marges que cette Annonciation. Il fallait tout dire, tout expliquer, tout reprendre, pour que tout fasse sens.

Qu’il en soit ainsi. Pas simplement une acceptation, un acquiescement, un accueil. Plus fortement, plus profondément, immensément, c’est un accomplissement.

Texte et photos Pierre Martinot-Lagarde sj

 

 

 

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