«Il est avec toi». Quatre mots, cela suffit pour dire la confiance, pour dire la promesse, et bientôt le salut. Quatre mots presque bruts, traduisibles, transposables, dans toutes les langues, sous tous les cieux, sur toutes les terres. Quatre mots qui disent Dieu à l’œuvre, sa proximité, sa présence.

Nous sommes à Lubersac, dans une petite église de Corrèze découverte par hasard. Proche de là, il y a Vigeois, dernier grand vestige d’une abbaye dont il ne reste que les traces. Les chapiteaux y sont haut perchés et y préparent la montée vers Pâques. Le Christ y est tenté comme au désert. À Lubersac, tout est plus modeste, les chapiteaux y ont la tendresse, la finesse du calcaire. L’ensemble signe la présence d’une communauté de moines lecteurs de la bible et fin théologiens.

J’ai longtemps cru voir sur ce chapiteau une autre scène, beaucoup plus inédite: l’ange pris pour un jardinier qui annonce la résurrection au matin de Pâques. Dans le parcours présenté à Mazille, je l’avais placée au cœur du jardin de la Résurrection, devant l’entrée de l’Église. Heureuse coïncidence.

Marie n’a-t-elle pas ici cet air étonné, transfiguré, de celle qui aurait vu le Vivant là où elle, où nous, n’attendions que la tristesse et le deuil. L’étonnement est là. Comme si elle doit renoncer aux rites, aux quotidiens de la mort, pour adhérer, reconnaître celui qui est ailleurs.

Gabriel apparaît fidèle à l’annonce. Il doit dire sans dire, promettre sans accomplir, inaugurer, commencer et bientôt attendre. Le messager n’est que le messager. Le jardinier avait une question. Lui n’a que les témoins du passé, David et Jacob, pour ouvrir l’avenir. Tout est là dans son bâton, celui du berger, du pasteur, ou de Moise fendant la mer rouge.

Annonciation LubersacAnnonciation - Lubersac - © Pierre Martinot-Lagarde

Voici pour nous le premier chapiteau «biblique», ils seront nombreux par la suite. Profonde transformation de l’écriture de pierre, et ici grande finesse. Le sculpteur s’y trahit lui-même. Son œuvre nait de ses mains invisibles. Celles que nous voyons immenses appartiennent à Marie et à Gabriel. Pour elle, ouvertes et accueillantes. Pour lui, indiquant une direction et s’appuyant sur un bâton de berger. Les mains inscrivent la Parole dans la pierre.

«Le Seigneur est avec toi». C’est vrai. Gabriel en a la certitude: il a longtemps cheminé pour l’annoncer et arrive au terme de son périple. Marie le dit sur son visage, par ses mains. La route devant elle ne lui appartient plus, elle y consent.

Que le Seigneur soit avec nous.

Texte et photo Pierre Martinot-Lagarde sj

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