Les pierres vivantes de Pierre Martinot-Lagarde sj

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On a dit de l'art roman qu'il était une bible de pierre, un catéchisme écrit sur les murs. Pour ma part, j'y vois le grand récit d'une époque qui découvre, se réapproprie, transforme et ré-annonce le premier récit évangélique. C'est pourquoi je voudrais proposer, au jour le jour, et aussi longtemps que durera notre marche, ensemble et séparés, de revenir vers ces pierres, de les regarder, de les contempler, peut-être parfois de les entendre, souvent de les toucher. J'y ajouterai un commentaire. Peut-être pourriez-vous aussi y proposer le vôtre? Ainsi nous pourrons continuer d'être ensemble «le peuple immense de ceux qui t'ont cherché».

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Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? Vendredi Saint - Jour 21

Psaume 21
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? Le salut est loin de moi, loin des mots que je rugis.
Mon Dieu, j'appelle tout le jour, et tu ne réponds pas; même la nuit, je n'ai pas de repos.
Toi, pourtant, tu es saint, toi qui habites les hymnes d'Israël!
C'est en toi que nos pères espéraient, ils espéraient et tu les délivrais.
Quand ils criaient vers toi, ils échappaient; en toi ils espéraient et n'étaient pas déçus.
Et moi, je suis un ver, pas un homme, raillé par les gens, rejeté par le peuple.
Tous ceux qui me voient me bafouent, ils ricanent et hochent la tête:
«Il comptait sur le Seigneur: qu'il le délivre! Qu'il le sauve, puisqu'il est son ami!»
C'est toi qui m'as tiré du ventre de ma mère, qui m'a mis en sûreté entre ses bras.

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Serviteur, pèlerin et messager - Cène du Seigneur

Maintenant, notre marche prend fin. Les pas du messager sont éprouvés. Les apôtres se retrouvent autour de leur Maître. C’est le temps de la Pâque. Chacun s’est purifié pour lire les Psaumes et manger l’agneau. Alors Jésus prend un vêtement et lave les pieds de ses disciples.
Nous sommes à Aix-en-Provence, autour du cloître de la cathédrale. Ensemble, plusieurs scènes de la Passion. Les formes des personnages sont comme assouplies, moins hiératiques qu’ailleurs. On les dirait tout droit venues des sarcophages romains qui sûrement en ont influencé la facture. Les scènes sont plus ramassées, les personnages plus ronds.

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À la plissure de l’Histoire, Judas - Jour 19, mercredi saint

Judas et Pierre, ils vont ensemble, l’un comme une plissure dans le vêtement de l’Histoire, l’autre gardien des clés de l’Amour. Le premier petit et faible, mesquin presque dans ses intérêts qui le rattrapent. Le second, peu doué pour sauvegarder son patrimoine mais riche d’impulsion. Judas demeure une énigme.
Ici à Autun, il est un peu éloigné du chœur. Auprès de l’autel, il n’y a de place que pour la Résurrection et l’enfance. Mais plus près de nous fidèles, dans la nef, Judas et ses diablotins veillent, pas trop loin de l’Ancien Testament, proche aussi du lavement des pieds. La scène est graphique comme dans une bande dessinée.

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Ouvrir les portes - Jour 18, mardi de la semaine sainte

Pierre est connu pour cela, ouvrir les portes. Celles lointaines du paradis, dont il est soit disant gardien. Celles des demeures de nos âmes. Le défi est connu, non de savoir mais d’aimer, non de comprendre mais de se lier aux autres, à Lui. Quand tout se noue, dans sa brutalité il dénoue. Il pose, il affirme, il transgresse, il avance. C’est cela Pierre.
Le voici à Saint-Ours en Aoste. Un merveilleux petit cloître où les figures abondent, on y entre accueilli par l’ancien testament, Abraham et Isaac, Jacob ses troupeaux, ses anges, les scènes de l’enfance, les saints de l’Empire. Personne n’ose trop entrer, les sœurs du couvent voisin viennent fermer quand l’Angélus sonne.

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Non la couronne mais la lyre - Lundi Saint - Jour 17

De David, en cette semaine sainte, voici d’abord la lyre plus que la couronne. La première est intime, elle inspire les priants depuis les siècles. La seconde est banale, elle fait de l’Israël errant un peuple comme les autres. Mais surtout, la première fait entrer dans la prière de cette semaine sainte, dans la prière de Jésus. Voici donc la musique et les psaumes mieux que le pouvoir reçu du ciel.
À gauche du chœur dans la Cathédrale de Vienne, presque face à Lazare qui lui tourne le dos, nous voyons ce David musicien. Il est haut placé pour mieux s’incliner et se faire tout proche. Son instrument vient à nous, ses mains s’en saisissent. Sa musique et ses paroles nous happent. Aux portes du mystère, David nous attend. Il nous dit la venue de celui qui vient.

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Voici le peuple immense - Dimanche des Rameaux et de la Passion

Le voici le peuple immense, mais aujourd’hui sans palme, sans cortège, silencieux, lointain, retiré en son temple intérieur. Le voici pourtant priant, espérant, accueillant celui qui vient comme un roi, comme un Messie. Scène qui ouvre le pèlerinage ultime, le chemin pascal. À elle seule, résumé de l’ambiguïté du monde qui veut un roi et un salut, mais qui parfois de l’un ne veut ni les attributs ni le pouvoir, et de l’autre ni la consolation ni la confiance. Le voici ce peuple immense.

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Se laisser conduire - Jour 15

Pourquoi connaît-on Balaam? Ce petit prophète lointain, qui peine à dire la vérité de Dieu devant les puissants. Non pas pour son éloquence, son courage, sa rapidité. Mais plus surement à cause de son ânesse, indocile envers les hommes, docile envers Dieu. Balaam se laisse conduire.
Dans plusieurs édifices romans, il y a deux ânesses, côte à côte, l’une renvoyant à l’autre. Ici à Arles, la première conduit le prophète, la seconde Jésus pour son entrée à Jérusalem. La première est menée par l’Ange, la seconde est accompagnée de son petit, signe que son destin est menée à son terme. Nous la voyons au jour de la passion.

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Entre vie et mort - Jour 14

Entre vie et mort, entre enfer et paradis, la bataille est rude. Le petit d’homme est aux prises avec un combat qui le dépasse largement. Il a l’impression de subir.
Ce chapiteau de Saint-Révérien a quelque chose de cruel. Il place l’homme à la merci de deux êtres que l’on reconnaît davantage par leurs attributs. Un diable déformé, prenant appui sur ses deux jambes, et un ange qui se tient bien droit. L’un est difforme, presque méconnaissable, tant son visage est labouré. L’autre a pour lui d’être serein.
Dans toute vie spirituelle, nous espérons souvent des choix clairs. «Choisis donc la vie», mets-toi donc du côté de celui qui fait grandir, qui fait aimer, qui donne envie et n’emprisonne pas. Pendant ce temps, l’autre s’arrime à toi, te rappelle ses mirages, ses attraits. Il n’hésite pas.

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Les chroniqueurs

Le coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

Le point de vue
de Pierre Emonet sj

La méditation
de Bruno Fuglistaller sj

Le billet spirituel
de Luc Ruedin sj

D'hier à aujourd'hui
de Jean-Blaise Fellay sj

Le triptyque du quotidien
de Julien Lambert sj

La chronique de l'invité
des jésuites

Les pierres vivantes
de Pierre Martinot-Lagarde sj

Vie Spirituelle
au temps du coronavirus