Image MeditBruno Champaigne 2017 80e71Philippe de Champaigne (1602-1674)

Peintre et graveur classique français d'origine brabançonne, Philippe de Champaigne est né le 26 mai 1602 à Bruxelles. Après une formation flamande (ateliers de Jean Bouillon, Michel de Bourdeaux et Fouquières), puis française (chez le maniériste Lallemand), Philippe de Champaigne arrive à Paris à dix-neuf ans; il devient peintre de Marie de Médicis (1628), mère du roi Louis XIII, et est naturalisé français (1629). Son amitié avec Poussin l'oriente peut-être vers plus d'ordre et de réflexion. Peintre officiel de la Cour, il décore le palais du Luxembourg, puis, pour Richelieu, le Palais-Cardinal et le dôme de la Sorbonne, enfin, pour Anne d'Autriche, le Val-de-Grâce et le Palais-Royal. Par l'entremise d'Arnauld d'Andilly (dont il fait le portrait, 1650, Louvre), il se rapproche des milieux jansénistes et de Port-Royal.

Portraitiste de Richelieu (plusieurs versions, au Louvre, à Chantilly, Varsovie et Londres), des membres de la Cour et de la haute société française (Pomponne de Bellièvres, Aix; Jacques Lemercier, Versailles; le Président de Mesmes, Louvre), Philippe de Champaigne donne le meilleur de lui-même dans le portrait, d'apparat ou intime (Louis XIII couronné par la Victoire [1635], Portrait de deux hommes [1656], tous deux au Louvre). Il excelle dans les effigies des religieuses et des directeurs de Port-Royal, d'une puissante acuité psychologique et plastique, malgré leur austérité apparente (Portrait de Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint Cyran, Grenoble; le portrait de Mère Angélique, Versailles; portrait de Mère Agnès, Sœur Catherine de Sainte-Suzanne, études pour l'Ex-voto de 1662, son chef-d'œuvre, au Louvre). Il laisse des compositions religieuses d'une intense spiritualité (La Cène, Le Christ mort couché sur son linceul, Louvre; Madeleine pénitente, à Rennes).

À la fin de sa vie, Louis XIV lui commande une Réception du duc d'Anjou dans l'ordre du Saint-Esprit (connue par une réplique de Carle Van Loo, Grenoble). À l'Académie royale de peinture et de sculpture dont il est l'un des fondateurs (1648), Champaigne suscite, par ses conférences sur Éliézer et Rébecca de Poussin et la Vierge au lapin de Titien, la polémique sur le coloris.

Philippe de Champaigne meurt le 12 août 1674 à Paris. Il demeure l'un des grands représentants du classicisme.

Histoire d'une œuvre

Ce Portrait de Mère Angélique1 et Mère Agnès2 combine le Portrait de Mère Angélique Arnauld (1591-1661), abbesse de Port-Royal peint par Philippe de Champaigne en 1654 (Paris, Musée du Louvre, RF 2035) et la figure de la Mère Agnès, à genoux les mains jointes, de l’Ex-voto de 1662 (Paris, Musée du Louvre, INV 1138).
Il s’agit peut-être d’une composition tardive, peinte à la fin XVIIe siècle au moment de l’exil des religieuses récalcitrantes à Port-Royal des Champs. Un texte manuscrit atteste l’existence d’un portrait collectif semblable aux Champs avant 1702. Celui présenté ici a peut-être été peint au XVIIIe siècle, en souvenir du monastère disparu.
La pièce dans laquelle les deux religieuses se tiennent, uniquement suggérée par un plancher cloué et un lambris d’appui, s’ouvre, au fond de la composition, sur un panorama de l’abbaye des Champs. Le paysage, repris de celui brossé par Champaigne en 1654 est ici partiellement recomposé: il est plus large et fait apparaître des vignes sur le coteau en direction des Granges. (source : site du Musée national de Port-Royal des Champs)

Quelques pistes pour regarder «Portrait de Mère Angélique et Mère Agnès»

Deux religieuses, l’une est assise, l’autre à genoux devant un crucifix. L’une nous regarde l’autre regarde le Christ en croix.

Elles ne sont pas jeunes, il ne s’agit pas de n’importe qui: Mère Agnès (à genoux, qui a succédé à sa sœur comme abbesse); Mère Angélique. Elles sont dans une pièce dont la fenêtre nous montre un paysage, mais pas n’importe lequel: il s’agit de l’Abbaye (cistercienne) de Port-Royal des Champs dans la vallée de Chevreuse, haut lieux du jansénisme.

La lumière nous vient non de la fenêtre mais de l’intérieur, de la gauche, l’ombre nous le montre clairement.

Les lignes du parquet, les vignes du paysage conduisent notre regard vers l’extérieur mais la posture des religieuses et leur regard invitent à rester à l’intérieur. Elles comme nous ne sommes pas enfermés mais volontairement présents là où elles comme nous restons. Le cadre de la fenêtre sépare l’espace avec les corps à l’intérieur et la tête tournant le dos au paysage. L’abbaye est à la hauteur des cœurs et des mains de l’orante.

Les mains sont jointes ou tenant un livre ou près du rosaire.

Au pied du crucifix, deux livres (Religieuse parfaite et imparfaite; Constitution de Port Royal dont Mère Agnès est l’auteur), un encrier et une plume, et une tête de mort. Le tout posé sur une table couverte d’une nappe bleue.

Dans le paysage nous voyons que l’abbaye est elle aussi encadrée par une forêt, coupée de l’extérieur en quelque sorte. Forêt de l’enceinte et forêt sur la crête. L’abbaye est encadrée, comme le paysage, comme les religieuses. Cette représentation du cadre est omniprésente dans le tableau (dans les pieds de la chaise, dans ceux de la table, dans la fenêtre, dans le paysage). Et pourtant, aucune impression d’enfermement, plutôt une sérénité, tout cela est choisi et voulu.

Le ciel ne constitue qu’une fine bande dans le tiers supérieur du tableau, mais il est aussi «ouvert», comme si le cadre du tableau éclatait vers le ciel. Un ciel à la foi bleu et gris avec des nuages variant du blanc au gris foncé, comme si tous les temps étaient condensés dans ce ciel.

Du point de vue des couleurs, dominante du blanc des habits et du corpus sur le crucifix, du rouge des croix, couleurs de la Passion et de la Résurrection. Autrement du bleu, du noir, du vert et du brun. Les voiles sont noirs comme le crucifix.
Les plis des habits attestent d’une sérénité profonde,
Le regard de la religieuse assise attire le spectateur vers l’intérieur du tableau. Tout est fait pour que ce jeu entre extérieur et intérieur fonctionne efficacement.

Bruno Fuglistaller sj

 Portrait de Mère Angélique et Mère Agnès Arnauld, de Philippe de Champaigne, est une huile sur toile peinte entre le XVIIe et le XVIIIe siècle, une œuvre de taille moyenne 80 x 102 cm. Le tableau a été acheté par l’État français pour le Musée national des Granges, en 1985. Il se trouve actuellement au Musée national de Port-Royal des Champs de Magny-les-Hameaux (région de Île-de-France, département des Yvelines).

1 Jacqueline Marie Angélique Arnauld, en religion Mère Angélique Arnauld (assise sur le tableau) -née le 8 septembre 1591 et morte le 6 août 1661- est une religieuse française, abbesse et réformatrice de Port-Royal, et figure majeure du jansénisme. Elle est la sœur du Grand Arnauld, théologien et chef de file du jansénisme, et troisième des vingt enfants d'Antoine Arnauld.
2 Sœur d'Antoine Arnauld, «le Grand Arnauld», et de Mère Angélique Arnauld, Mère Agnès (à genoux sur le tableau) succède à cette dernière à la tête de l'abbaye de Port-Royal des Champs de Paris en 1658. Elle dirige donc l'abbaye pendant la période la plus dure de la répression contre le jansénisme. Elle a notamment organisé le mouvement de refus de signature du Formulaire d'Alexandre VII et a été, pour cela, confrontée à l'archevêque de Paris Hardouin de Péréfixe.
Elle est également l'auteur des Constitutions de Port-Royal, texte qui règlemente la vie matérielle et spirituelle des religieuses dans un esprit de renouvellement cistercien.

Source des éléments bibliographiques:

Prochaines méditations à l'aide d'une œuvre d'art
(d'une durée de 20 minutes environ dont un petit commentaire introductif)

Dates en 2017: les 25 octobre, 29 novembre et 20 décembre.
Dates en 2018: les 31 janvier, 28 février, 28 mars, 25 avril, 30 mai.
(Pas de Méditations avec une œuvre d'art en juin, juillet et août)

Les méditations sont proposées le mercredi soir (après l'Eucharistie de 18h45).

Les chroniqueurs

Le coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

Le point de vue
de Pierre Emonet sj

La méditation
de Bruno Fuglistaller sj

Le billet spirituel
de Luc Ruedin sj

D'hier à aujourd'hui
de Jean-Blaise Fellay sj

Le triptyque du quotidien
de Julien Lambert sj

La chronique de l'invité
des jésuites

Archives

Christ chassant les marchands du temple (1626)

Rembrandt Harmensz. van Rijn 024Le Christ chassant les marchands du temple (1626) est l'une des premières œuvres de Rembrandt. Il a vingt ans lorsqu’il peint cette toile. Le format très réduit de l’œuvre (43 x 33cm) focalise l’attention sur les personnages.

Le Roi David (1951)

CMC Chagall RoiDavid1951Le Roi David peint par Marc Chagall en 1951 prend pratiquement la moitié du tableau. Il est vêtu de rouge, couronné (jaune), jouant de la lyre (jaune), il porte une barbe verte.

L'adoration des bergers (vers1638)

Noel zurbaran nativite

L’espace du tableau est divisé en deux parties: le ciel avec les anges d'une part, et d'autre part la terre avec l’enfant Jésus...

 

Saint Pierre repentant (1580-86)

Oct17 Dur DBM 642

Le saint est représenté jusqu’à mi-corps, avec les yeux pleins de larmes, tournés vers le ciel, les mains jointes pour la prière.

 

Mère Angélique et Mère Agnès Arnauld

Image MeditBruno Champaigne 2017 80e71La pièce dans laquelle les deux religieuses se tiennent, uniquement suggérée par un plancher cloué et un lambris d’appui, s’ouvre, au fond de la composition, sur un panorama de l’abbaye des Champs.

L'Assomption de la Vierge (1518)

Assunta Titien 8e664En 1516, Germano de Caiole, directeur du couvent de franciscains de Venise, fit alors appel au Titien. Il lui commanda une "Assomption de la Vierge" pour le maître-autel de l’église franciscaine Santa Maria Gloriosa dei Frari.

Peinture 181 x 244 cm, 25 février 2009

Soulage triptyque2 c9021Depuis le début, les œuvres de Soulages ne portent jamais d'autre titre que leurs dimensions et leur date. Ce triptyque Peinture 181x244 cm, 25 février 2009 ne fait pas exception.

La Résurrection (vers 1463)

Resurrection DellaFrancesca f9ed7La fresque n’a pas été réalisée dans un lieu sacré, mais dans une salle d’apparat de l’hôtel de ville de Sansepolcro. La référence au sujet est évidente, puisque cela signifie « Saint-Sépulcre».

Job raillé par sa femme (vers 1650)

GeorgesdeLaTour Job f3972Nous sommes devant ce que l’on appelle un «nocturne», c’est-à-dire une scène située pendant la nuit. Deux figures prennent place dans ce tableau: la femme de Job, debout, et Job, qui est assis.

Saint Paul écrivant ses épîtres (1618-1620)

Valentin de Boulogne Saint Paul Writing 832c3

La lumière qui vient de la gauche, met en évidence la tête et les mains de Paul, ainsi que les documents répartis sur la table. Cette lumière plongeante fait des documents et de l’apôtre eux-mêmes des sources lumineuses.