Les méditations de Bruno Fuglistaller sj

BrunoWeb 2 0b73aContempler une œuvre d'art et profiter de son rayonnement pour méditer, la proposition séduit de nombreux laïcs. Licencié en histoire de l'art, le Père Fuglistaller accompagne, une fois par mois à Genève, ceux qui souhaitent cheminer en méditant sur une œuvre classique ou contemporaine répondant aux interrogations de notre temps.
«Un tableau est comme une fenêtre ouvrant sur l'univers d'un artiste. Par son œuvre, l'auteur nous donne accès à sa perception du monde. Dans la tradition des Exercices spirituels, la personne qui prie est invitée à regarder Dieu regardant le monde et voulant le sauver. Le but de cet exercice est de mieux connaître Dieu, pour mieux l'aimer et le suivre. Regarder pour agir... Je vous propose de me suivre dans une méditation de 40 minutes comprenant un petit commentaire introductif.»

Les méditations sont proposées un fois par mois à St Boniface (Genève), le mercredi soir (après l'Eucharistie de 18h45).
Consulter l'agenda: www.jesuites.ch/agenda

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Une saison à méditer sur l'art

Les Méditations à l'aide d'une œuvre d'art proposées par le Père Bruno Fuglistaller sj, historien de l'art, reprennent dès le mercredi 25 septembre 2019.
Elles se déroulent comme à l'accoutumée une fois par mois, à l'antenne ignatienne de Saint-Boniface, avenue du Mail 14 (Genève), soit le dernier mercredi du mois après l'Eucharistie de 18h45.
Vous pouvez aussi méditer seule à l'aide des commentaires des anciennes propositions de Bruno Fuglistaller sj ci-contre.

 

Dates en 2019
les 25 septembre, 30 octobre et 27 novembre.

Dates en 2020
Les 29 janvier (exceptionnellement cette saison, il n'y aura pas de session en février et en mars), 29 avril, 27 mai et 24 juin.

Le Quadrangle (1915)

par Bruno Fuglistaller sj - Méditer avec une peinture de Malevitch: «Le Quadrangle», appelé aussi «Carré noir sur fond blanc», une huile sur toile de 1915.

malevitch quadrangle 1915Kasimir Malevitch (1879-1935)

Peintre d'origine russe aux parents polonais, Kasimir Malevitch  étudie à l’école d’art de Kiev, puis à l’académie privée de Rerberg à Moscou. Après une période impressionniste, il développe une thématique néoprimitiviste sous l’influence des fauves français et du russe Larionov, puis devient proche de la part de Ferdinand Léger.

Au cours des 10 premières années du siècle passé, il est au contact avec des poètes formalistes et futuristes tels Maïakovski ou Chlebnikov; Malevitch réalise en 1913, des décors à partir du texte de Alexeï Kroutchenykh, «Victoire sur le soleil», où apparaît pour la première fois le carré noir. Il expose à Moscou avec le groupe «valets et carreaux» et, en 1912, à Munich à l’exposition «Noir-Blanc» du Blaue Reiter. Ce sont les années où sa peinture aborde et assimile les théories du cubisme puis du futurisme italien, rapidement dépassées au profit d’une représentation abstraite, fondée sur la «suprématie de la pure sensibilité dans les arts figuratifs».

Pour illustrer sa position théorique, Malevitch peint «Carré noir sur fond blanc» dit Le Quarangle (1915) et développe ses idées suprématistes (1) au cours de différentes phases picturales.

 

Histoire d'une oeuvre, quelques repaires

La première apparition du Quadrangle remonte à 1913 lorsque Malevitch travaille sur les décors et les costumes de l’opéra La Victoire sur le soleil de Kroutchonykh et Matiouchine. «Lorsque, dans mon effort désespéré pour libérer l’art, je me réfugiais vers la forme du rectangle et exposait une icône qui ne représentait qu’un carré noir sur un champ blanc, la critique soupira: «tout ce que nous avons aimé a péri: nous sommes dans un désert » (…) moi aussi, une sorte de réserve poussée jusqu’à l’angoisse m’emplit lorsqu’il s’agit de quitter le monde de «la volonté et de la représentation» (…) mais le sentiment de satisfaction que j’éprouvais grâce à la libération de l’objet me porta toujours plus loin dans le désert n’existe comme fait que la sensibilité (…) ce n’était pas un carré vide que j’avais exposé, mais la sensibilité du monde sans objet».

La première apparition du Quadrangle est donc un rideau/fond de scène. Un objet qui à la fois montre et cache. Il révèle où est la scène, mais il cache ce qu’il y a derrière.
Dans l’exposition «0,10» (2), Malevitch avait placé son Quadrangle (Carré noir sur fond blanc) dans l'angle formé par les murs, soulignant le statut exceptionnel de cette œuvre. Par la suite, il alla jusqu'à considérer l'ensemble du mur comme un tableau suprématiste et fit varier le sens des accrochages de ses œuvres en fonction de l'ensemble des tableaux sur le mur.

(sources diverses, notamment Encyclopaedia universalis et wikipédia)

Quelques pistes pour regarder et méditer sur «Le Quadrangle»

Nous sommes bien devant un «Quadrangle» car, en y regardant d’un peu plus près nous voyons que ce n’est pas tout à fait un carré.

Il s'agit d'une surface noire sur fond blanc. Mais là aussi, ce n’est pas si simple. À travers les craquelures (présentes dès l’origine), on distingue une autre forme.

Cette surface craquelée est ainsi une porte d’entrée vers quelque chose dont on ne voit que l’ombre. Le tableau de Malévitch est une interprétation traditionnelle de "la fenêtre" qui obsède les peintres depuis Alberti (XVe), la même interprétation qui considère l’icône comme une fenêtre sur le mystère et le monde de Dieu. (3) L’icône est conditionnée par une double exigence: elle signifie qu’un abîme sépare notre monde de l’au-delà, mais affirmer qu’un reflet de ce monde divin est visible pour nous les humains.

Le Quadrangle met bien en évidence ce jeu entre le «c’est» et «ce n’est pas». On pense voir un carré, mais ce n’est pas un carré. C’est noir et ça ne l’est pas… Le tableau invite à prendre du temps pour regarder et interroger ce que l’on regarde et découvre.

Dans certaines icônes, le personnage représenté regarde le spectateur et le révèle à lui-même tout comme le personnage se révèle au spectateur. Regarder, c’est aussi découvrir qui l’on est par le regard que l’on porte. Le Quadrangle nous invite à la même démarche…

Bruno Fuglistaller sj

1. Le suprématisme est un mouvement artistique russe créé par Malevitch vers 1913 et théorisés dans son traité de 1920 «Le suprématisme, ou le monde de la non représentation». Le suprématisme reste essentiellement lié au nom de son créateur, même si les influences vont au-delà de la peinture et des modèles architecturaux de l'artiste. Dans le climat formaliste de l'avant-garde russe, Malevitch soutient que l'artiste moderne doit tendre vers un art enfin délivré débute pratique et esthétique et ne travailler qu'en suivant une pure sensibilité plastique. La critique du concept d'imitation de la nature inclut le dépassement des formes illusoires en vue d'atteindre le «rien délivré», le monde non objectif situé au-delà du temps et de l'espace sensoriel. Le suprématisme privilégie les formes abstraites et géométriques telles que le carré, le rectangle, la croix, le triangle et le cercle. C'est avec «carré noir sur fond blanc» (1913 Saint-Pétersbourg musées d'État) que Malevitch crée le premier projet de reconnaissance de certaines «formes absolues», libre de toute description naturaliste qui aboutiront au «point zéro» du «Carré blanc sur fond blanc» (1918). Le suprématisme sera diffusé par El Lessitzky en Allemagne, notamment au Bauhaus.
2. L’Exposition 0.10 (nom complet: «Dernière exposition futuriste de tableaux 0.10 (zéro-dix)» ; est une exposition de peinture suprématiste et futuriste, organisée par Kasimir Malevitch, Jean Pougny, Ivan Klioune dans la galerie d'art Dobychina, à Saint-Pétersbourg, du 19 décembre 1915 au 17 janvier 1916. Le zéro du 0.10 voulait signifier qu'après la destruction de l'ancien monde de l'art, débuterait un nouveau. Le dix voulait signifier qu'il y avait une dizaine d'artistes à l'exposition. Il y en eut en fait quatorze.
3. «Face au Carré blanc sur fond blanc, par exemple, les sens de l'observateur sont mis à l''épreuve en raison du peu de stimuli présents sur la toile. Ces mêmes sens sont écartés au profit d'une révélation suprême renouant avec la tradition orthodoxe de l'icône, une transcendance inhérente à une philosophie idéaliste et romantique, selon laquelle le lieu de l'art permet la connaissance des vérités absolues», note Aurélie Parent dans son mémoire de 2012 sur les Résurgences de la tradition des icônes orthodoxes dans l’œuvre carré blanc sur fond blanc (1918) de Kasimir Malévitch: structure de l'invisible.


Prochaines méditations à l'aide d'une œuvre d'art
(d'une durée de 20 minutes environ dont un petit commentaire introductif)

Dates: le 26 juin 2019.
(Pas de Méditations avec une œuvre d'art en juin, juillet et août)

Les méditations sont proposées le mercredi soir (après l'Eucharistie de 18h45)

Les chroniqueurs

Le coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

Le point de vue
de Pierre Emonet sj

La méditation
de Bruno Fuglistaller sj

Le billet spirituel
de Luc Ruedin sj

D'hier à aujourd'hui
de Jean-Blaise Fellay sj

Le triptyque du quotidien
de Julien Lambert sj

La chronique de l'invité
des jésuites

Archives

La Nativité - folio 44 verso

The Nativity Limbourg2En nous intéressant à la construction de la page, et en forçant un peu le trait, on pourrait dire que l’image constitue le chœur d’un plan d’église avec le Père dans l’abside et Jésus sur l’autel entouré de Marie et Joseph.

La Toussaint, 1882

LaToussaint JulesBastienLepage

Un homme âgé et deux enfants marchent sur un chemin, à côté de ce qui semble être un cimetière. Au premier plan, un chemin conduit les personnages vers la gauche, en direction de la lumière.

Christ chassant les marchands du temple (1626)

Rembrandt Harmensz. van Rijn 024Le Christ chassant les marchands du temple (1626) est l'une des premières œuvres de Rembrandt. Il a vingt ans lorsqu’il peint cette toile. Le format très réduit de l’œuvre (43 x 33cm) focalise l’attention sur les personnages.

Le Roi David (1951)

CMC Chagall RoiDavid1951Le Roi David peint par Marc Chagall en 1951 prend pratiquement la moitié du tableau. Il est vêtu de rouge, couronné (jaune), jouant de la lyre (jaune), il porte une barbe verte.

L'adoration des bergers (vers1638)

Noel zurbaran nativite

L’espace du tableau est divisé en deux parties: le ciel avec les anges d'une part, et d'autre part la terre avec l’enfant Jésus...

 

Saint Pierre repentant (1580-86)

Oct17 Dur DBM 642

Le saint est représenté jusqu’à mi-corps, avec les yeux pleins de larmes, tournés vers le ciel, les mains jointes pour la prière.

 

Mère Angélique et Mère Agnès Arnauld

Image MeditBruno Champaigne 2017 80e71La pièce dans laquelle les deux religieuses se tiennent, uniquement suggérée par un plancher cloué et un lambris d’appui, s’ouvre, au fond de la composition, sur un panorama de l’abbaye des Champs.

L'Assomption de la Vierge (1518)

Assunta Titien 8e664En 1516, Germano de Caiole, directeur du couvent de franciscains de Venise, fit alors appel au Titien. Il lui commanda une "Assomption de la Vierge" pour le maître-autel de l’église franciscaine Santa Maria Gloriosa dei Frari.

Peinture 181 x 244 cm, 25 février 2009

Soulage triptyque2 c9021Depuis le début, les œuvres de Soulages ne portent jamais d'autre titre que leurs dimensions et leur date. Ce triptyque Peinture 181x244 cm, 25 février 2009 ne fait pas exception.

La Résurrection (vers 1463)

Resurrection DellaFrancesca f9ed7La fresque n’a pas été réalisée dans un lieu sacré, mais dans une salle d’apparat de l’hôtel de ville de Sansepolcro. La référence au sujet est évidente, puisque cela signifie « Saint-Sépulcre».

Job raillé par sa femme (vers 1650)

GeorgesdeLaTour Job f3972Nous sommes devant ce que l’on appelle un «nocturne», c’est-à-dire une scène située pendant la nuit. Deux figures prennent place dans ce tableau: la femme de Job, debout, et Job, qui est assis.

Saint Paul écrivant ses épîtres (1618-1620)

Valentin de Boulogne Saint Paul Writing 832c3

La lumière qui vient de la gauche, met en évidence la tête et les mains de Paul, ainsi que les documents répartis sur la table. Cette lumière plongeante fait des documents et de l’apôtre eux-mêmes des sources lumineuses.

Vierge à l'Enfant avec les apôtres Simon et Jude (1567)

Baroche 1567 SimonJude c0105Au centre de la toile, se trouve Marie et l’enfant Jésus penchés sur un livre dont Jésus tourne les pages. Marie est couronnée de fleurs par un ange qui descend dynamiquement du ciel.

St Jérôme dans son étude (1474-1475)

AntonelloMessina St Jerome 7d69cLe tableau, de petite taille, nous place à l’entrée d’un bâtiment spacieux au centre duquel St Jérôme, en tenue de cardinal, travaille à son bureau.

L’agonie dans le jardin des oliviers (1459)

Agonie Mantegna Fuglistaller 121b3Au premier plan, nous trouvons Pierre, Jacques et Jean qui dorment pendant que le Christ prie au jardin. Les trois disciples sont plongés dans un sommeil profond ...

Pentecôte 1732

Jean restout 0b578Nous sommes au cœur d’une architecture monumentale, une église ? un temple païen? Cette ambiguïté même donne une connotation janséniste : peu importe le lieu, du moment que c’est Dieu qui œuvre…

La Chapelle de Rothko

 rothko chapel d85a5Nous sommes devant une photographie d'une chapelle octogonale sans dénomination, celle de Mark Rothko construite en 1971 dans les environs de Houston au Texas.

Le Couronnement de la Vierge, 1434

 Fra-Couronnement 2e7ceNous sommes devant une peinture sur bois (tempera). Son fond d'or rappelle l'icône, une fenêtre sur l'éternité. Cette impression est accentuée par le cadre en forme de portique.

La Guerre, 1932

Otto Dix The War 2 85f6dLe tableau a été peint par Otto Dix entre 1929 et 1932 et n'a été exposée qu'une seule fois, à Berlin en 1938. La Guerre n’a pas été composé sur commande, mais fait partie de la démarche qu’effectue Otto Dix en transmettant ses souvenirs hérités de la Grande Guerre.

La Vierge du chancelier Rolin, 1434/35

van eyck vierge chancelier rolin 66dccParmi les œuvres de Van Eyck qui ont été conservées, certaines sont datées avec précision, portent sa signature et de sa devise personnelle que l'on peut traduire par « Comme j'ai pu » ou « De mon mieux ». La Vierge du chancelier Rolin lui est attribuée en raison de ses qualités.