Vie spirituelle
Une retraite dans la rue

Habituellement, c'est un passage biblique que le retraitant laisse s'animer dans son cinéma intérieur, pour chercher comment Dieu l'y interpelle. À Nuremberg dernièrement, nous avons fait la même chose... à partir du spectacle de la rue. Marcher seul, se laisser guider, s'arrêter là où on sent que ça bouge, en soi-même ou à l'extérieur... Je reste une heure dans une laverie automatique; il fait chaud, j'ai enlevé mes souliers, comme Moïse ayant pénétré un lieu sacré. C'est bon de sentir que ce monde comme ces machines tourne très bien sans moi. Il me devient aussi plus familier. Comme en prière, le désir vient de poser une parole, de franchir une frontière: je rentre dans le jeu de ping-pong d'un groupe d'enfants immigrés. Plus souvent, c'est le monde extérieur qui vient sans prévenir. Nous avons reçu des étiquettes à accrocher sur les lieux "saints" de notre parcours, pour y être une bénédiction discrète, mais c'est un sans-abri qui me sort une citation géniale de Jésus (déformée) qu'il veut pendre à sa propre chemise; ce sont les enfants qui m'offrent des biscuits quand je cherche un dernier mot à leur dire...

Vie quotidienne
Clown et réfugiés

L'atelier de clown du mardi matin: mon bol d'air frais de la semaine entre deux cours de théo et de philo. On danse comme des fous, on tombe, on ouvre les vannes aux émotions, aux déconnages qui nous traversent. Rien à inventer, "pour" faire rire: c'est à partir des réactions intuitives à ce qui m'entoure, de l'attention permanente à ce qui se "déclare" en moi, que se forme peu à peu une histoire de bout de ficelle sortie d'un profond inconscient. Elle fera rire malgré moi, et prendra un sens imprévu, après coup.

Le camp de migrants porte de la Chapelle a un air de parking glauque, devant lequel une bulle de cirque, où sont pré-pré-sélectionnés les "élus", campe comme un Graal précieux. J'attends avec une famille chargée de sacs et de soucis, qui espère avec d'autres un toit pour la nuit du réseau bénévole géré par l'association Utopia 56[1]. Le bébé rigolard, que j'accompagnerai bientôt avec sa maman chez une étudiante corse sympa partageant sa piaule, réveille le clown en moi. Du désœuvrement et de l'impuissance partagés jaillit un regain d'humanité inespéré...

Vie intellectuelle
Sartre: choisir qui je suis - fardeau ou cadeau?

Pour Sartre (L'Être et le néant), la liberté de chacun est tellement tout, que l'Homme peut la vivre comme un fardeau paradoxal, "condamné" à la liberté, à se modeler lui-même... Je me dis que Sartre se refuse à répondre à une question : et d'où chacun l'a-t-il donc reçue cette liberté, cette vie à construire ? La rue à contempler et faire mienne, la scène du clown à habiter, comme les pensées lues et entendues à mettre en ordre, sont un don qui m'est fait - et pas un devoir ! -, don aussi d'une occasion nouvelle de se donner et de se recevoir soi-même, frais comme un nouveau-né. Un don reçu du Seul qui ne s'est reçu de nulle part...

Les chroniqueurs

Le coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

Le point de vue
de Pierre Emonet sj

La méditation
de Bruno Fuglistaller sj

Le billet spirituel
de Luc Ruedin sj

D'hier à aujourd'hui
de Jean-Blaise Fellay sj

Le triptyque du quotidien
de Julien Lambert sj

La chronique de l'invité
des jésuites