Le point de vue de Pierre Emonet sj

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Directeur de la revue culturelle choisir, le trimestriel d'information et de réflexion édité par les jésuites de Suisse depuis près de soixante ans, Pierre Emonet se consacre à l'écriture et aux ministères ordinaires de la Compagnie: exercices spirituels dans la vie ou en retraites, accompagnement spirituel, prédication et aide dans le ministère paroissial.

Dans sa chronique, il jette un regard amical et critique sur l'actualité. Petit exercice de l'art ignatien du discernement pour se tenir à distance du politiquement correct.

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La preuve par l’acte (Mc 1,21-28)

Quatre fois le mot «enseigner» revient dans ces quelques versets qui inaugurent l’activité de Jésus dans l’Évangile de Marc. Le ton est donné et le lecteur averti, Jésus est un enseignant et celui qui veut entendre la Bonne Nouvelle est invité à se mettre à son école. Il y a bien d’autres personnes qui enseignent dans les synagogues et les églises. Des notables, des officiels, des gens qui ont étudié. Leur enseignement ne tient pas la comparaison avec celui de Jésus. Parce que leur autorité est tout extérieure; elle vient de leur position sociale et de leurs diplômes. Jésus, lui, parle très librement à partir de son propre fond, du fond de son être dit le texte grec de l’évangéliste. Son enseignement jaillit du centre intime de sa personne, là où il est en union avec son Père: «Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres.» (Jn 14,10). Voilà pourquoi son enseignement dégage une telle force, qui stupéfie ses auditeurs.

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La Bonne nouvelle (Mc 1,14-20)

C’est le moment, il n’y a plus à attendre, le règne de Dieu est à la porte. Cette bonne nouvelle n’est pas annoncée dans la très orthodoxe Judée, patrie du Temple et du clergé, mais dans cette terre de brassage qu’est la Galilée, carrefour des païens, où s’agite une population aussi bigarrée et diverse que celle de nos villes et de nos réseaux sociaux: commerçants qui n’ont que les affaires en tête, soldats païens, fonctionnaires qui font le jeu de l’occupant, immigrés de diverses origines, juifs observants. C’est à ce petit monde disparate que s’adresse la Bonne nouvelle.

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Le cœur plus que les idées

Entre curiosité et désir, deux hommes suivent Jésus. Ils se sont mis en route, parce que Jean a attiré leur attention en le désignant comme le Messie, celui qui peut combler leur attente. Jésus, qui va son chemin, se retourne. Sans engager une discussion sur le Messie, il se contente de les interpeller et de les renvoyer à eux-mêmes. Que cherchent-ils? Qu’ils clarifient cet obscur désir qui les habite. La réponse est immédiate, concrète et pratique: ils souhaitent faire connaissance, et le rencontrer dans son lieu. (Jn 1,35-42)

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Jésus entre en scène (Mc 1,7-11)

L’Évangile selon Matthieu commence par la généalogie de Jésus, celui de Luc par sa naissance à Bethléem, Jean remonte jusque dans les arcanes de la Trinité et de la création du monde pour parler du Verbe. Pour Marc, Jésus entre en scène de manière soudaine, en commençant sa vie publique sans préliminaire. Celui que les prophètes annonçaient, que les générations attendent, est là, plus fort que tous les saints personnages qui l’ont précédé. Solidaire de la foule empêtrée dans le péché mais travaillée par le désir de Dieu, il est baptisé par Jean dans le Jourdain. 

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La marche de l’humanité

Blanc, jaune et noir selon la tradition, les trois mages incarnent l’humanité tout entière, toutes races et cultures confondues dans la recherche du salut, d’un Paradis perdu. Une question les habite: «où est le chemin?». Melchior porte l’or, symbole du pouvoir économique, de toutes les convoitises, source de toutes les guerres; à Gaspard, l’encens des prières, des religions et des offrandes destinées à gagner la faveur des dieux, racine d’intolérance; pour Balthazar, la myrrhe aux vertus curatives, les promesses de santé qui éloignent la mort et défient le ciel.

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Noël au temps de la contrainte

Noël en période de crise! Noël amputé? Réunions réduites, restaurants fermés, liturgies dépouillées, toute l’exubérance qui faisait de cette nuit une fête de lumières aux joyeux accents, sacrifiée au nom des contraintes sanitaires. Un Noël de regrets, ou une chance?
En contraignant le folklore et la commercialisation à outrance, les mesures imposées nous administrent une leçon de réalisme: elles nous rapprochent de l’événement célébré. Car c’est bien une naissance sous le signe de la contrainte qui nous réjouit d’années en années.

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Croire à l’impossible (Lc 1,26-38)

Étrange conception d’un enfant, et pas de n’importe quel enfant. Le portrait, ébauché par l’ange à l’aide de citations de l’Ancien Testament, laisse entendre qu’il s’agit de celui que les juifs appelaient le Messie, un envoyé de Dieu qui vient rétablir un monde plus conforme à celui sorti des mains du créateur.

L’enfant annoncé n’a pas de géniteur, ce petit n’est pas l’œuvre d’un homme. C’est bien là le problème au regard de la science. Mais s’agit-il de science ici? L’Évangile, n’est pas un traité d’obstétrique; il délivre un message religieux que seules la foi et l’espérance peuvent accueillir sans sourciller. Conçu indépendamment de toute intervention humaine, cet enfant est un pur cadeau du ciel. L’initiative humaine est écartée au profit de la gratuité de l’intervention divine. Comme pour la création, Dieu est l’auteur exclusif du salut. Parce qu’il ne se sauve pas lui-même, l’homme n’est pour rien dans l’incarnation du sauveur. Il ne peut que l’accueillir avec reconnaissance comme un don.

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L’originalité chrétienne (Jn 1,6-8.19-28)

Jean est le dernier maillon de la longue chaîne des prophètes, ces hommes qui ont annoncé une intervention décisive de Dieu dans l’histoire, et entretenu l’espérance de la venue de celui que l’on appelle le Messie, l’Envoyé de Dieu. L’austérité de vie et la force de la prédication du Baptiste ont enthousiasmé à ce point les foules que les autorités religieuses, qui s’estiment gardiennes -propriétaires- du salut, ont aussitôt mené l’enquête. L’identité du personnage, l’orthodoxie de sa prédication, la légalité de son baptême font problème. Pour qui se prend-t-il? De qui tient-il son mandat? Il s’agit de vérifier si tout cela cadre avec l’enseignement officiel.

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Le rite et la réalité (Mc 1,1-8)

Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, Fils de Dieu. L’allusion à un autre commencement, celui du récit de la création, est voulue. Qui parle de commencement, laisse entendre qu’il va y avoir une suite; le lecteur est invité à tourner son regard vers l’avenir. À plus forte raison, s’il s’agit d’un événement attendu avec impatience, d’une bonne nouvelle.

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Ne pas manquer le rendez-vous (Mc 13,33-37)

Un disciple du Christ n’est pas un endormi ! Bien au contraire, il est un veilleur, qui ouvre l’œil et se tient aux aguets. S’il reste en alerte, ce n’est pas qu’il craigne un danger, mais simplement pour ne pas manquer un rendez-vous. Car le visiteur attendu peut se présenter à l’improviste, d’un moment à l’autre, aux heures les plus inattendues, celles où d’ordinaire la vigilance se relâche, le soir, au milieu de la nuit ou au petit matin.

Plus le temps d’attente se prolonge, plus le risque de s’endormir est grand. Repousser la venue du Seigneur au jour du jugement universel, ou la réduire au seul moment de la mort personnelle, est une solution commode pour le tenir à distance et ne pas trop y penser. D’autres préoccupations, nombreuses et immédiates, prennent le dessus : soucis quotidiens pour vivre et faire vivre les siens, obligations sociales et professionnelles, tout un ensemble de tâches étiquetées « devoir d’état ». Légitimes, indispensables même, elles sont le lot de la condition humaine. Et voilà le veilleur distrait, occupé ailleurs, parfois amorti par la fatigue. Comment être vigilant lorsque le désir et la réalité ne coïncident pas ? L’encouragement à veiller serait-il trop idéaliste ?

On ne rencontre pas le Seigneur « hors sol ». C’est au milieu des circonstances d’une vie ordinaire, à travers les multiples obligations et occupations qui le mobilisent, que le disciple attend la venue du Seigneur. Du coup, attendre c’est être capable de discernement. Comme le météorologue prévoit le temps qu’il va faire en observant la terre et le ciel (la comparaison est de Jésus dans l’évangile de saint Luc 12,56), le chrétien est invité à repérer les signes avant-coureurs de la venue du Seigneur parmi ses innombrables engagements quotidiens. Faire le tri en vérifiant ce qu’ils mettent en marche en lui ? S’adressant aux Galates, saint Paul répertorie une série de critères : l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la fidélité, la douceur, la maîtrise de soi, en un mot, tout ce qui porte à l’ouverture et à l’accueil (Ga 5,22-23). Plus qu’une tension de tout l’être vers un lointain futur, il s’agit d’un comportement, d’une manière de vivre et d’aborder le présent. Discerner, faire des choix en vue de maintenir sa porte ouverte et ménager une place à celui qui se présente de manière inattendue, sans vouloir occuper soi-même tout l’espace. « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et m’ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. » (Apoc 3,20) Aussi longtemps que nous cheminons ici-bas, sa présence reste voilée. Mystère de la foi. Elle deviendra évidente lorsque le temps sera venu.

Pierre Emonet SJ

Les chroniqueurs

Le coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

Le point de vue
de Pierre Emonet sj

La méditation
de Bruno Fuglistaller sj

Le billet spirituel
de Luc Ruedin sj

D'hier à aujourd'hui
de Jean-Blaise Fellay sj

Le triptyque du quotidien
de Julien Lambert sj

La chronique de l'invité
des jésuites

Les pierres vivantes
de Pierre Martinot-Lagarde sj

Vie Spirituelle
au temps du coronavirus

Archives

Un délit qui n’en est pas un!

Jeudi 11 avril, le Ministère Public de Neuchâtel a auditionné le Pasteur Norbert Valley, poursuivi pour avoir logé et nourri un requérant d’asile togolais dont la demande a été refusée. L’homme était à la rue pendant la mauvaise saison. Ainsi donc, apporter son aide à un homme sans domicile et affamé constitue un délit d’un nouveau genre.

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Ne pas s’approprier la place des victimes

LettreMorerodAbus mars19La découverte et la publication récurrente des scandales dans leur Église émeut les fidèles catholiques. Au nom de leur fidélité d’aucuns pensent que l’Église est victime d’une campagne de dénigrement, d’une chasse aux sorcières de la part de ses ennemis.

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Les Béatitudes, opium ou sagesse?

Prétendre que quelque chose de mal est bon, voilà qui est abominable. Une vraie perversion. S’adressant à une foule de pauvres gens, Jésus semble leur dire: vous êtes pauvres, vous avez faim, vous pleurez, vous êtes persécutés, c’est votre chance. Comme s’il prêchait la résignation plutôt que la lutte pour s’en sortir. Opium du peuple? Et pourtant, les Béatitudes sont au cœur du message du Christ: un discours programmatique tranchant comme une lame.

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Prendre soin de la maison commune ou la dévaster ?

Greta Thunberg sp119Greta Thunberg © Jan Ainali/Wikimedia CommonsMon journal relate deux événements qui s’entrechoquent avec violence. D’un côté la croisade en faveur du climat d’une jeune adolescente suédoise, Greta Thunberg (16 ans) qui, au terme d’un long voyage en train se pointe dans le milieu aseptisé du Forum économique mondiale à Davos pour réveiller les participants et leur faire prendre conscience de l’urgence de la situation, comme elle l’avait fait en décembre dernier à Katowice, à la conférence l'ONU sur le climat (COP24).

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Le grand-écart jusqu’au point de rupture

Jeff Bezos 2016Jeff Bezos © Senior Master Sgt. Adrian Cadiz/wikimedia commonsUn rapport d'Oxfam publié le 21 janvier rapporte que vingt-six milliardaires possèdent autant d’argent que la moitié la plus pauvre de l'humanité (3,8 milliards). L'homme le plus riche du monde, Jeff Bezos, le patron d'Amazon, dispose d’une richesse qui a atteint 112 milliards de dollars l'an dernier, tandis que le budget de santé de l'Éthiopie correspond au 1% de sa fortune!

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Année 2018

Une myopie pas si innocente ; La clef dans le porte-monnaie ; Discernement ; Gaudete et Exsultate ; L’observateur myope ; Cruel et cynique ; Au mépris de l'éthique ; Propos d'un postillon qui se croit philosophe ; Démocratie ou ploutocratie ? ; Le journal mieux que les savants ; Christ Roi ou la tentation politique ; Une cage pour le Saint-Esprit

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Année 2017

Conscience contre violence ; La démocratie en péril ; Mars, le dieu de la violence ; Strabisme ; La prière instrumentalisée ; Deviens ce que tu manges ; Des mœurs indignes ; Des records bien honteux ; Un carnaval hors prix ; Un cadeau d'anniversaire ; Quelle justice? ; Une belle hypocrisie ; Juteuse promotion ! ; Tardive reconnaissance ; Choquant ; Le temps n'abolit pas l'injustice ; Le culte de l’argent assassin.

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Année 2016

L’argent sans odeur, mais couleur rouge sang; Étonnement ! ; La paix des morts ; Querelle de chiffonniers ; Lamentable duplicité ; Idéologie contre Évangile ; Le prix d’une bonne conscience ; Un zeste de schizophrénie ; Roulez tambours ; L’argent n’a pas d’odeur (bis) ; Dis bonjour à la dame ! ; Avec un peu de retard Monseigneur ! ; L’argent n’a pas d’odeur ; L’ultime racket du voyage.

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Année 2015

Un magistrat qui dérange l’ordre ! ; La Radio frappée de myopie culturellet ; Un idéal dans une réalité fragile : le mariage ! ; Deux terrorismes, un même style ; La bourde de son Éminence ; Au-delà du bien et du mal ; Gifler les pauvres ; Cachez ces crimes que je ne saurais voir ; Etrange mode ! ;  Nuance !

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Année 2014

Mauvais procès - Deux poids deux mesures - Le synode, un exercice de discernement - Propre  en ordre ! - Un tourisme pas si innocent - La fausse clef - Vous êtes vieux, suicidez-vous ? - J'Lui, elle ou ...ça ? - Hôpital de campagne et Croix-Rouge - Il y a de la folie dans l'air - Le secret du pape François

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Année 2013

Vous avez dit : un bon journal ? - On ne prête qu'aux riches - Quand la santé devient une maladie - Des poltrons, ces cardinaux ? - Lamentable solution finale - Le cléricalisme, voilà l'ennemi - Le pasteur a relégué aux oubliettes le pontife. Espérons qu'il n'en ressortira pas.

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