Conscience contre violence ; La démocratie en péril ; Mars, le dieu de la violence ; Strabisme ; La prière instrumentalisée ; Deviens ce que tu manges ; Des mœurs indignes ; Des records bien honteux ; Un carnaval hors prix ; Un cadeau d'anniversaire ; Quelle justice? ; Une belle hypocrisie ; Juteuse promotion ! ; Tardive reconnaissance ; Choquant ; Le temps n'abolit pas l'injustice ; Le culte de l’argent assassin.

Décembre 2017

Le culte de l’argent assassin

Deux nouvelles dans mon journal préféré, si distantes dans le temps et pourtant si proches.

Une enquête exhume les relations opportunistes de Porsche avec les nazis. Le fondateur de la marque de prestige, Ferdinand Porsche, a profité sans scrupule du système nazi pour mener sa carrière. Wolfram Pyta, directeur de recherche sur les crimes nazis à l’Institut de Ludwigsburg explique que Porsche n’a reculé devant aucun compromis pour obtenir l’aide des nazis. Jusqu’à devenir membre du parti NSDAP et de la SS en 1942 pour obtenir des contrats. Sans une rencontre avec Hitler en 1933, la firme Porsche n’existerait pas aujourd’hui. Elle aurait fait faillite.

Quelques 80 ans plus tard, les dirigeants de Lafarge Holcim, une entreprise suisse, n’ont pas hésité à offrir la bagatelle de 13 millions d’Euros aux djihadistes de l’État Islamique pour rester en Syrie. Sans scrupule, ces messieurs ont financé le terrorisme, la guerre sale, la mise en danger de la vie d’autrui, sans compter les entourloupettes pour frauder les douanes, masquant ce répugnant trafic par de fausses pièces comptables. En 2012, les responsables de la cimenterie de Jalabiya (Nord de la Syrie) ont quitté les lieux devenus dangereux, abandonnant les employés, laissés seuls, sans protection. Le culte de l’argent assassin reste d’actualité. Contrairement à ce qui se passe dans les églises, la pratique ne fléchit pas; les pratiquants sont toujours aussi fidèles.

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Le temps n'abolit pas l'injustice

Le Père José María Tojeira, anciennement recteur de l’université jésuite UCA à San Salvador, a déclaré au cours d’une conférence de presse: «Nous exigeons que les commanditaires du massacre de l’Université Catholique d’Amérique qui jusqu’ici ont été couverts soient démasqués.» La loi d’amnistie, qui l’an dernier avait permis la libération anticipée de deux des assassins condamnés, a été déclarée anticonstitutionnelle. Aujourd’hui, 28 ans après l’assassinat de leurs six confrères, de leur cuisinière et de sa fille, les jésuites exigent la réouverture du procès.


Novembre 2017

Choquant

Il aura fallu deux ans de débats pour que les États membres de l’UE aboutissent à prolonger de cinq ans l’utilisation du glyphosate, un produit classé «cancérigène probable» par l’OMS en mai 2015. Comme l’argent n’a pas d’odeur ni d’honneur, le représentant de l’Allemagne, son ministre de l’Agriculture, Christian Schmidt, n'a pas respecté les instructions données par son gouvernement. En votant en faveur de la prolongation il a fait basculer la majorité. Quant à la Suisse, qui se tient pudiquement en retrait des décisions de l’UE, elle campe sur sa position, ou plutôt couche dans le lit de l’industrie chimique: il n’est pas question de réglementer l’usage du poison cancérigène. Elle préfère laisser l’agro-écologie aux rêveurs, en attendant les oncologues. Santé et conservation!

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Tardive reconnaissance

teilhard de chardinLe 18 novembre, l’assemblée plénière du Conseil pontifical de la culture a approuvé à une grande majorité la proposition de revoir le jugement du Saint-Siège sur le jésuite Pierre Teilhard de Chardin.

Le 30 juin 1962, soit sept ans après la mort du jésuite (1881-1955), la Congrégation pour la doctrine de la foi avait publié une mise en garde contre les textes théologiques et philosophiques du Père Teilhard de Chardin. Ils contenaient de graves erreurs pour la doctrine catholique: fausse interprétation du péché originel, distinction confuse entre Dieu et le monde, négation du monogénisme. En un mot, péril pour la foi. D’où leur bannissement des bibliothèques des séminaires.

En dépit de toutes les vexations dont il a été l’objet de la part des autorités ecclésiastiques et malgré des sollicitations venues de la part de certains amis qui lui conseillaient de quitter l’ordre et de prendre ses distances par rapport à l’Église, Pierre Teilhard de Chardin est resté fidèle à sa vocation. Exemplaire!

Jésus a reproché aux pharisiens de bâtir des sépulcres pour les prophètes assassinés par leurs pères (Mt 23,29). S’il est beau d’élever des monuments pour les morts, il eut mieux valu de ne pas les exécuter de leur vivant.

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Juteuse promotion!

SauveurVinciGrande nouvelle dans la presse de ce jour. Le portrait du «Salvator Mundi», le Sauveur du monde, a été vendu aux enchères, chez Christie, au Rockefeller Center, à New York. Attribuée pour 445,4 millions de francs, La toile, œuvre de Léonard de Vinci, était l’objet d’un litige entre un marchand et un collectionneur. La maison de vente s’est empressée de la décrire comme l’une des plus grandes découvertes du XXIe siècle. Il n’a pas fallu plus de 20 minutes pour qu’elle trouve acheteur et, du coup, devienne le tableau le plus cher du monde. Comme il se doit, l’identité de l’acquéreur est restée soigneusement cachée. Une chose reste certaine : l’heureux gagnant ne manque pas de moyens !

Il est tout de même piquant de constater que le portait de celui qui n’a cessé de mettre en garde l’humanité contre l’impérialisme de l’argent, la soif de posséder et la rage d’accumuler soit devenu l’objet d’un juteux commerce dans un milieu où l’on se déchire à coups de millions.

À son époque, le modèle original (qui n’a pas posé pour le peintre) avait été estimé à 30 pièces d’argent, soit le prix officiel d’un esclave, et pas nécessairement du premier choix ! Une somme dérisoire qui le rangeait parmi les plus pauvres. Malgré la dévaluation de la religion, mais grâce au renchérissement du commerce de l’art, son portrait garde tout son intérêt. À condition de rester muet, le Sauveur du monde n’a rien perdu de son actualité.


Octobre 2017

Vu dans une sacristie quelque part en Suisse. Sans commentaire, mais à méditer !

PointVue Emonet Oct17

 


Septembre 2017

Une belle hypocrisie

amoris laetitia lamour 0 730 794 f23c5Les traditionalistes d’Écône ont adressé au pape François une «correction filiale» aux termes très peu filiaux et pieusement datée en la Fête de Notre-Dame du Mont-Carmel. L’opinion publique ne devrait pas trop s’en émouvoir. Rien de bien nouveau de la part des traditionalistes, une intervention de plus, dans une longue tradition de désobéissance à l’Église et de remise en cause du magistère du concile et des papes qui l’ont appliqué. Outre les rédacteurs, ce long document de 25 pages rallie, parait-il, des personnes qualifiées de «scientifiques» et deux cardinaux un peu têtus, adversaires bien connus du pape François. Le ton est parfaitement hypocrite, multipliant les courbettes et les protestations d’obéissance et le souci de l’Église, il critique avec une sérieuse dose d’arrogance l’enseignement du pape. Sans oser l’accuser du péché d’hérésie et du crime canonique, mais tout en le laissant entendre, les auteurs de la correction prétendent se soucier seulement «des propositions hérétiques propagées par les paroles, les actions et les omissions de Votre Sainteté». Ils en ont repéré pas moins de sept dans l’Exhortation apostolique Amoris laetitia! Leur argumentaire se limite à des propositions théologiques et canoniques, sans prêter la moindre attention à la dimension pastorale du message évangélique. L’art du discernement pastoral qui distribue le pain de la Parole aux petits est sacrifié sur l’autel d’une théologie confondue en idéologie. Les explications des interprètes autorisés du pape (Cardinal Von Schönborn) et du Synode, les propos des cardinaux et des évêques sont balayés avec suffisance.

Le fait que le document est signé, entre autres, par Mgr Fellay, fait mentir les nouvelles habilement orchestrées qui voulaient faire croire que le rapprochement entre Rome et Écône était imminent. À en juger par la teneur du document présent, le fossé reste aussi infranchissable qu’aux débuts de la Réforme, au XVIe siècle. Pensez-donc! Le pape François est un moderniste et un luthérien. Les bons apôtres écrivent sans trembler: «Nous nous sentons obligés en conscience de mettre en évidence la sympathie sans précédent de Votre Sainteté à l’égard de Martin Luther, et l’affinité entre les idées de Luther sur la loi, la justification et le mariage, et ce qu’enseigne ou favorise Votre Sainteté dans Amoris laetitia et ailleurs». Un reproche qui ne manque pas d’aplomb de la part d’un groupe qui depuis la fin du concile semble avoir chaussé les bottes de Luther pour se tenir à distance du magistère de l’Église hiérarchique.

Pour justifier leur initiative de rendre publique leur document, les auteurs de la correction dite filiale reprochent au pape François de n’avoir pas répondu de manière positive aux dubia qui lui avaient été soumis par quatre cardinaux suite à la publication de l’exhortation apostolique Amoris laetitia sensée propager des hérésies. La réponse avait été largement donnée par diverses interventions publiques des commentateurs officiels de l’Exhortation apostolique. Mais elle n’allait pas dans le sens voulu par les traditionalistes!

Lire l'article «62 clercs et universitaires catholiques attaquent les "hérésies" d'Amoris laetitia» de cath.ch à ce propos.

A écouter: Amoris laetita en audio

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Quelle justice?

Réflexion à propos de l’évangile du dimanche 24 septembre (Mt 20,1-16)

Matthieu 20.1.

1 Car le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui sortit dès le matin, afin de louer des ouvriers pour sa vigne.
2 Il convint avec eux d’un denier par jour, et il les envoya à sa vigne.
3 Il sortit vers la troisième heure, et il en vit d’autres qui étaient sur la place sans rien faire.
4 Il leur dit: Allez aussi à ma vigne, et je vous donnerai ce qui sera raisonnable. Et ils y allèrent.
5 Il sortit de nouveau vers la sixième heure et vers la neuvième, et il fit de même.
6 Étant sorti vers la onzième heure, il en trouva d’autres qui étaient sur la place, et il leur dit: Pourquoi vous tenez-vous ici toute la journée sans rien faire?
7 Ils lui répondirent: C’est que personne ne nous a loués. Allez aussi à ma vigne, leur dit-il.
8 Quand le soir fut venu, le maître de la vigne dit à son intendant: Appelle les ouvriers, et paie-leur le salaire, en allant des derniers aux premiers.
9 Ceux de la onzième heure vinrent, et reçurent chacun un denier.
10 Les premiers vinrent ensuite, croyant recevoir davantage; mais ils reçurent aussi chacun un denier.
11 En le recevant, ils murmurèrent contre le maître de la maison,
12 et dirent: Ces derniers n’ont travaillé qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons supporté la fatigue du jour et la chaleur.
13 Il répondit à l’un d’eux: Mon ami, je ne te fais pas tort; n’es-tu pas convenu avec moi d’un denier?
14 Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner à ce dernier autant qu’à toi.
15 Ne m’est-il pas permis de faire de mon bien ce que je veux? Ou vois-tu de mauvais œil que je sois bon?
16 Ainsi les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers.

Nous sommes bien d’accord avec les ouvriers qui protestent, et, avec eux, nous sommes prêts à alerter le syndicat. Le comportement de ce patron est n’importe quoi et sa réponse est loin d’être convaincante: «Je peux faire ce que je veux avec mon argent». Non, monsieur, tu ne peux pas faire ce que tu veux avec ton argent. Il y a une justice au-dessus de ton argent et de toi. Tu n’as pas le droit de dévaloriser notre travail en cassant les prix à ce point.

Mais si le patron est Dieu, tout change, parce qu’il parle à partir d’une autre dimension.

Qu’est-ce que la justice, sinon d’être ajusté à une norme? Or Dieu n’a pas d’autre norme que lui-même. Pour Lui, être juste c’est être ajusté à soi-même, et Dieu n’est rien d’autre que la miséricorde en personne, la pure gratuité.
Dieu, jamais ne calcule. Pour lui, il n’y a pas de premier ou de dernier, de juif ou de païen, de chrétiens de vieille date ou de convertis de la dernière heure. Chacun est appelé à son heure, chacun est aimé et apprécié en lui-même et pour lui-même.
Chaque personne a sa propre vocation, sa tâche personnelle à accomplir. Dieu respecte le chemin de chacun, sur lequel chacun avance à son heure et à son pas. Et on aura beau se démener, on ne sera pas plus aimé qu’un autre.
Devant Dieu, le poids d’une personne n'est pas la récompense d'un concours du meilleur ouvrier. Parce que personne n’incarne la norme qui permettrait de juger ce que sont et font les autres, Dieu ne fait pas de comparaison entre les hommes.
Dieu n’est pas arbitraire. Il respecte chacun. Ce sont ceux et celles qui se posent en norme pour les autres, les jaloux, qui sont arbitraires !

Moralité: travaille sur ton sillon, à ton heure, à ton pas, selon tes forces; ne regarde pas les autres pour te comparer et les envier et avance en paix.

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Un cadeau d'anniversaire

Ces jours-ci, deux informations retiennent mon attention. Deux nouvelles éloignées dans le temps mais qui ont affaire ensemble. D’une part, l’anniversaire de la publication par Karl Marx de son œuvre majeure, Le Capital–Critique de l’économie politique (septembre 1867). D’autre part, la découverte d’un site sur Instagram (The Rich Kids of Switzerland) sur lequel des enfants des familles les plus riches de Suisse publient des photos de leur vie outrageusement consumériste: Jets privés, voitures de grand luxe, montres et bijoux, champagne et habits de marques. Une jeunesse dorée sans plomb dans la cervelle, dont l’exhibitionnisme et l’arrogance sont insupportables. Une fois de plus, le milieu auquel ils appartiennent justifie les intuitions du philosophe allemand. Un beau cadeau d'anniversaire!


Été 2017

Un carnaval hors prix

Les Présidents de la grande nation dépensent de belles sommes pour ravaler la façade: 26 000€ en 3 mois pour le plus jeune (chiffres confirmés par le palais), et 6000 € par mois pour le plus décati, en plus de ses frais de coiffeur qui s’élevaient à 10 000€ par mois. Une royale perruque à la manière des Louis ses prédécesseurs eut couté moins cher à la République. Que ces messieurs se fassent poudrer le nez avant de paraître sur les écrans républicains, je n’y vois pas d’inconvénient. La nation a le droit d’avoir un président présentable. Mais qu’on ait besoin de disposer en permanence des services d’une maquilleuse pour étaler sur son visage l’équivalent de 23 SMIC en 3 mois, cela relève du scandale. Faut-il être «mal dans sa peau» pour vouloir paraître autre que ce que le Bon Dieu vous a fait! Pour répondre à quelle attente? Comme si, pour leur confier les affaires de l’État, les électeurs choisissaient des artistes de cirque prêts à la parade.

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Des records bien honteux

Les journaux rapportent ces jours-ci deux singulières performances. Un chinois a déboursé 9999€ pour un whisky. Un vieux whisky, je veux bien, mais qui ne s’était pas beaucoup fatigué pour justifier un tel prix. Seule la sottise et le manque de sens moral du buveur l’expliquent.  Et il y eut le transfert de Neymar au PSG, sa vente à des qataris qui commercent sous pavillon français, et sa scandaleuse valse des millions. Certes, pour atteindre ce prix, le footballeur s’est un peu plus fatigué que le whisky du chinois. Mais tout de même! Ce qui m’étonne et me scandalise, c’est le fait que les journaux rapportent ces marchés honteux sans état d’âme, comme s’il s’agissait d’exploits destinés à paraître dans le Guinness. Tant il est vrai que l’argent émousse le sentiment moral. Jusqu’au jour où une révolution bienvenue vienne réveiller le bon sens.


Juin 2017

Des mœurs indignes

L'Office Cantonale de la Population et des Migrations serait-il un piège pour les migrants? On peut le croire à entendre l’histoire d’Angèle, arrêtée de la manière la plus perfide et renvoyée brutalement en Italie, où elle survit comme une SDF à Milan. À peine Angèle a-t-elle obtenu le prolongement de son aide d’urgence pour une semaine, qu’à la sortie des bureaux de l’OCPM, la police -qui ce jour-là n’était pas en grève- surgit pour l’arrêter, la menotter et la rançonner. Son histoire, publiée dans le dernier bulletin INFOS Juin 2017 de l’AGORA, est digne de figurer dans une anthologie de la honte.

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Deviens ce que tu manges

«Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement; le pain que je donnerai, c’est ma chair.» Seule la routine nous permet d’entendre de tels propos sans nous émouvoir ou protester. Car ils résonnent comme une provocation, et on comprend la perplexité des auditeurs de Jésus. Qui cherche le «comment» et prétend analyser, mesurer, calculer, reste sur sa faim. Ici, la physique, la chimie, les mathématiques, les sciences naturelles n’ont pas voix au chapitre. Elles sont dépassées. Le mystère de l’Incarnation appartient à un autre ordre, celui de la générosité divine et de la confiance qu’on veut bien lui accorder. Le Verbe s’est fait chair, et la chair s’est faite pain: cela est dit dans un contexte de pure gratuité, après une étonnante multiplication des pains.

Loin de se lancer dans des explications, Jésus affirme de plus belle que qui veut vivre de la vie de Dieu doit manger sa chair, comme on croque ou on mâche un bon pain pour l’assimiler et le digérer. Trop pudiques, les traducteurs n’ont pas osé reproduire le vocabulaire très crû du Seigneur; ils se sont contenté d’écrire manger sa chair.

Manger, c’est assimiler les aliments pour les transformer peu à peu en sa propre chair, seule manière de se maintenir en vie. Qui ne mange pas perd ses forces et finit par mourir. Le triste spectacle de la faim dans le monde en est l’illustration. Ainsi en va-t-il de la communion. Car, finalement, c’est bien de cela qu’il s’agit: d’assimiler le Verbe fait chair humaine pour en faire sa propre chair. «Celui qui me mange vivra par moi».

Accepter d’assimiler la vie du Christ, telle un aliment qui doit devenir ma propre chair est une démarche à la fois redoutable et stimulante. Redoutable, parce qu’elle suppose que j’accepte de faire mienne la vie du Christ, que sa vie passe dans la mienne. Une vie toute donnée, ouverte, constructive. Décision explosive pour l’égoïsme natif et le repli sur soi, capable de désagréger tout ce qui tient en échec la pratique de l’Évangile. Mais la communion n’est pas seulement une exigence, elle est un repas, une nourriture, qui donne force et bonne santé pour faire face aux exigences dans lesquelles elle m’entraîne. Dis-moi ce que tu manges et je te dirai ce que tu es!


Mai bis 2017

La prière instrumentalisée

Le Temps de ce samedi 27 mai rapporte que la fraternité Saint-Pie X se rassemble une fois par mois dans la chapelle œcuménique du CHUV, à Lausanne, pour prier afin de «réparer les crimes de l'avortement». La direction de l’hôpital comme les responsables de l’aumônerie tombent des nues: ils ignoraient tout de ce «pieux» squat qui dure, paraît-il, depuis près de dix ans.

S’il est légitime de prier pour une bonne cause, et d’estimer que la lutte contre l’avortement en est une, il n’est pas acceptable d’utiliser la prière comme un instrument politique, et de transformer la relation avec Dieu en arme de combat. Ces personnes peuvent bien prier chez elles, ou dans leurs propres églises où se réunit leur communauté. Personne ne peut leur en vouloir ; on ne peut que respecter leurs choix et leurs pratiques. Mais choisir la chapelle œcuménique du CHUV pour contester une pratique «légale» du CHUV, cela relève de la provocation. Plus qu’un acte de dévotion, il s’agit d’un acte politique travesti en pratique de piété. Pour éviter que les pharisiens n’instrumentalisent la religion et ne transforment la prière en une manif, dans l’Évangile selon Matthieu Jésus recommande de prier dans le secret, en prenant soin de fermer sa porte, à l’écart des regards, là où seul Dieu voit ce qui se passe.


Mai 2017

Strabisme

Qu’est-ce qu’une Église parallèle? La question se pose depuis que la Commission Ecclesia Dei chargée des relations avec la communauté schismatique d’Ecône a déclaré que Mgr Fellay n’avait jamais voulu créer une Église parallèle (cf. La Croix, 7.05.2017). Le même Mgr Fellay a cependant toujours affirmé haut et clair que sa communauté ne pouvait pas accepter l’intégralité de l’enseignement du concile Vatican II. Des documents aussi importants que ceux sur l’œcuménisme, la liberté de la foi et de la religion, la collégialité sont inacceptables pour les théologiens d’Ecône. Et leur prélat de déclarer que si un jour la Fraternité Saint Pie X réintègre l’Église catholique romaine, il faudra l’accepter telle qu’elle est. En position parallèle par rapport à l’ensemble de la communauté ecclésiale ? Un rien de strabisme dans le regard de ces négociateurs!


Mars 2017

Mars, le dieu de la violence

Ce mois de mars aura été bien occupé par les efforts des politiciens, souvent des hommes d’argent, à se profiler pour occuper le pouvoir. La série des candidats qui se bousculent au portillon de la présidence en France, les glissades dictatoriales du turc, les rodomontades et les décisions calamiteuses de l’américain, les douteuses incursions hors de son fief du russe, tous unis dans une même violence, l’argent et le pouvoir. Pour l’un comme pour l’autre on assassine depuis la nuit des temps. Et lorsqu’un politicien mobilise la religion au service de ses prétentions et tire le Bon Dieu dans son programme, la violence devient extrême, divine même. Le spirituel et le temporel confondus, tout est permis: l’État islamique aujourd’hui, les dictateurs espagnols, argentins et chiliens de sanglante mémoire, les croisades et les bûchers de l’Inquisition autrefois, toute cette violence et cette politique de mort au nom d’un dieu qui, comme Chronos, dévore ses enfants.


Février 2017

La démocratie en péril

Monsieur Trump a banni de sa présence les journalistes qui n’abondent pas dans son sens: CNN, New-York Time, Los Angeles Time, Politico, Buzz Fed ont été interdits d’accès au point de presse quotidien de la Maison Blanche. Seule la musique qui charme les oreilles du Président est autorisée. En Turquie, le Président Erdogan emprisonne les journalistes de l’opposition et ceux qui ne bêlent pas avec le troupeau de ses moutons. En Israël, le gouvernement refuse le visa à une ONG -Human Rights Watch-, qui dénonce les exactions et les injustices contre les Palestiniens. Ces exclus sont accusés de partialité et de désinformation. Entendez qu’ils ne font que d’exercer de manière indépendante le droit fondamental à la liberté de pensée et d’expression de l’opinion publique. Ce qui s’appelle participer au débat démocratique ! Si dénoncer l’injustice ou la sottise d’un gouvernement est un crime, une atteinte à la sécurité de l’État, la démocratie est bel et bien condamnée à mort. À ces gouvernants qui ne veulent entendre que des propos qui flattent leurs oreilles je recommande la lecture et la méditation du petit traité de Plutarque: «Comment distinguer le flatteur de l’ami».


Janvier 2017

Conscience contre violence

Cédric Herrou, un jeune agriculteur du Sud de la France risque bien d’être condamné pour délit d’humanité. Parce qu’il a aidé des migrants érythréens, des familles avec enfants, à franchir la frontière italo-française dans la zone montagneuse de la vallée de la Roya, le procureur a réclamé contre lui huit mois de prison avec sursis. Herrou a déclaré: «Je me mets dans l’illégalité pour sauvegarder les droits de l’enfant. L’histoire s’écrit tous les jours, et c’est notre devoir de se lever quand les choses vont mal. Je ne veux pas avoir honte dans vingt ans». Pour le président du Département des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti, son action est une insulte aux policiers, aux gendarmes, aux douaniers et aux militaires. Les anciens «résistants», s’il en existe encore, auront apprécié. Des propos qui sont une insulte à tous les défenseurs des causes justes contre l’arbitraire et l’injustice administrative!

Les chroniqueurs

Le coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

Le point de vue
de Pierre Emonet sj

La méditation
de Bruno Fuglistaller sj

Le billet spirituel
de Luc Ruedin sj

D'hier à aujourd'hui
de Jean-Blaise Fellay sj

Le triptyque du quotidien
de Julien Lambert sj

La chronique de l'invité
des jésuites

Archives

Année 2013

Vous avez dit : un bon journal ? - On ne prête qu'aux riches - Quand la santé devient une maladie - Des poltrons, ces cardinaux ? - Lamentable solution finale - Le cléricalisme, voilà l'ennemi - Le pasteur a relégué aux oubliettes le pontife. Espérons qu'il n'en ressortira pas.

Année 2014

Mauvais procès - Deux poids deux mesures - Le synode, un exercice de discernement - Propre  en ordre ! - Un tourisme pas si innocent - La fausse clef - Vous êtes vieux, suicidez-vous ? - J'Lui, elle ou ...ça ? - Hôpital de campagne et Croix-Rouge - Il y a de la folie dans l'air - Le secret du pape François

Année 2015

Un magistrat qui dérange l’ordre ! ; La Radio frappée de myopie culturellet ; Un idéal dans une réalité fragile : le mariage ! ; Deux terrorismes, un même style ; La bourde de son Éminence ; Au-delà du bien et du mal ; Gifler les pauvres ; Cachez ces crimes que je ne saurais voir ; Etrange mode ! ;  Nuance !

Année 2016

L’argent sans odeur, mais couleur rouge sang; Étonnement ! ; La paix des morts ; Querelle de chiffonniers ; Lamentable duplicité ; Idéologie contre Évangile ; Le prix d’une bonne conscience ; Un zeste de schizophrénie ; Roulez tambours ; L’argent n’a pas d’odeur (bis) ; Dis bonjour à la dame ! ; Avec un peu de retard Monseigneur ! ; L’argent n’a pas d’odeur ; L’ultime racket du voyage.

Année 2017

Conscience contre violence ; La démocratie en péril ; Mars, le dieu de la violence ; Strabisme ; La prière instrumentalisée ; Deviens ce que tu manges ; Des mœurs indignes ; Des records bien honteux ; Un carnaval hors prix ; Un cadeau d'anniversaire ; Quelle justice? ; Une belle hypocrisie ; Juteuse promotion ! ; Tardive reconnaissance ; Choquant ; Le temps n'abolit pas l'injustice ; Le culte de l’argent assassin.