Un magistrat qui dérange l’ordre ! ; La Radio frappée de myopie culturellet ; Un idéal dans une réalité fragile : le mariage ! ; Deux terrorismes, un même style ; La bourde de son Éminence ; Au-delà du bien et du mal ; Gifler les pauvres ; Cachez ces crimes que je ne saurais voir ; Etrange mode ! ;  Nuance !

Décembre 2015

Un magistrat qui dérange l’ordre !

Voilà qu’un Conseiller d’État de la République de Genève en charge des affaires sociales et de la santé se montre préoccupé par l’afflux des demandeurs d’asile et leur hébergement. Soucieux de « soutenir et insérer ces nombreux migrants dans notre société » il déclare publiquement que l’État compte sur les Églises pour faciliter leur intégration. Voilà donc les religions invitées à se manifester sur la place publique ! Je suis étonné de ne pas entendre les protestations de ceux et celles qui, quelques jours plus tôt, lors du débat au Grand Conseil sur le Projet de loi sur la laïcité de l’État, ont poussé les hauts cris pour mettre en garde contre la réapparition des religions dans le domaine public. « Ce projet marque un retour des groupes religieux dans les affaires publiques ! » déclarait un député, et une collègue de parti surenchérissait : « On était en paix, pourquoi déranger l’ordre? ». Ou le Conseiller d’État propose de déranger l’ordre, ou ces messieurs et dames se sont convertis et font subitement preuve d’ouverture ?


Novembre 2015

La Radio frappée de myopie culturelle

En 2004 la Radio Suisse Romande, Espace 2, supprimait des émissions culturelles sous prétexte qu’elles n’atteignaient pas un nombre suffisant d’auditeurs. La norme culturelle était clairement énoncée : l’audimat ou la rentabilité. Le directeur d’alors, comme celui d’aujourd’hui, expliquait qu’il voulait une radio plus démocratique, entendez plus populaire. Et de promettre que la culture serait reprise par des professionnels des médias, des journalistes. On a vu les résultats : un net glissement du niveau culturel vers le bas. Rien d’étonnant : lorsque la rentabilité et l’argent deviennent les premiers critères de choix, la médiocrité est au programme. Aujourd’hui les responsables de la Radio évoquent les mêmes raisons pour justifier la suppression des émissions religieuses. Et ce ne sont pas les vagues promesses de traiter des sujets religieux dans le cadre d’autres émissions qui justifient ce nivellement culturel. La marchandisation (sans allusion à un nom propre) de l’offre culturelle de la Radio Suisse Romande témoigne d’une affligeante myopie au moment où le monde s’embrase à cause des religions, et d’un manque de connaissance et de réflexion sur le fait religieux. La suppression des émissions religieuses suppose l’abolition d’une indispensable pluralité. La culture suppose dialogue et échanges. La pensée unique proposée ici sous l’étiquette de la démocratie, exclut la fécondité de la nécessaire altérité. Les auditeurs qui voudront se former une opinion seront privés de la liberté du regard et de la parole. Les sujets religieux qui, jusqu’ici, étaient traités par des spécialistes de ces questions, vont perdre leur spécificité ; ils seront absorbés dans le cadre plus large d’une culture politiquement correcte et … surtout rentable. Quand les médias ne sont plus des lieux de rencontre ils ne sont plus au service de la culture !


Octobre 2015

Un idéal dans une réalité fragile : le mariage

Le mariage n’est pas une affaire purement juridique, une simple question de permis ou défendu. On ne se marie pas pour remplir un contrat susceptible d’être revu, même avec l’autorisation d’une institution religieuse, comme le pensaient ces pharisiens. Jésus leur rappelle que le mariage est quelque chose de plus fondamental. Il engage les personnes jusque dans les profondeurs de leur être, tel qu’il a jailli des mains du Créateur. Mais, à propos « Á l’origine qu’y avait-il ? » Un Adam qui se morfondait parce qu’il se sentait seul. Et rien au monde, aucune créature, ne pouvait combler l’absence qui le torturait. Seule Ève finira par combler ce vide. Ève, qui est à la fois une part de lui-même (la fameuse histoire de la côte) et, en même temps, un autre, un vrai vis-à-vis. Dès qu’il la découvre, Adam se sent vraiment achevé, tel que le créateur le voulait. Chacun a trouvé dans l’autre le complément d’être qui lui manquait pour être vraiment soi-même, tel que sorti des mains du créateur. Dans le paradis, le premier cri de joie peut alors éclater.

Jésus insiste : loin d’être un article de consommation, le mariage appartient à la structure la plus profonde de la personne. Il relève de l’ordre de la création et échappe à la loi du provisoire. Le réduire à n’être qu’une affaire juridique de permis/défendu revient à le ranger parmi les articles de consommation dont le destin est lié à la dernière tendance.

Si Jésus exclue le divorce, il sait tout de même que cet idéal s’incarne dans des existences fragiles et exposées à toutes sortes d’aléas. Aussi a-t-il toujours accueilli sans arrière-pensée les personnes qui avaient vécu – ou provoqué ! – des ruptures, comme à Samarie, la femme aux cinq maris, ou à Jérusalem une épouse prise en flagrant délit d’adultère. La miséricorde n’abolit pas l’idéal recherché par chacun.


Août 2015

Deux terrorismes, un même style.

Le journal m'apporte deux nouvelles presque simultanées, deux jumelles dont je ne sais laquelle est la plus odieuse.

Le 17 août, dans la vallée de Crémisan, en Palestine occupée, les bulldozers israéliens sont arrivés à l'improviste sur des propriétés privées pour reprendre les travaux de construction du mur de la honte en déracinant des oliviers pluriséculaires, source de revenus pour des familles palestiniennes. Un recours était encore en suspend.

En Syrie, au sud de la ville de Homs, les bulldozers de l'armée terroriste de l'Etat Islamique ont détruit le monastère de Mar Elian, un témoin de la foi chrétienne datant du 5ème ou 6ème siècle.

Lequel de ces deux forfaits est le plus révoltant ?

Les islamistes ont détruit un monument de la foi chrétienne, mais pas la foi des chrétiens. Les israéliens ont détruit les ressources vitales séculaires des familles palestiniennes.


Juillet 2015

La bourde de son Éminence

Dans une interview au Financial Times, le 16 juillet 2015, le cardinal Pell, responsable du secrétariat pour l’économie du Vatican, a critiqué l’encyclique du pape consacrée à l’environnement. Selon lui l’Église n’a pas les compétences scientifiques nécessaires pour aborder un tel sujet. Á croire que le cardinal est sponsorisé par certains républicains américains dont il reprend si fidèlement les propos ? Son Éminence aurait pu continuer en disant que l'Église n’a pas se prononcer sur la sexualité ; qu’elle laisse cela aux psychologues et autres spécialistes compétents. Quant à la guerre et aux armes de destruction massive, nucléaires ou chimiques, qu’elle ne s’en mêle pas et laisse cela aux militaires et autres gardiens compétents de la sécurité nationale ! S’il fallait prendre au sérieux les propos du cardinal il faudrait conclure que l'Église n’a plus qu’à s’exprimer sur des faits de sacristie.

J’ai lu attentivement cette encyclique. Nulle part je n’ai trouvé que le pape François s’arroge des compétences scientifiques. Á partir de faits scientifiquement établis ou de propos tenus par des scientifiques le pape développe une réflexion purement éthique et spirituelle. Gênante peut-être pour le cardinal ?


Juin 2015

Au-delà du bien et du mal

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J'ai lu avec le plus grand intérêt ce livre dont l’auteur, un haut fonctionnaire de la police nationale française spécialisé dans l’étude de la criminalité organisée, se livre à une analyse très minutieuse du fonctionnement des marchés financiers. Son diagnostic est des plus sévères. Il conclut que les crises financières naissent d’un transfert prédateur d’argent des pauvres et des classes moyennes vers les plus riches qui deviennent de plus en plus riches.

De serviteurs voués à servir les intérêts de leurs clients, les banques sont devenues les serviteurs de leurs actionnaires et des cadres supérieurs. Les banques sont devenues si puissantes qu’il est impossible aux Etats de les contrôler et même de les sanctionner en cas de fraudes sous peine de mettre en péril toute l’économie d’un pays, et même l'économie mondiale. Si le système est pourri, sa complexité et son immensité permet d’affranchir les banquiers. Il n’y a plus de responsabilité personnelle. Lorsqu’une banque vacille, l’Etat vole à son secours pour éviter de perturber toute l’économie du pays. Ce sont les contribuables qui en font les frais, au profit des cadres supérieurs qui s’en tirent avec des bonus pharamineux. On se trouve dès lors au-delà du bien et du mal, dans un monde parfaitement amoral.

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Gifler les pauvres

Je veux bien que l'on porte un jean usé jusqu'à la corde, par provocation et anticonformisme. Tel un coup de gueule de gamins qui protestent contre la société de consommation et le soin exagéré de la mode. Mais que des jeunes femmes, riches de surcroît, se permettent de payer plus cher, et parfois très cher, une paire de jeans troués et savamment rapiécés, me semble un scandale intolérable. J'appelle cela se moquer des pauvres qui ont honte de devoir porter trop longtemps des vêtements usés. Stupide mode, et regrettable inconscience : se moquer des pauvres en leur administrant une gifle en pleine rue et en plein visage.

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Cachez ces crimes que je ne saurais voir

La ministre israélienne des Affaires étrangères a ordonné à ses services et à l'ambassade de Berne d'étudier immédiatement les moyens de s'opposer à l'ouverture prochaine d'une exposition de l'organisation "Briser le silence" sur les exactions commises par des soldats de l'armée israélienne en Palestine. Et comme la Confédération subventionne l'exposition, la ministre s'indigne contre la Suisse. « Nous ne pouvons accepter les agissements d'une organisation dont le but est de salir les soldats de l'armée israélienne sur la scène internationale et de porter gravement atteinte à l'image d'Israë l» a déclaré la ministre.

Madame la ministre pourrait peut-être demander à certains évêques catholiques ce qui leur en a couté de protéger par le silence les crimes de leurs prêtres pour sauver l'image de l'Eglise.


Mars 2015

Etrange mode !

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La mode est aux selfies. Tout le monde s'y met, des collégiennes en course d'école au Conseil fédéral en sortie annuelle. Le pape même s'y prête parfois au cours de ses audiences publiques. Ces autoportraits sont rendus possibles grâce au double objectif des incontournables smartphones : un œil pour regarder au loin, un autre pour se contempler soi-même, tel Narcisse sur le miroir de son étang !

Ainsi ces petits appareils non seulement vous mobilisent à longueur de journée pour vous faire parcourir le monde et ses informations, mais ils vous « capture » (prononcez-le comme les citoyens de la perfide Albion). Et comme, à la longue, il est fastidieux de n'avoir que soi comme horizon, une diversion a été trouvée, détestable comme une forme larvée de sadisme : posez donc sur fond de catastrophe. Suprême jouissance : soi et le malheur des autres ! Sotte inconscience ou sensibilité émoussée à l'extrême ? Le diable lui-même en rougit.


Janvier 2015

Nuance !

Sans humour le monde est horriblement ennuyeux, mais la dérision le rend inhabitable.

Dégager ouvertement les aspects plaisants ou insolites d'une situation est un gage de santé, une réaction qui permet de garder la saine distance exigée par une approche réaliste de l'événement. Par contre, l'incitation publique à mépriser et à se moquer des valeurs les plus sacrées sur lesquelles une personne fonde sa dignité et engage jusqu'à son destin éternel est intolérable. Rien de plus blessant et de provoquant que de livrer en pâture aux foules la vie et la mort, la religion, les liens du sang, le socle de la propre identité personnelle et collective. Ici la liberté d'expression se heurte à une frontière à ne pas franchir sous peine de réveiller les dieux et l'emportement irrépressible de la justice. Les révisionnistes de tous poils en font régulièrement l'expérience. Lorsque les humiliés sont des sectaires illuminés et des fanatiques, le pire est à craindre : nourrie de motivations religieuses, la violence ne connaît plus de bornes. La mort des journalistes de Charlie Hebdo consacre la liberté d'expression – c'est sa grandeur – mais pas la moquerie des valeurs sacrées et le mépris des foules croyantes.

Les chroniqueurs

Le coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

Le point de vue
de Pierre Emonet sj

La méditation
de Bruno Fuglistaller sj

Le billet spirituel
de Luc Ruedin sj

D'hier à aujourd'hui
de Jean-Blaise Fellay sj

Le triptyque du quotidien
de Julien Lambert sj

La chronique de l'invité
des jésuites

Archives

Année 2013

Vous avez dit : un bon journal ? - On ne prête qu'aux riches - Quand la santé devient une maladie - Des poltrons, ces cardinaux ? - Lamentable solution finale - Le cléricalisme, voilà l'ennemi - Le pasteur a relégué aux oubliettes le pontife. Espérons qu'il n'en ressortira pas.

Année 2014

Mauvais procès - Deux poids deux mesures - Le synode, un exercice de discernement - Propre  en ordre ! - Un tourisme pas si innocent - La fausse clef - Vous êtes vieux, suicidez-vous ? - J'Lui, elle ou ...ça ? - Hôpital de campagne et Croix-Rouge - Il y a de la folie dans l'air - Le secret du pape François

Année 2015

Un magistrat qui dérange l’ordre ! ; La Radio frappée de myopie culturellet ; Un idéal dans une réalité fragile : le mariage ! ; Deux terrorismes, un même style ; La bourde de son Éminence ; Au-delà du bien et du mal ; Gifler les pauvres ; Cachez ces crimes que je ne saurais voir ; Etrange mode ! ;  Nuance !

Année 2016

L’argent sans odeur, mais couleur rouge sang; Étonnement ! ; La paix des morts ; Querelle de chiffonniers ; Lamentable duplicité ; Idéologie contre Évangile ; Le prix d’une bonne conscience ; Un zeste de schizophrénie ; Roulez tambours ; L’argent n’a pas d’odeur (bis) ; Dis bonjour à la dame ! ; Avec un peu de retard Monseigneur ! ; L’argent n’a pas d’odeur ; L’ultime racket du voyage.

Année 2017

Conscience contre violence ; La démocratie en péril ; Mars, le dieu de la violence ; Strabisme ; La prière instrumentalisée ; Deviens ce que tu manges ; Des mœurs indignes ; Des records bien honteux ; Un carnaval hors prix ; Un cadeau d'anniversaire ; Quelle justice? ; Une belle hypocrisie ; Juteuse promotion ! ; Tardive reconnaissance ; Choquant ; Le temps n'abolit pas l'injustice ; Le culte de l’argent assassin.