Jésus n’est pas un gourou pour individus en mal d’expériences spirituelles. Celui qui a élevé le deuxième commandement à hauteur du premier, qui a donné sa vie «afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés» (Jn11,52) a fondé une communauté. Impossible être chrétien seul, on ne le devient que dans la mesure où on rejoint l’Église.

Loin de cautionner une conception romantique de la communauté, Jésus sait d’expérience qu’il y aura immanquablement des conflits entre ses disciples, de la concurrence, des incompréhensions, de la jalousie, des faiblesses, sans compter les éternels trublions qui sèment la discorde et mettent en péril l’unité. Déjà au cours de ses pérégrinations à travers la Galilée et la Judée il avait dû arbitrer des tensions entre ses disciples. Aussi prend-t-il les devants: l’évangile selon Matthieu consacre tout le chapitre 18 à son enseignement sur la manière de gérer ces situations et de traiter les contestataires de service.

Jésus prévient ses disciples: leur responsabilité n’est pas banale. Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel! En d’autres termes: votre manière d’intervenir a des conséquences au-delà de ce que vous imaginez, elle peut ouvrir ou fermer le ciel. Redoutable privilège! Qui n’a pas rencontré des hommes ou des femmes qui ont perdu le chemin du ciel à cause de la manière dont ils ont été traités par des gens d’Église?

Jésus a posé pour principe que la base de la vie ecclésiale est le respect des petits, des faibles, des pauvres, des pécheurs. Il s’agit de ne perdre personne, et gare à qui les fait trébucher. À partir de ce fondement, il propose une procédure pour gérer les inévitables conflits. Parce que «l’Église n’est pas une douane, mais la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile» (pape François), plutôt que de mettre en place des contrôleurs, il veut des facilitateurs. En cas de litige, qu’on commence par s’expliquer et parler d’homme à homme, en toute discrétion, sans porter aussitôt le différent sur la place publique -ou les réseaux publics! Il ne s’agit pas de condamner, mais de gagner l’adversaire. Ignace de Loyola conseillait d’entrer par la porte de l’autre pour le faire sortir par la sienne.

S’il y a des têtus difficiles à convaincre, il faut alors recourir à des tiers, à des médiateurs capables d’élargir le débat et d’être des témoins fiables. Face aux obstinés qui refusent de jouer le jeu de la fraternité, qui perturbent la paix, c’est à la communauté d’arbitrer. Après avoir tout tenté, en désespoir de cause, il ne reste plus qu’à respecter leur choix, à les laisser partir sans les retenir contre leur gré. Sans se faire du scrupule, comme on se comporte vis-à-vis de n’importe quelle autre personne qui ne fait pas partie de la communauté. N’est-ce pas ce qui se passe avec les schismatiques qui ont quitté l’Église à l’occasion du concile Vatican II?

Une chose reste certaine, qui est au centre de tout comme l’ultime raison: le Christ a promis d’être présent lorsque ses disciples se mettent d’accord, ne seraient-ils que deux ou trois.

Les chroniqueurs

Le coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

Le point de vue
de Pierre Emonet sj

La méditation
de Bruno Fuglistaller sj

Le billet spirituel
de Luc Ruedin sj

D'hier à aujourd'hui
de Jean-Blaise Fellay sj

Le triptyque du quotidien
de Julien Lambert sj

La chronique de l'invité
des jésuites

Les pierres vivantes
de Pierre Martinot-Lagarde sj

Vie Spirituelle
au temps du coronavirus

Archives

Un délit qui n’en est pas un!

Jeudi 11 avril, le Ministère Public de Neuchâtel a auditionné le Pasteur Norbert Valley, poursuivi pour avoir logé et nourri un requérant d’asile togolais dont la demande a été refusée. L’homme était à la rue pendant la mauvaise saison. Ainsi donc, apporter son aide à un homme sans domicile et affamé constitue un délit d’un nouveau genre.

Lire la suite...
Ne pas s’approprier la place des victimes

LettreMorerodAbus mars19La découverte et la publication récurrente des scandales dans leur Église émeut les fidèles catholiques. Au nom de leur fidélité d’aucuns pensent que l’Église est victime d’une campagne de dénigrement, d’une chasse aux sorcières de la part de ses ennemis.

Lire la suite...
Les Béatitudes, opium ou sagesse?

Prétendre que quelque chose de mal est bon, voilà qui est abominable. Une vraie perversion. S’adressant à une foule de pauvres gens, Jésus semble leur dire: vous êtes pauvres, vous avez faim, vous pleurez, vous êtes persécutés, c’est votre chance. Comme s’il prêchait la résignation plutôt que la lutte pour s’en sortir. Opium du peuple? Et pourtant, les Béatitudes sont au cœur du message du Christ: un discours programmatique tranchant comme une lame.

Lire la suite...
Prendre soin de la maison commune ou la dévaster ?

Greta Thunberg sp119Greta Thunberg © Jan Ainali/Wikimedia CommonsMon journal relate deux événements qui s’entrechoquent avec violence. D’un côté la croisade en faveur du climat d’une jeune adolescente suédoise, Greta Thunberg (16 ans) qui, au terme d’un long voyage en train se pointe dans le milieu aseptisé du Forum économique mondiale à Davos pour réveiller les participants et leur faire prendre conscience de l’urgence de la situation, comme elle l’avait fait en décembre dernier à Katowice, à la conférence l'ONU sur le climat (COP24).

Lire la suite...
Le grand-écart jusqu’au point de rupture

Jeff Bezos 2016Jeff Bezos © Senior Master Sgt. Adrian Cadiz/wikimedia commonsUn rapport d'Oxfam publié le 21 janvier rapporte que vingt-six milliardaires possèdent autant d’argent que la moitié la plus pauvre de l'humanité (3,8 milliards). L'homme le plus riche du monde, Jeff Bezos, le patron d'Amazon, dispose d’une richesse qui a atteint 112 milliards de dollars l'an dernier, tandis que le budget de santé de l'Éthiopie correspond au 1% de sa fortune!

Lire la suite...
Année 2018

Une myopie pas si innocente ; La clef dans le porte-monnaie ; Discernement ; Gaudete et Exsultate ; L’observateur myope ; Cruel et cynique ; Au mépris de l'éthique ; Propos d'un postillon qui se croit philosophe ; Démocratie ou ploutocratie ? ; Le journal mieux que les savants ; Christ Roi ou la tentation politique ; Une cage pour le Saint-Esprit

Lire la suite...
Année 2017

Conscience contre violence ; La démocratie en péril ; Mars, le dieu de la violence ; Strabisme ; La prière instrumentalisée ; Deviens ce que tu manges ; Des mœurs indignes ; Des records bien honteux ; Un carnaval hors prix ; Un cadeau d'anniversaire ; Quelle justice? ; Une belle hypocrisie ; Juteuse promotion ! ; Tardive reconnaissance ; Choquant ; Le temps n'abolit pas l'injustice ; Le culte de l’argent assassin.

Lire la suite...
Année 2016

L’argent sans odeur, mais couleur rouge sang; Étonnement ! ; La paix des morts ; Querelle de chiffonniers ; Lamentable duplicité ; Idéologie contre Évangile ; Le prix d’une bonne conscience ; Un zeste de schizophrénie ; Roulez tambours ; L’argent n’a pas d’odeur (bis) ; Dis bonjour à la dame ! ; Avec un peu de retard Monseigneur ! ; L’argent n’a pas d’odeur ; L’ultime racket du voyage.

Lire la suite...
Année 2015

Un magistrat qui dérange l’ordre ! ; La Radio frappée de myopie culturellet ; Un idéal dans une réalité fragile : le mariage ! ; Deux terrorismes, un même style ; La bourde de son Éminence ; Au-delà du bien et du mal ; Gifler les pauvres ; Cachez ces crimes que je ne saurais voir ; Etrange mode ! ;  Nuance !

Lire la suite...
Année 2014

Mauvais procès - Deux poids deux mesures - Le synode, un exercice de discernement - Propre  en ordre ! - Un tourisme pas si innocent - La fausse clef - Vous êtes vieux, suicidez-vous ? - J'Lui, elle ou ...ça ? - Hôpital de campagne et Croix-Rouge - Il y a de la folie dans l'air - Le secret du pape François

Lire la suite...
Année 2013

Vous avez dit : un bon journal ? - On ne prête qu'aux riches - Quand la santé devient une maladie - Des poltrons, ces cardinaux ? - Lamentable solution finale - Le cléricalisme, voilà l'ennemi - Le pasteur a relégué aux oubliettes le pontife. Espérons qu'il n'en ressortira pas.

Lire la suite...