Après la mort de Jean Baptiste, Jésus fuit Hérode et cherche le calme à l’écart. Mais les foules finissent par le rattraper. Parce que la souffrance des hommes lui importe plus que le repos, la compassion l’emporte sur le besoin de calme.

Reste le problème de l’intendance rendu plus aigu par la nuit qui tombe et le lieu désert. En hommes pratiques, les disciples proposent la seule solution raisonnable: congédier les gens pour qu’ils aillent s’acheter de quoi manger. L’excuse est facile et plausible. Parce que les disciples semblent esquiver une responsabilité en proposant une solution de facilité, Jésus les renvoie à eux-mêmes: qu’ils se bougent, qu’ils fassent quelque chose pour subvenir aux attentes de ceux et celles qui sont dans le besoin. Qu’ils y mettent du leur, même si c’est peu de chose.

Jésus n’est pas un magicien. Dans ce lieu désert, il n’a pas fait apparaitre comme par enchantement un pique-nique tout préparé, comme un prestidigitateur tirerait un lapin de son chapeau. S’il a pu nourrir la foule, c’est bien parce que ceux qui disposaient de quelque chose ont accepté de le partager. Il est vrai que ce qu’ils ont mis à disposition était ridiculement disproportionné par rapport aux besoins réels: cinq pains et 2 poissons pour nourrir 5000 personnes. Jamais on n’y arrivera! Mais entre les mains du Christ ce petit peu est devenu abondance et on y est arrivé.

Tout a commencé par un geste de partage bien modeste. Ce qui a nourri la foule c’est la générosité de ceux qui possédaient quelque chose et la bénédiction du Christ. En recevant ces cinq pains et ces deux poissons, Jésus a levé les yeux au ciel et les a bénis. Il a accompli les mêmes gestes qu’au moment de la cène, lorsqu’il explique à ses disciples que la vraie nourriture qui sauve le monde est une vie donnée, le don de soi jusqu’à en mourir. Une fois les pains et les poissons bénis, Jésus les confie à ses disciples pour les distribuer à la foule. Qu’ils comprennent la leçon: qu’ils mettent leur confiance dans le Seigneur, qu’ils agissent et fassent face aux besoins des foules.

Le miracle a bien eu lieu avec la double participation des disciples: il leur a fallu d’abord céder leurs provisions en les mettant à la disposition du Christ, puis assumer la distribution à la foule. Dieu agit d’ordinaire à travers des médiations humaines qui occultent la toute-puissance divine. Si la modestie des moyens mis en œuvre, la faiblesse parfois scandaleuse des ministres, les lourdeurs de l’institution peuvent décourager, la foi et la confiance en Jésus permet à la bénédiction divine de déployer toute son efficacité à travers des petits gestes modestes, fragiles mais généreux.

Pierre Emonet sj

 

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Un délit qui n’en est pas un!

Jeudi 11 avril, le Ministère Public de Neuchâtel a auditionné le Pasteur Norbert Valley, poursuivi pour avoir logé et nourri un requérant d’asile togolais dont la demande a été refusée. L’homme était à la rue pendant la mauvaise saison. Ainsi donc, apporter son aide à un homme sans domicile et affamé constitue un délit d’un nouveau genre.

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Ne pas s’approprier la place des victimes

LettreMorerodAbus mars19La découverte et la publication récurrente des scandales dans leur Église émeut les fidèles catholiques. Au nom de leur fidélité d’aucuns pensent que l’Église est victime d’une campagne de dénigrement, d’une chasse aux sorcières de la part de ses ennemis.

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Les Béatitudes, opium ou sagesse?

Prétendre que quelque chose de mal est bon, voilà qui est abominable. Une vraie perversion. S’adressant à une foule de pauvres gens, Jésus semble leur dire: vous êtes pauvres, vous avez faim, vous pleurez, vous êtes persécutés, c’est votre chance. Comme s’il prêchait la résignation plutôt que la lutte pour s’en sortir. Opium du peuple? Et pourtant, les Béatitudes sont au cœur du message du Christ: un discours programmatique tranchant comme une lame.

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Prendre soin de la maison commune ou la dévaster ?

Greta Thunberg sp119Greta Thunberg © Jan Ainali/Wikimedia CommonsMon journal relate deux événements qui s’entrechoquent avec violence. D’un côté la croisade en faveur du climat d’une jeune adolescente suédoise, Greta Thunberg (16 ans) qui, au terme d’un long voyage en train se pointe dans le milieu aseptisé du Forum économique mondiale à Davos pour réveiller les participants et leur faire prendre conscience de l’urgence de la situation, comme elle l’avait fait en décembre dernier à Katowice, à la conférence l'ONU sur le climat (COP24).

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Le grand-écart jusqu’au point de rupture

Jeff Bezos 2016Jeff Bezos © Senior Master Sgt. Adrian Cadiz/wikimedia commonsUn rapport d'Oxfam publié le 21 janvier rapporte que vingt-six milliardaires possèdent autant d’argent que la moitié la plus pauvre de l'humanité (3,8 milliards). L'homme le plus riche du monde, Jeff Bezos, le patron d'Amazon, dispose d’une richesse qui a atteint 112 milliards de dollars l'an dernier, tandis que le budget de santé de l'Éthiopie correspond au 1% de sa fortune!

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Année 2018

Une myopie pas si innocente ; La clef dans le porte-monnaie ; Discernement ; Gaudete et Exsultate ; L’observateur myope ; Cruel et cynique ; Au mépris de l'éthique ; Propos d'un postillon qui se croit philosophe ; Démocratie ou ploutocratie ? ; Le journal mieux que les savants ; Christ Roi ou la tentation politique ; Une cage pour le Saint-Esprit

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Année 2017

Conscience contre violence ; La démocratie en péril ; Mars, le dieu de la violence ; Strabisme ; La prière instrumentalisée ; Deviens ce que tu manges ; Des mœurs indignes ; Des records bien honteux ; Un carnaval hors prix ; Un cadeau d'anniversaire ; Quelle justice? ; Une belle hypocrisie ; Juteuse promotion ! ; Tardive reconnaissance ; Choquant ; Le temps n'abolit pas l'injustice ; Le culte de l’argent assassin.

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Année 2016

L’argent sans odeur, mais couleur rouge sang; Étonnement ! ; La paix des morts ; Querelle de chiffonniers ; Lamentable duplicité ; Idéologie contre Évangile ; Le prix d’une bonne conscience ; Un zeste de schizophrénie ; Roulez tambours ; L’argent n’a pas d’odeur (bis) ; Dis bonjour à la dame ! ; Avec un peu de retard Monseigneur ! ; L’argent n’a pas d’odeur ; L’ultime racket du voyage.

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Année 2015

Un magistrat qui dérange l’ordre ! ; La Radio frappée de myopie culturellet ; Un idéal dans une réalité fragile : le mariage ! ; Deux terrorismes, un même style ; La bourde de son Éminence ; Au-delà du bien et du mal ; Gifler les pauvres ; Cachez ces crimes que je ne saurais voir ; Etrange mode ! ;  Nuance !

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Année 2014

Mauvais procès - Deux poids deux mesures - Le synode, un exercice de discernement - Propre  en ordre ! - Un tourisme pas si innocent - La fausse clef - Vous êtes vieux, suicidez-vous ? - J'Lui, elle ou ...ça ? - Hôpital de campagne et Croix-Rouge - Il y a de la folie dans l'air - Le secret du pape François

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Année 2013

Vous avez dit : un bon journal ? - On ne prête qu'aux riches - Quand la santé devient une maladie - Des poltrons, ces cardinaux ? - Lamentable solution finale - Le cléricalisme, voilà l'ennemi - Le pasteur a relégué aux oubliettes le pontife. Espérons qu'il n'en ressortira pas.

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