par Pierre Emonet sj - Dans un interview accordé aux Salzburger Nachrichten, l’abbé Davide Pagliarani, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, justifie le schisme en expliquant que «depuis le concile Vatican II, l’Église pense que tout homme peut trouver Dieu dans sa religion. C’est une prémisse qui réduit la foi à une expérience personnelle et intérieure, dès lors qu’elle n’est plus l’adhésion de l’intelligence à la révélation divine… Cela contredit très nettement l’orientation nécessaire et claire donnée par la loi de Dieu.» Et de reprocher au pape François -qu’il traite de luthérien- de remplacer l'obéissance à la loi par la pratique du discernement spirituel avant toute décision éthique. Car le salut est dans la loi extérieure et non dans l’expérience personnelle intérieure.

maitreEckartMaître Eckhart (1260-1328) ne semble pas partager cet avis, qui écrit: «C’est au plus profond, au plus essentiel de l’âme, dans la petite étincelle de la raison, que se fait la naissance de Dieu. Dans ce que l’âme peut offrir de plus pur, de plus noble et de plus délicat  c’est là seulement qu’elle peut se produire: dans ce profond silence où jamais ne pénétra une créature ni une quelconque image.»

Le mystique dominicain reprend à sa manière l’enseignement de Thomas d’Aquin qui n’hésite pas à professer: «L'homme libre est celui qui s'appartient à lui-même; l'esclave, lui, appartient à son maître. Ainsi quiconque agit spontanément, agit librement. Celui-là donc qui évite le mal, non parce que c'est un mal, mais en raison d'un précepte du Seigneur, n'est pas libre. En revanche, celui qui évite le mal parce que c'est un mal, celui-là est libre. Or c'est là ce qu'opère le Saint Esprit qui perfectionne intérieurement notre esprit en lui communiquant un dynamisme nouveau, si bien qu'il s'abstient du mal par amour, comme si la loi divine le lui commandait; et de la sorte il est libre, non qu'il ne soit pas soumis à la loi divine, mais parce que son dynamisme intérieur le porte à faire ce que prescrit la loi divine.» (Comm. 2Co 3, 17).

Dans la ligne de cet enseignement traditionnel, le Concile Vatican II a clairement rappelé le caractère sacré de la conscience: «Au fond de sa conscience, l'homme découvre la présence d'une loi qu'il ne s'est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d'obéir. Cette voix, qui ne cesse de le presser d'aimer et d'accomplir le bien et d'éviter le mal, au moment opportun résonne dans l'intimité de son cœur: "Fais ceci, évite cela". Car c'est une loi inscrite par Dieu au cœur de l'homme; sa dignité est de lui obéir, et c'est elle qui le jugera. La conscience est le centre le plus secret de l'homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre.» (Gaudium et Spes, 16).

Passer de l’intérieur à l’extérieur, donner la priorité à des lois, à des structures humaines et des traditions temporaires et temporelles caduques, c’est vouloir mettre l’Esprit en cage. Vieille tentation pélagienne qui resurgit comme une des erreurs majeures de notre époque au point d’engendrer des schismes.

Lorsque l’abbé Pagliarani ajoute que tout homme qui est à la recherche de la vérité «a besoin de la direction du prêtre», on peut craindre qu’il ne fasse l’impasse sur la théologie du Saint-Esprit amorcée dans l’Évangile de Jean (Jn 16,12-15), pour justifier le cléricalisme, cette source empoisonnée de tant d’abus de pouvoir dans l’Église.

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