Démocratie ou ploutocratie ?

Il y a quelques jours, on apprenait que le Groupe Mutuel, assurance-maladie, est représenté au Parlement par une bonne douzaine de parlementaires, qui reçoivent sans sourciller des indemnités de la part de l’assurance-maladie pour leur « travail » au profit de… ! Curieux exercice de démocratie. Une bonne partie de ces messieurs, la moitié, siègent actuellement dans les commissions parlementaires de la santé. Et ils ne sont pas les seuls. Au total, 17 élus ont des liens d'intérêts avec des caisses-maladie (6 UDC, 5 PDC et 4 PLR), quand ils n’ont pas des fonctions dirigeantes (Curafutura et Helsana). Allez vous étonner si la réforme de notre système de santé patine.

Samedi, mon journal m’explique que la Suisse cajole les fabricants de tabac. Bien que la Suisse ait signé la convention de l’ONU qui recommande d’adopter le principe du paquet de cigarettes neutre, les bonnes intentions du pays se perdent toujours dans les chicanes parlementaires. Rien d’étonnant lorsqu’on sait que 40 des 200 membres du Conseil national et 12 des 46 sénateurs sont liés d’une manière ou d’une autre à l’industrie du tabac.

Aujourd’hui j’apprends que notre ministre des affaires étrangères a créé un groupe de travail pour réajuster la politique extérieure de la Suisse. Seuls des représentants de l'économie en font partie.

Quand la démocratie se mue en ploutocratie, qui représente qui ?


Un apôtre myope

Si Dieu existe, comment justifier la mort de l’innocent, le massacre d’un enfant? Dostoïevski, Camus, Nietzsche et bien d’autres ont protesté haut et fort, avec talent, pour clamer leur révolte. Il y a une incompatibilité de fond entre la foi en un Dieu créateur tout puissant de la vie et l’échec de son œuvre. Prétendre tenir les deux extrêmes, Dieu et le mal, relève d’une insupportable acrobatie. Mieux vaut rendre son billet, disait Ivan Karamazov. Ce jour-là, Pierre, l’apôtre que Jésus venait de reconnaître comme le roc sur lequel il allait bâtir son Église, était aussi prêt à rendre son billet. Inspiré par le Père, dans un acte de foi, il vient de reconnaître l’origine divine de l’homme Jésus. Passe encore un Dieu incarné en forme humaine. Lorsqu’il fait des miracles, guérit, marche sur les eaux, défend les pauvres, pardonne les pécheurs, ressuscite les morts, Pierre veut bien y croire. Mais un Dieu mis en infériorité, marginalisé, qui souffre et qui meurt, est inacceptable. L’annonce de la Passion remettait tout en question.

Pierre n’a retenu que le côté triomphaliste et glorieux de sa foi. Comme ces «bons chrétiens» qui conçoivent la suite du Christ comme une marche triomphale, sans histoires, parce qu’ils estiment qu’ils ont fait tout juste ! La perspective de la Passion et des inévitables épreuves, les scandalise. Qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour mériter cela? À Pierre et à ces chrétiens «méritants» Jésus reproche de n’y rien comprendre. En restant au raz des pâquerettes ils font preuve de myopie. Pire! Leur attitude lui rappelle sa propre tentation au désert, lorsque Satan lui faisait miroiter la gloire et le pouvoir à condition de le suivre.

Pierre, n’as-tu pas compris que l’incarnation que tu as confessée, est solidarité jusqu’à l’extrême de la croix? Suivre le Christ, ne t’engage pas sur un chemin d’exception, à l’abri des épreuves et de la souffrance, l’incontournable condition humaine. Élargi ton champ de vue; il y a la promesse de la résurrection! Cela aussi fait partie de la foi.


Se tirer une balle dans le pied

Le gouvernement fédéral suisse envisage d’assouplir la règlementation concernant les ventes d’armes aux pays en guerre. Contrairement à son principe de neutralité, la Suisse pourrait donc prendre une part active dans la guerre. Étonnante logique de nos soi-disant sept sages qui reconnaissent leur difficulté à maîtriser le flot des réfugiés qui se pressent à nos frontières, et qui n’hésitent pas à favoriser l’augmentation du flux des réfugiés dans le monde, en cautionnant les guerres! Ce qui s’appelle: se tirer une balle dans le pied.  

Les chroniqueurs

Le coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

Le point de vue
de Pierre Emonet sj

La méditation
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Le billet spirituel
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D'hier à aujourd'hui
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Le triptyque du quotidien
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La chronique de l'invité
des jésuites

Archives

Année 2013

Vous avez dit : un bon journal ? - On ne prête qu'aux riches - Quand la santé devient une maladie - Des poltrons, ces cardinaux ? - Lamentable solution finale - Le cléricalisme, voilà l'ennemi - Le pasteur a relégué aux oubliettes le pontife. Espérons qu'il n'en ressortira pas.

Année 2014

Mauvais procès - Deux poids deux mesures - Le synode, un exercice de discernement - Propre  en ordre ! - Un tourisme pas si innocent - La fausse clef - Vous êtes vieux, suicidez-vous ? - J'Lui, elle ou ...ça ? - Hôpital de campagne et Croix-Rouge - Il y a de la folie dans l'air - Le secret du pape François

Année 2015

Un magistrat qui dérange l’ordre ! ; La Radio frappée de myopie culturellet ; Un idéal dans une réalité fragile : le mariage ! ; Deux terrorismes, un même style ; La bourde de son Éminence ; Au-delà du bien et du mal ; Gifler les pauvres ; Cachez ces crimes que je ne saurais voir ; Etrange mode ! ;  Nuance !

Année 2016

L’argent sans odeur, mais couleur rouge sang; Étonnement ! ; La paix des morts ; Querelle de chiffonniers ; Lamentable duplicité ; Idéologie contre Évangile ; Le prix d’une bonne conscience ; Un zeste de schizophrénie ; Roulez tambours ; L’argent n’a pas d’odeur (bis) ; Dis bonjour à la dame ! ; Avec un peu de retard Monseigneur ! ; L’argent n’a pas d’odeur ; L’ultime racket du voyage.

Année 2017

Conscience contre violence ; La démocratie en péril ; Mars, le dieu de la violence ; Strabisme ; La prière instrumentalisée ; Deviens ce que tu manges ; Des mœurs indignes ; Des records bien honteux ; Un carnaval hors prix ; Un cadeau d'anniversaire ; Quelle justice? ; Une belle hypocrisie ; Juteuse promotion ! ; Tardive reconnaissance ; Choquant ; Le temps n'abolit pas l'injustice ; Le culte de l’argent assassin.