Le point de vue de Pierre Emonet sj

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Directeur de la revue culturelle choisir, le trimestriel d'information et de réflexion édité par les jésuites de Suisse depuis près de soixante ans, Pierre Emonet se consacre à l'écriture et aux ministères ordinaires de la Compagnie: exercices spirituels dans la vie ou en retraites, accompagnement spirituel, prédication et aide dans le ministère paroissial.

Dans sa chronique, il jette un regard amical et critique sur l'actualité. Petit exercice de l'art ignatien du discernement pour se tenir à distance du politiquement correct.

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Religion et affaires, un mauvais ménage (Jn 2,13-25)

Par Pierre Emonet sj - La scène n’est pas banale, déconcertante même. Celui que Renan appelait le doux rêveur de Galilée, pique une belle colère. Dans un des quartiers du Temple, le parvis des Gentils, Caïphe avait installé un marché de produits garantis casher: du bétail et des volailles pour les sacrifices, des bureaux de change pour se procurer la seule monnaie autorisée dans le périmètre sacré. Ce commerce engendrait pas mal de profit, surtout durant la haute saison, la période de la Pâque juive, lorsque les sacrifices dopaient le chiffre d’affaires.

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Quand Dieu rassure (Mc, 9,2-10)

Dans le texte original, cet évangile commence par une date, escamotée dans le lectionnaire du dimanche: six jours plus tard Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean. Plus tard de quoi? De l’annonce de la Passion et des conditions pour suivre Jésus, porter sa croix. Pour les disciples, le climat est plombé. Peut-être en sont-ils à se demander si le compagnonnage avec le Christ en vaut vraiment la peine. Et brusquement, une expérience lumineuse dissipe la grisaille. Celui qui leur parle de croix, de mort, de renoncement, leur apparaît resplendissant, de cette blancheur céleste qui est un des attributs de la divinité. Il ne s’agit pas d’une hallucination, puisque l’histoire est au rendez-vous avec Moïse, Élie témoins de toute une tradition bien incarnée. Ravis, comblés de joie, ils n’ont qu’un souhait: pourvu que cela dure. Pierre, l’homme des initiatives généreuses propose aussitôt de s’installer dans cet état de consolation, et de ne plus en sortir. Et voici qu’au cœur de ce bonheur, une voix venue d’ailleurs, la même qui s’est faite entendre au baptême de Jésus: «Celui-ci est mon Fils bien-aimé: écoutez-le!» Suprême confirmation qui les rassure, comme qui dirait: «en dépit de la Passion et de la croix, vous avez fait le bon choix, vous ne vous trompez pas en l’écoutant.» Soudain, ils ne voient plus que Jésus seul, celui de tous les jours, qui va de l’avant et les entraîne vers sa Passion. Si la consolation les a confirmés dans leur choix, la vie quotidienne a repris ses droits, avec ses hauts et ses bas.

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L’épreuve (Mc 1,12-15)

À peine baptisé, Jésus s’en va au désert, le lieu du combat et de la tentation. Il y est poussé par ce même Esprit qui l’avait investi au moment de son baptême, lorsque le Père l’a reconnu comme son fils. Il y a de la contrainte dans cette poussée, un départ forcé, comme si le baptême débouchait sur une mise à l’épreuve. Jésus restera quarante jours dans le désert. Le chiffre est symbolique; il signifie la durée d’une vie, et fait allusion aux quarante années d’errance des Hébreux dans le désert du Sinaï, avant d’entrer dans la Terre promise. Moïse en avait rappelé le sens: «Souviens-toi de tout le chemin que le Seigneur ton Dieu t’a fait faire pendant quarante ans dans le désert afin de t’humilier, de t’éprouver et de connaître le fond de ton cœur: allais-tu ou non garder ses commandements?» (Dt 8,2). Le désert, ce lieu –ces moments– où une personne, seule face à Dieu et à elle-même, balançant entre fidélité et abandon, se trouve mise en demeure de faire un choix.

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L’ultime instance, l’homme debout (Mc 1,40-45)

Atteint d’une maladie contagieuse, souvent défiguré, le lépreux était exclu de tout commerce avec les autres. La Loi était formelle: «Le lépreux atteint d’une tache portera des vêtements déchirés et les cheveux en désordre, il se couvrira le haut du visage jusqu’aux lèvres, et il criera: ‘Impur ! Impur !’ … C’est pourquoi il habitera à l’écart, son habitation sera hors du camp» (Lev 13,45-46). À l’époque, la lèpre n’était pas seulement une maladie contagieuse, elle était aussi considérée comme un châtiment de Dieu. Un mal religieux. Doublement impur, tel un mort vivant rejeté par Dieu et les hommes, le lépreux était interdit de contacts avec les autres. Redoutable mise en quarantaine! Sa guérison, qui équivalait une résurrection, ne pouvait venir que de Dieu, aussi, seuls les prêtres étaient habilités à l’authentifier.

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Universalité (Mc 1,29-39)

En expulsant un démon dans la synagogue de Capharnaüm, Jésus avait manifesté qu’il y a en lui une force intérieure capable de venir à bout des pires maux qui puissent accabler les hommes. Mélange de liberté créative, de maîtrise et d’autorité, cette force jaillit du dedans, comme un élan vital, qui rafraîchit la joie des origines, en expulsant toutes sortes d’agressions qui éteignent la vie et défigurent l’image de Dieu dans l’homme.  Même la mort ne lui résiste pas. L’évangéliste le suggère clairement. Pour dire que Jésus guérit la belle-mère de Pierre et la fit «lever», Marc emploie le verbe grec «ressusciter», laissant entendre que la force qui rend la santé à cette femme est la même que celle qui a rendu la vie au Christ, la force de la résurrection.

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La preuve par l’acte (Mc 1,21-28)

Quatre fois le mot «enseigner» revient dans ces quelques versets qui inaugurent l’activité de Jésus dans l’Évangile de Marc. Le ton est donné et le lecteur averti, Jésus est un enseignant et celui qui veut entendre la Bonne Nouvelle est invité à se mettre à son école. Il y a bien d’autres personnes qui enseignent dans les synagogues et les églises. Des notables, des officiels, des gens qui ont étudié. Leur enseignement ne tient pas la comparaison avec celui de Jésus. Parce que leur autorité est tout extérieure; elle vient de leur position sociale et de leurs diplômes. Jésus, lui, parle très librement à partir de son propre fond, du fond de son être dit le texte grec de l’évangéliste. Son enseignement jaillit du centre intime de sa personne, là où il est en union avec son Père: «Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres.» (Jn 14,10). Voilà pourquoi son enseignement dégage une telle force, qui stupéfie ses auditeurs.

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La Bonne nouvelle (Mc 1,14-20)

C’est le moment, il n’y a plus à attendre, le règne de Dieu est à la porte. Cette bonne nouvelle n’est pas annoncée dans la très orthodoxe Judée, patrie du Temple et du clergé, mais dans cette terre de brassage qu’est la Galilée, carrefour des païens, où s’agite une population aussi bigarrée et diverse que celle de nos villes et de nos réseaux sociaux: commerçants qui n’ont que les affaires en tête, soldats païens, fonctionnaires qui font le jeu de l’occupant, immigrés de diverses origines, juifs observants. C’est à ce petit monde disparate que s’adresse la Bonne nouvelle.

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Le cœur plus que les idées

Entre curiosité et désir, deux hommes suivent Jésus. Ils se sont mis en route, parce que Jean a attiré leur attention en le désignant comme le Messie, celui qui peut combler leur attente. Jésus, qui va son chemin, se retourne. Sans engager une discussion sur le Messie, il se contente de les interpeller et de les renvoyer à eux-mêmes. Que cherchent-ils? Qu’ils clarifient cet obscur désir qui les habite. La réponse est immédiate, concrète et pratique: ils souhaitent faire connaissance, et le rencontrer dans son lieu. (Jn 1,35-42)

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Jésus entre en scène (Mc 1,7-11)

L’Évangile selon Matthieu commence par la généalogie de Jésus, celui de Luc par sa naissance à Bethléem, Jean remonte jusque dans les arcanes de la Trinité et de la création du monde pour parler du Verbe. Pour Marc, Jésus entre en scène de manière soudaine, en commençant sa vie publique sans préliminaire. Celui que les prophètes annonçaient, que les générations attendent, est là, plus fort que tous les saints personnages qui l’ont précédé. Solidaire de la foule empêtrée dans le péché mais travaillée par le désir de Dieu, il est baptisé par Jean dans le Jourdain. 

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La marche de l’humanité

Blanc, jaune et noir selon la tradition, les trois mages incarnent l’humanité tout entière, toutes races et cultures confondues dans la recherche du salut, d’un Paradis perdu. Une question les habite: «où est le chemin?». Melchior porte l’or, symbole du pouvoir économique, de toutes les convoitises, source de toutes les guerres; à Gaspard, l’encens des prières, des religions et des offrandes destinées à gagner la faveur des dieux, racine d’intolérance; pour Balthazar, la myrrhe aux vertus curatives, les promesses de santé qui éloignent la mort et défient le ciel.

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Les chroniqueurs

Le coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

Le point de vue
de Pierre Emonet sj

La méditation
de Bruno Fuglistaller sj

Le billet spirituel
de Luc Ruedin sj

D'hier à aujourd'hui
de Jean-Blaise Fellay sj

Le triptyque du quotidien
de Julien Lambert sj

La chronique de l'invité
des jésuites

Les pierres vivantes
de Pierre Martinot-Lagarde sj

Vie Spirituelle
au temps du coronavirus

Archives

Un délit qui n’en est pas un!

Jeudi 11 avril, le Ministère Public de Neuchâtel a auditionné le Pasteur Norbert Valley, poursuivi pour avoir logé et nourri un requérant d’asile togolais dont la demande a été refusée. L’homme était à la rue pendant la mauvaise saison. Ainsi donc, apporter son aide à un homme sans domicile et affamé constitue un délit d’un nouveau genre.

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Ne pas s’approprier la place des victimes

LettreMorerodAbus mars19La découverte et la publication récurrente des scandales dans leur Église émeut les fidèles catholiques. Au nom de leur fidélité d’aucuns pensent que l’Église est victime d’une campagne de dénigrement, d’une chasse aux sorcières de la part de ses ennemis.

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Les Béatitudes, opium ou sagesse?

Prétendre que quelque chose de mal est bon, voilà qui est abominable. Une vraie perversion. S’adressant à une foule de pauvres gens, Jésus semble leur dire: vous êtes pauvres, vous avez faim, vous pleurez, vous êtes persécutés, c’est votre chance. Comme s’il prêchait la résignation plutôt que la lutte pour s’en sortir. Opium du peuple? Et pourtant, les Béatitudes sont au cœur du message du Christ: un discours programmatique tranchant comme une lame.

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Prendre soin de la maison commune ou la dévaster ?

Greta Thunberg sp119Greta Thunberg © Jan Ainali/Wikimedia CommonsMon journal relate deux événements qui s’entrechoquent avec violence. D’un côté la croisade en faveur du climat d’une jeune adolescente suédoise, Greta Thunberg (16 ans) qui, au terme d’un long voyage en train se pointe dans le milieu aseptisé du Forum économique mondiale à Davos pour réveiller les participants et leur faire prendre conscience de l’urgence de la situation, comme elle l’avait fait en décembre dernier à Katowice, à la conférence l'ONU sur le climat (COP24).

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Le grand-écart jusqu’au point de rupture

Jeff Bezos 2016Jeff Bezos © Senior Master Sgt. Adrian Cadiz/wikimedia commonsUn rapport d'Oxfam publié le 21 janvier rapporte que vingt-six milliardaires possèdent autant d’argent que la moitié la plus pauvre de l'humanité (3,8 milliards). L'homme le plus riche du monde, Jeff Bezos, le patron d'Amazon, dispose d’une richesse qui a atteint 112 milliards de dollars l'an dernier, tandis que le budget de santé de l'Éthiopie correspond au 1% de sa fortune!

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Année 2018

Une myopie pas si innocente ; La clef dans le porte-monnaie ; Discernement ; Gaudete et Exsultate ; L’observateur myope ; Cruel et cynique ; Au mépris de l'éthique ; Propos d'un postillon qui se croit philosophe ; Démocratie ou ploutocratie ? ; Le journal mieux que les savants ; Christ Roi ou la tentation politique ; Une cage pour le Saint-Esprit

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Année 2017

Conscience contre violence ; La démocratie en péril ; Mars, le dieu de la violence ; Strabisme ; La prière instrumentalisée ; Deviens ce que tu manges ; Des mœurs indignes ; Des records bien honteux ; Un carnaval hors prix ; Un cadeau d'anniversaire ; Quelle justice? ; Une belle hypocrisie ; Juteuse promotion ! ; Tardive reconnaissance ; Choquant ; Le temps n'abolit pas l'injustice ; Le culte de l’argent assassin.

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Année 2016

L’argent sans odeur, mais couleur rouge sang; Étonnement ! ; La paix des morts ; Querelle de chiffonniers ; Lamentable duplicité ; Idéologie contre Évangile ; Le prix d’une bonne conscience ; Un zeste de schizophrénie ; Roulez tambours ; L’argent n’a pas d’odeur (bis) ; Dis bonjour à la dame ! ; Avec un peu de retard Monseigneur ! ; L’argent n’a pas d’odeur ; L’ultime racket du voyage.

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Année 2015

Un magistrat qui dérange l’ordre ! ; La Radio frappée de myopie culturellet ; Un idéal dans une réalité fragile : le mariage ! ; Deux terrorismes, un même style ; La bourde de son Éminence ; Au-delà du bien et du mal ; Gifler les pauvres ; Cachez ces crimes que je ne saurais voir ; Etrange mode ! ;  Nuance !

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Année 2014

Mauvais procès - Deux poids deux mesures - Le synode, un exercice de discernement - Propre  en ordre ! - Un tourisme pas si innocent - La fausse clef - Vous êtes vieux, suicidez-vous ? - J'Lui, elle ou ...ça ? - Hôpital de campagne et Croix-Rouge - Il y a de la folie dans l'air - Le secret du pape François

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Année 2013

Vous avez dit : un bon journal ? - On ne prête qu'aux riches - Quand la santé devient une maladie - Des poltrons, ces cardinaux ? - Lamentable solution finale - Le cléricalisme, voilà l'ennemi - Le pasteur a relégué aux oubliettes le pontife. Espérons qu'il n'en ressortira pas.

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