PierreEmonet 2016 portraitWeb 2 ced65

Le point de vue de Pierre Emonet sj

Directeur de la revue choisir, mensuel culturel jésuite, Pierre Emonet jette un regard amical et critique sur l'actualité. Petit exercice de l'art ignatien du discernement pour se tenir à distance du politiquement correct.


Juin 2018

Cruel et cynique

Aux USA, sur ordre du président Trump, 2342 enfants ont été séparés de force de leurs parents entre le 5 mai et le 9 juin. Des enfants de 4 à 10 ans souvent internés dans des camps provisoires ! Leurs parents sont incarcérés sans s’être rendus coupables de quelque délit que ce soit ; ils sont simplement entrés illégalement sur le territoire américain. La mesure dépasse toute mesure. Elle est si odieuse que de nombreuses voix s’élèvent dans le monde, bien au-delà des Etats-Unis où les protestations se multiplient. Non seulement de la part des adversaires politiques du président, mais même parmi les membres de son propre parti républicain. Jusqu’à la First Lady, Melania Trump qui a dit publiquement sa réprobation. Certains craignent même de voir se réveiller les vieux démons nazis qui ne dorment que d’un œil. Cruel et injuste, le fait d’arracher des enfants à leurs familles constitue une agression contre les Droits essentiels de la personne. Il est vrai que le président des Etats-Unis n’en a peut-être cure depuis qu’il a décidé de quitter le Conseil des Droits de l’Homme. Et pour cause ! L’Amérique, le pays de la liberté et du courage, aurait-elle perdu ses valeurs ? Comble de cynisme et d’ignorance, le ministre de la Justice, Jeff Sessions, a eu le toupet de justifier la décision présidentielle en citant hors contexte une phrase de l’épître aux Romains (ch. 13).

Mai 2018

L’observateur myope

Dans Le Temps du dimanche 27 mai, un chroniqueur pose son diagnostic sur la diminution de la pratique religieuse dominicale en particulier chez les catholiques. Avec plus d’assurance que de pertinence il explique : Comment les églises se sont-elles vidées.

Bon observateur, il constate que l’éloignement des fidèles est en partie dû aux nouvelles conditions sociologiques. La religion du weekend concurrence celle du Bon Dieu, le culte de la voiture renforce l’individualisme au détriment du communautaire. Au-delà de cette évolution des habitudes dominicales, le chroniqueur découvre dans les réformes du concile Vatican II la cause majeure de la désertion des églises catholiques. S’il en retient quelques aspects très superficiels, l’abandon du latin et de la soutane, il se fourvoie de belle manière en épinglant l’encouragement à l’engagement – entendez l’amour du prochain – au détriment de la piété. Myope, il n’imagine pas que les causes de cette désaffection sont à chercher au-delà de quelques éléments relevant de la mise en scène. Elles sont autrement plus générales et profondes, et elles dépassent le seul cadre catholique. Les Églises et paroisses issues de la Réforme ne doivent certainement rien au concile Vatican II. Leur situation n’est guère meilleure ! Tandis que sous d’autres latitudes, dans d’autres cultures, des Églises jeunes font preuve d’un dynamisme étonnant, précisément parce qu’elles ont été stimulées par les réformes du concile. Beaucoup de légèreté dans ce diagnostic, qui passe à côté des vraies causes de la diminution de la foi.

Avril 2018

GaudeteExsultate CouvLa dernière du pape François Gaudete et Exsultate, sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel, est un vrai traité de vie spirituelle, pratique et accessible à tous.
Si le catéchisme propose surtout un enseignement sur les grandes vérités de la foi et de la morale chrétienne, l’Exhortation introduit à la pratique d’une vie inspirée par l’Évangile. Certes, vous n’y trouverez pas des recettes, mais une série d’orientations à l’adresse des personnes immergées dans le monde actuel.
Dans le langage simple et direct qui lui est familier, le pape François s’adresse au chrétien ordinaire en le tutoyant. Le ton est donné. Le pape se fait accompagnateur spirituel pour cheminer avec ses fidèles sur le chemin de la sainteté. Ici encore, il met en pratique l’enseignement du concile Vatican II sur l’appel à la sainteté, qui était resté plutôt théorique et en arrière-plan. Réaliste, le pape se réfère à la sainteté incarnée par les saints et les saintes, des hommes et des femmes qui, à diverses époques et dans divers milieux ont incarné l’Évangile.

Les ennemis de la sainteté

L’Exhortation commence par dénoncer deux ennemis de la sainteté, deux hérésies toujours actuelles. À l’aide d’exemples concrets, le pape François épingle les mouvements et les courants actuels qui falsifient le message du Christ.
D’un côté le gnosticisme, une doctrine facilement élitaire et intellectuelle, forte du seul recours à la raison, qui exalte la connaissance et évacue le mystère. Fondement d’une spiritualité désincarnée, qui ignore la transcendance et «prétend réduire l’enseignement de Jésus à une logique froide et dure qui cherche à tout maîtriser» (n°39).
À l’autre extrême, le pélagianisme, la tendance à vouloir se justifier devant Dieu en se fiant à ses propres forces; l’hérésie de ces personnes qui se sentent supérieurs aux autres «parce qu’elles observent des normes déterminées ou parce qu’elles sont inébranlablement fidèles à un certain style catholique» (n°49). Les mouvements traditionalistes sont dans la ligne de mire, et le pape illustre sa réflexion en multipliant les exemples pratiques tirés de l’actualité: l’obsession légaliste, la fascination pour des conquêtes politiques ou sociales, le souci excessif d’une liturgie ostentatoire, d’une Église et d’une doctrine prestigieuses, etc.

Au cœur, la pratique des Béatitudes

Le centre de l’Exhortation est certainement le chapitre où le pape explique que le cœur de la vie spirituelle consiste dans la pratique des Béatitudes, la «carte d’identité du chrétien». Un beau et long chapitre propose une actualisation de chaque Béatitude comme chemin de sainteté pour aujourd’hui. Un commentaire de la parabole du jugement dernier dans l’Évangile selon Matthieu (ch. 25) et l’évocation de saints comme François d’Assise et Mère Teresa de Calcutta mettent en garde ceux et celles qui seraient tentés de transformer le christianisme en une sorte d’ONG, en dissociant le soin des pauvres de leur propre relation personnelle au Seigneur.
Un chapitre marqué au coin du bon sens esquisse quelques caractéristiques d’une sainteté pour aujourd’hui: fidélité, patience et douceur dans un monde impatient et de violence, joie et humour dans une société désenchantée, audace et ferveur face aux tentations immobilistes et bureaucratiques, rôle de la communauté contre l’individualisme ambiant, et surtout importance d’une habitude de prière constante.

Sortir de la torpeur pour choisir

Qui dit vie spirituelle, dit nécessairement combat. C’est l’occasion pour le pape de dire que pour lui, le diable est un être réel, et pas seulement un mythe ou la simple personnification du mal. Un des plus grands dangers qui menace la sainteté est la corruption spirituelle, la torpeur de ceux et celles qui s’estiment justes parce qu’ils n’ont rien à se reprocher. Cette attitude fait plus de tort que n’importe quelle chute ou mauvais pas.
Pour finir, en bon jésuite, le pape développe toute un enseignement sur le discernement, une pratique devenue particulièrement nécessaire à une époque où chacun, et particulièrement les jeunes, est exposé à un perpétuel zapping, où tout est offert et tout est possible. Importance de faire des choix, de vérifier continuellement si le vin nouveau vient de Dieu ou pas, de ne pas vouloir changer sans raison ni de stagner dans l’immobilisme.

Les chroniqueurs

etienne perrotLe coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

PierreEmonet 2016 portraitWeb 2 1bb49Le point de vue
de Pierre Emonet sj

BrunoWeb 2 95ea8La méditation
de Bruno Fuglistaller sj

LucRuedin vertical22 ef721Le billet spirituel
de Luc Ruedin sj

JB FellayD'hier à aujourd'hui
de Jean-Blaise Fellay sj

J LambertLe triptyque du quotidien
de Julien Lambert sj

jean-bernard livioLes journées bibliques
de Jean-Bernard Livio sj

albert longchampLe coin lecture
d'Albert Longchamp sj

Archives

Année 2013

Vous avez dit : un bon journal ? - On ne prête qu'aux riches - Quand la santé devient une maladie - Des poltrons, ces cardinaux ? - Lamentable solution finale - Le cléricalisme, voilà l'ennemi - Le pasteur a relégué aux oubliettes le pontife. Espérons qu'il n'en ressortira pas.

Année 2014

Mauvais procès - Deux poids deux mesures - Le synode, un exercice de discernement - Propre  en ordre ! - Un tourisme pas si innocent - La fausse clef - Vous êtes vieux, suicidez-vous ? - J'Lui, elle ou ...ça ? - Hôpital de campagne et Croix-Rouge - Il y a de la folie dans l'air - Le secret du pape François

Année 2015

Un magistrat qui dérange l’ordre ! ; La Radio frappée de myopie culturellet ; Un idéal dans une réalité fragile : le mariage ! ; Deux terrorismes, un même style ; La bourde de son Éminence ; Au-delà du bien et du mal ; Gifler les pauvres ; Cachez ces crimes que je ne saurais voir ; Etrange mode ! ;  Nuance !

Année 2016

L’argent sans odeur, mais couleur rouge sang; Étonnement ! ; La paix des morts ; Querelle de chiffonniers ; Lamentable duplicité ; Idéologie contre Évangile ; Le prix d’une bonne conscience ; Un zeste de schizophrénie ; Roulez tambours ; L’argent n’a pas d’odeur (bis) ; Dis bonjour à la dame ! ; Avec un peu de retard Monseigneur ! ; L’argent n’a pas d’odeur ; L’ultime racket du voyage.

Année 2017

Conscience contre violence ; La démocratie en péril ; Mars, le dieu de la violence ; Strabisme ; La prière instrumentalisée ; Deviens ce que tu manges ; Des mœurs indignes ; Des records bien honteux ; Un carnaval hors prix ; Un cadeau d'anniversaire ; Quelle justice? ; Une belle hypocrisie ; Juteuse promotion ! ; Tardive reconnaissance ; Choquant ; Le temps n'abolit pas l'injustice ; Le culte de l’argent assassin.