Le point de vue de Pierre Emonet sj

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Directeur de la revue culturelle choisir, le trimestriel d'information et de réflexion édité par les jésuites de Suisse depuis près de soixante ans, Pierre Emonet se consacre à l'écriture et aux ministères ordinaires de la Compagnie: exercices spirituels dans la vie ou en retraites, accompagnement spirituel, prédication et aide dans le ministère paroissial.

Dans sa chronique, il jette un regard amical et critique sur l'actualité. Petit exercice de l'art ignatien du discernement pour se tenir à distance du politiquement correct.

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La mémoire courte

En 2018, 972 personnes ont été condamnées au nom de l’article 116 de la loi sur les étrangers. La grande majorité de ces délinquants n’étaient pas des passeurs ou des trafiquants d’êtres humains, mais de simples citoyens venus en aide à des gens en réelle détresse. Une initiative parlementaire de Lisa Mazzone proposait de ne plus sanctionner les personnes qui, pour des motifs humanitaires viennent en aide à des étrangers en situation illégale a été rejetée le 4 mars. Ainsi en ont décidé 102 députés contre 89: pas d’exception, en dépit du protocole des Nations Unies sur le trafic illicite des migrants, qui stipule que les individus ne sont punissables que s’ils tirent directement ou indirectement des avantages financiers ou matériels. La Suisse se montre plus restrictive que de nombreux autres pays.

Le président du PD…C, M. Pfister, sourd aux principes d’éthique chrétienne rappelés par les Églises suisses, s’est dérobé en refilant le Struwwelpeter aux juges «qui peuvent renoncer à des sanctions». En délégant aux juges l’arbitraire d’une décision hasardeuse, il a laissé sous-entendre que la désobéissance civile est un devoir et sa condamnation une entorse au droit. Le très récent procès en appel du Pasteur Norbert Valley l’a confirmé. Voilà qui devrait inquiéter M. Ador (UDC) qui s’est opposé à l’initiative, parce qu’il craint de voir instaurer «une sorte de droit à la résistance qui saperait notre État de droit».

Nos politiciens ont la mémoire courte. Ils n’ont guère retenu la leçon du rapport Bergier sur la politique d'asile de la Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale, et la honte du pays en prenant connaissance des relations économiques et financières entre la Suisse et le Troisième Reich. Pour notre Chambre basse, l’aide aux personnes en détresse semble plus dangereuse pour l’État que la vente d’armes à des pays en guerre, qui poussent vers nos frontières ces mêmes personnes en détresse.

Mieux qu’une norme, du discernement

FB religieuse pxhere EmonetPierre Emonet sj - Voilà une nouvelle que beaucoup n’attendaient pas: les sœurs comme tout autre professionnel sont sujettes au burn-out. Je n’en suis pas étonné, ayant eu plus d’une fois l’occasion d’aider des religieuses à échapper à un style de vie qui, à force de les exploiter les déshumanisait: travail harassant, horaires exagérés, vie communautaire sans un espace de liberté, vacances au compte-goutte, sorties contrôlées, pas de vrais loisirs. Pour la gloire de Dieu! Et celle qui s’en plaignait était renvoyée à la Passion du Christ.

Il fut un temps! On en est revenu, mais pas partout ni toujours.

Pour y remédier, l’Union internationale des supérieures des congrégations de religieuses a décidé de créer une commission qui se penchera sur l’épuisement professionnel de leurs membres. Une psychologue a été engagée, qui propose d’investir dans le bien-être des religieuses en rédigeant «un code de conduite, tout comme il existe des directives pour la protection des mineurs.» Elle suggère de fixer des normes qui garantissent le bien-être des religieuses: des contrats de travail clairs qui préciseront les droits et les obligations des sœurs et de leurs employeurs (évêques, curés, associations, entreprises, etc.). Voilà qui permettra d’éviter les abus.

On ne saurait cependant réduire l’engagement professionnel ou bénévole d’une religieuse à un simple rapport employeur/employé. La vie religieuse n’est pas un métier. Parce qu’elle est le choix d’une existence donnée sans retour, elle suppose une solide liberté intérieure. Apprendre à gérer le don de soi et sa propre générosité, tout en tenant compte de ses forces et de son temps, précède normes et contrats. Une solide formation au discernement peut être plus utile pour assumer en bonne conscience un choix éminemment personnel face à n'importe quelle instance.

Photos © pxhere

Deux papes ? Un de trop !

Pierre Emonet sj - L’opinion de Benoît XVI sur le célibat sacerdotal ne justifie pas l’agitation suscitée par la publication du livre cosigné avec le cardinal Sarah. Un théologien, comme tout chrétien, peut avoir ses préférences, surtout lorsqu’il s’agit de questions ouvertes. À chaque école ses raisons!

Plus que de ses propos, le malaise actuel vient de l’ambiguïté du statut de l’ex-pape. Élu par le conclave le 19 avril 2005, le cardinal Ratzinger, suivant le protocole, s’était retiré dans une petite pièce annexe à la Chapelle Sixtine où il avait abandonné ses vêtements de cardinal pour revêtir les habits de sa nouvelle fonction: soutane blanche, mosette rouge, étole chamarrée et les fameux souliers rouges. Entré cardinal, il en était ressorti pape!

Au moment de renoncer au ministère de Pierre, l’ex-pape semble n’avoir pas trouvé le chemin de la bonne sortie. Comme si le ministère d’évêque de Rome était un état de vie et non une fonction, il n’est pas repassé par la petite sacristie pour y reprendre ses habits de cardinal. Cantonné dans un statut ambigu et inédit, pape émérite plutôt qu’ex-pape, habillé de blanc, résidant au Vatican, prenant position à l’encontre de son successeur sur des questions controversées, il n’en a pas fallu plus pour que l’opinion publique parle de deux papes.

Il se peut que l’ex-pape Benoît ait été utilisé malgré lui par le cardinal Sarah et les milieux conservateurs qui ne manquent pas une occasion de jouer un pape contre l’autre. Reste que sa mauvaise sortie, exploitée par ceux qui résistent par tous les moyens à la nécessaire réforme entreprise par le pape François, engendre une situation dangereuse pour la paix et l’unité de l’Église. 

Les chroniqueurs

Le coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

Le point de vue
de Pierre Emonet sj

La méditation
de Bruno Fuglistaller sj

Le billet spirituel
de Luc Ruedin sj

D'hier à aujourd'hui
de Jean-Blaise Fellay sj

Le triptyque du quotidien
de Julien Lambert sj

La chronique de l'invité
des jésuites

Les pierres vivantes
de Pierre Martinot-Lagarde sj

Vie Spirituelle
au temps du coronavirus

Archives

Année 2013

Vous avez dit : un bon journal ? - On ne prête qu'aux riches - Quand la santé devient une maladie - Des poltrons, ces cardinaux ? - Lamentable solution finale - Le cléricalisme, voilà l'ennemi - Le pasteur a relégué aux oubliettes le pontife. Espérons qu'il n'en ressortira pas.

Année 2014

Mauvais procès - Deux poids deux mesures - Le synode, un exercice de discernement - Propre  en ordre ! - Un tourisme pas si innocent - La fausse clef - Vous êtes vieux, suicidez-vous ? - J'Lui, elle ou ...ça ? - Hôpital de campagne et Croix-Rouge - Il y a de la folie dans l'air - Le secret du pape François

Année 2015

Un magistrat qui dérange l’ordre ! ; La Radio frappée de myopie culturellet ; Un idéal dans une réalité fragile : le mariage ! ; Deux terrorismes, un même style ; La bourde de son Éminence ; Au-delà du bien et du mal ; Gifler les pauvres ; Cachez ces crimes que je ne saurais voir ; Etrange mode ! ;  Nuance !

Année 2016

L’argent sans odeur, mais couleur rouge sang; Étonnement ! ; La paix des morts ; Querelle de chiffonniers ; Lamentable duplicité ; Idéologie contre Évangile ; Le prix d’une bonne conscience ; Un zeste de schizophrénie ; Roulez tambours ; L’argent n’a pas d’odeur (bis) ; Dis bonjour à la dame ! ; Avec un peu de retard Monseigneur ! ; L’argent n’a pas d’odeur ; L’ultime racket du voyage.

Année 2017

Conscience contre violence ; La démocratie en péril ; Mars, le dieu de la violence ; Strabisme ; La prière instrumentalisée ; Deviens ce que tu manges ; Des mœurs indignes ; Des records bien honteux ; Un carnaval hors prix ; Un cadeau d'anniversaire ; Quelle justice? ; Une belle hypocrisie ; Juteuse promotion ! ; Tardive reconnaissance ; Choquant ; Le temps n'abolit pas l'injustice ; Le culte de l’argent assassin.