Percussions musicales

PrixDeGenève captureEcran YouTubePour ceux qui n’apprécient la musique contemporaine que de très loin, l’ensemble des instruments classés dans la catégorie des percussions fait penser aux petits tambours avec lesquels les enfants cassent les oreilles des grandes personnes. Pour mieux marquer leur présence insistante, d’autres instruments servent aux grandes personnes à signaler bruyamment leur désapprobation: casseroles et autres objets métalliques dans les manifestations de rue, règles frappant sur les pupitres dans les assemblées délibératives.

À Genève récemment, au Victoria Hall, les instruments de percussion ont joui d’une toute autre estime. La percussionniste Sud-Coréenne Hyeji Bak a obtenu tous les prix. Cet événement musical me donne prétexte à saluer l’un des éléments fondamentaux de la vie. Je veux parler non seulement de la cadence qui entraîne le corps dans un mouvement répétitif propice à une décontraction de l’esprit. Les techniques de méditation sont friandes de ces moyens somatiques qui estompent les préoccupations et favorisent l’ouverture à un environnement neuf. Je veux parler aussi du rythme qui traduit les variations de la sensibilité et porte une sorte de création intérieure d’où émerge des impressions nouvelles.

Certes, depuis la caisse claire jusqu’au triangle en passant par le vibraphone et les castagnettes, innombrables sont les instruments de percussion. Chaque pays, chaque région a inventé ses instruments; et l’on a vu les Percussions du Bronx utiliser des fûts de pétrole et des couvercles de poubelles, pendant que certains compositeurs ont mis en musique le son émis par de vieilles machines à écrire. Dans un film des années 1980, -film passé presque inaperçu (Tap Dance),- un joueur de claquettes s’inspirait des bruits provoqués par des vieux tramways dégringolant une rue encombrée de travaux.

Tout cela ne se réduit pas à une technique jouant sur la surprise pour frapper (sic) l’imagination et attirer le chaland. Cette ingéniosité reflète à mes yeux ce fait essentiel: cadence et rythme marquent quelque chose de typique de la vie humaine. Nietzsche réclamait un Dieu qui sache danser. Il aurait pu en deviner la présence dans les percussionnistes qui se libèrent d’une soumission mécanique à la cadence. Parmi eux, les asiatiques se distinguent, à la manière de Hyeji Bak récemment au Victoria Hall de Genève. Je pense aussi à Ying-Hsueh Chen, à la japonaise Ayano Kataoka, ou encore à Kuniko Kato, qui réussissent à donner une profondeur aux morceaux pour percussions seules, dont quelques belles pièces de Iannis Xenakis. (Je pense notamment à Rebonds).

Restent que, à soi-seules, les percussions sont austères; elles appellent d’autres résonances plus riches en harmonies. Mais, telles-quelles, dans leur austérité même, les percussions sont une voie qui permet de découvrir, hors des salles de concert, au milieu des préoccupations quotidiennes, le rythme de la vie.

Hyeji Bak a reçu le 1er Prix Percussion 2019. Plus d'infos sur https://www.concoursgeneve.ch/laureate/hyeji_bak et sur https://youtu.be/i8lCAeGifgI

L'honnêteté des banquiers

Karl Popper PerrotSJÉtienne Perrot sj - Certains psychosociologues, qui ne doutent de rien, prétendent pouvoir juger non pas simplement de la «psyché» des individus, mais également de leur morale personnelle. La psyché produit les connections intellectuelles et affectives -les deux sont liées- entre les sensations, physiques ou culturelles, provoquées par l’environnement. La morale, en revanche, désigne les attentes de la société envers les personnes, attentes auxquelles chacun répond en fonction de son environnement, de sa culture, mais aussi de ses motivations.

C’est ainsi que, voici quelques années, des tests avaient été mis au point pour mesurer l’honnêteté (sic) des banquiers. Schématiquement, le protocole consistait à comparer deux populations, professionnel et non-professionnels de la finance, selon que chacun rapportait exactement ou non les résultats d’un jeu de hasard. Quoi qu’il en soit de la subtilité de la procédure, les résultats de ces tests étaient défavorables aux financiers, suspectés en bloc d’être moins honnêtes que la population ordinaire. Comme le rapporte un journal genevois de lundi (18 novembre 2019): «Une étude de 2014 pensait avoir démontré scientifiquement (sic) qu’exercer un métier dans la finance encourage la malhonnêteté».

Je suis heureux d’apprendre, par le même journal d’aujourd’hui, que «d’autres chercheurs viennent de nuancer ces résultats.» Si j’en suis heureux, ce n’est pas simplement par souci de mon compte en banque, ou pour la réputation de la place financière de Genève; c’est par intérêt pour la rigueur scientifique. Comme le font remarquer tous les savants, un article qui prétend, dans une conclusion péremptoire, que «vient d’être démontré scientifiquement…» a quelque-chose de peu sérieux. J’ajoute: surtout dans les sciences humaines où la motivation, aussi conditionnée soit-elle par l’environnement physique, biologique et social, a toujours quelque chose de singulier. Le singulier échappe en effet à la science; ce que notait déjà Claude Bernard, ce médecin épistémologue, père de la médecine expérimentale.

La morale de cette histoire est que les résultats scientifiques dépendent, non seulement des protocoles d’expérimentation et des outils statistiques utilisés, mais encore de la précision que le chercheur désire atteindre. Plus grande est la précision recherchée, plus incertains sont les résultats. Comme le soulignait avec force l’épistémologue Karl Popper, contre le scientisme dont témoigne le genre d’affirmation rapporté par le journal de ce jour, il faut plaider pour l’indéterminisme. Le respect de la dignité de nos banquiers est à ce prix.

Sauvons nos arbres!

ArbreVilleÉtienne Perrot sj - «Massacre à la tronçonneuse, le bétonnage, ça suffit, sauvons nos arbres…» Contre le plan directeur cantonal 2030, quelques centaines de manifestants viennent de protester à Genève.
Les raisons ne manquent pas pour rappeler les bienfaits écologiques d’un arbre.

Outre les raisons esthétiques favorables au cadre de vie, les arbres ajoutent à l’architecture urbaine, -même la plus belle,- cette pincée d’aléa que produit inévitablement toute vie biologique. Le corps humain en ressent d’emblée une sorte de connivence avec son milieu de vie. De leur part, les spécialistes de la géologie hydrique soulignent que l’arbre retient une part de l’eau de pluie, ce qui évite la précipitation dans les tuyaux et les égouts, et les éventuels débordements. Les climatologues font remarquer qu’en période de canicule, l’arbre contribue à humidifier l’atmosphère et rend l’air plus respirable. La physiologie animale, elle aussi, découvre dans l’arbre un lieu de protection d’insectes multiformes, nourritures des oiseaux, ce qui freine, dans une certaine mesure, la disparition d’espèces, disparition qui hypothèque des découvertes pharmacologiques possibles.

Certes, les arbres sauvés à Genève ne compenseraient pas la déforestation amazonienne, même si l’on ajoute dans la balance l’extension de la forêt française depuis la dernière guerre mondiale. Mais «comparaison n’est pas raison» disait ma grand’mère. D’autant plus que la question n’est pas seulement un enjeu global pour la planète. Qu’importe de sauvegarder, pendant quelques siècles encore, la viabilité biologique de Gaïa la terre, si l’humanité périt, desséchée qu’elle sera peut-être par un environnement construit sur le mode de l’esprit de géométrie. Pour que l’environnement reste humain, il est nécessaire d’y ajouter un peu d’esprit de finesse pour que chacun puisse ressentir une intime connivence avec son milieu de vie. L’intégration mécanique dans une société, aussi bien pensée qu’elle soit, est déshumanisante; car elle ne donne pas sens à la vie humaine.

«Auprès de mon arbre, je vivais heureux; je n’aurais jamais dû m’éloigner d’mon arbre», chantait Georges Brassens. Mais un arbre ne suffit pas; il faut près de l’arbre tout un tissu économique et culturel, un travail, des habitations, des commerces, des moyens de communication,… C’est du moins ce que ressentent les électeurs les plus réfléchis. Les responsables politiques le savent. Même les plus écologiques d’entre eux se heurtent alors à des exigences contradictoires qui les conduisent vers des compromis souvent mal compris.

Reste la dimension symbolique de l’arbre. Les racines bien enfoncées dans la terre, les branches tendues vers le ciel, les feuilles exposées aux rayons du soleil, son développement représente assez bien la figure biblique de «l’arbre de Jessé», l’ancêtre mythique de Jésus, et dont le symbole chrétien, la croix, a repris l’image du salut. Même en dehors de cette tradition cultuelle, je reste convaincu de l’importance humaine de l’arbre. C’est la raison pour laquelle je souscris à l’aphorisme de mon grand-père «chacun doit planter au moins un arbre dans sa vie!»

Corruption en Suisse?

Les individus, les groupes sportifs, les entreprises, les écoles, les pays, tous cherchent à se situer dans la hiérarchie des compétences en se comparant aux autres. La raison gît sans doute dans le secret espoir charrié par le dicton: «Quand je me regarde, je me désole; en revanche, quand je me compare, je me console.» Ce n’est pas toujours vrai, mais il est bien rare de ne pas trouver quelques comparses plus mal placés que soi-même.

"Éthique" financière au Vatican

Le cardinal Peter Turkson, Préfet du dicastère pour l’Écologie humaine intégrale,  a annoncé, ce 23 octobre 2019, que le Vatican prépare un guide des investissements éthiques. Il ajouta que le Vatican cherche à mieux coordonner ses propres investissements. Je me réjouis de ces deux annonces, en modérant ma satisfaction par deux nuances.

Les Kurdes abandonnés

 La «Genève internationale» n’a pas perdu son autorité. Du moins, elle n’a rien perdu de son autorité morale. Qu’en est-il de son pouvoir réel? Je me pose la question à l’occasion d’une manifestation récente réclamant, de la part de la Suisse, des sanctions contre la Turquie. Cette dernière, ne voulant pas que s’établisse à ses portes un territoire contrôlé par les Kurdes, ont envahi le nord de la Syrie pour repousser loin de leur frontière une population fauteur de «terrorisme». Certains commentateurs ont immédiatement fait le rapprochement avec le génocide des Arméniens, perpétré par les Turc en 1917.

Cercles de pardon

Étienne Perrot sj - À Palézieux, à Genève, en Suisse et ailleurs, se pratique un rituel intéressant, les Cercles de pardon. Malgré le mot qui connote un sacrement de l’Église catholique romaine, il s’agit essentiellement d’une démarche psychologique dont le but est de se libérer du ressentiment provoqué par tous ceux, personnes réelles ou fantasmées, que l’on croit être à l’origine de nos agacements ou de nos malheurs.

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Le scoop, c’est qu’il ne s’agit pas de «pardonner à ceux qui nous ont offensés» comme dit la prière du Notre Père, mais de leur demander pardon. La victime qui se ressent comme telle demande pardon à son bourreau; «c’est fort de café» dirait mon grand-père! Et cependant ça marche. Comme le précisent ceux qui animent de tels Cercles, le rituel est à la fois «simple et puissant». Après une introduction à la méthode, les participants se mettent en cercle, et, à tour de rôle, s’adressent à la personne qui, par hasard se trouve en face d’elle (il s’agit rarement de l’offenseur lui-même) et lui demande pardon. Ce phénomène de transfert, bien connu des psychanalystes, provoque une libération intérieure qui, souvent, ne va pas sans effets somatiques positifs.

J’épingle deux détails soulignés avec insistance par le journal de Suisse romande qui relate l’interview d’une animatrice de Cercles de pardon. Le terme laïque apparaît plusieurs fois dans le commentaire. Et je ne peux qu’approuver. Car l’expérience psychologique des Cercles de pardon ne saurait se confondre avec l’expérience spirituelle d’origine religieuse -même si la méditation sur objet religieux a un effet psychosomatique favorable, comme l’ont prouvé un grand nombre de tests.

La seconde remarque porte sur le fait qu’il ne s’agit pas de pardonner à l’offenseur, mais de lui demander pardon (pour les sentiments agressifs que l’offensé a nourri à son égard). Commentant ce point central, l’interviewée précise «accorder son pardon place le sujet dans la toute-puissance pesante alors que demander pardon l’amène à une humilité qui allège…» Délaissant l’idée d’humilité qui fait interférer fâcheusement la morale avec la psychologie, j’épingle l’expression qui associe le pardon donné à l’offenseur et la «toute-puissance pesante.»
C’est faux!
Comme tous les auteurs spirituels et les philosophes contemporains le rappellent, le pardon est impossible, il ne relève donc pas de la toute-puissance. On peut oublier, on peut expliquer, à la rigueur on peut comprendre, on peut se lasser de ressasser les vieilles rancunes, par fatigue ou par divertissement, mais pas pardonner. Ainsi que le souligne le philosophe Jacques Derrida, seul l’impardonnable doit être pardonné, le «pardonnable» s’oublie, s’explique, se comprend, s’épuise dans la dispersion de la vie quotidienne. Mais pardonner l’impardonnable, cela est impossible. Cette expérience de l’impossible pardon montre, à qui veut la tenter, que pardonner ne relève pas de la toute-puissance, mais de la Grâce.

Les chroniqueurs

Le coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

Le point de vue
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La méditation
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Le billet spirituel
de Luc Ruedin sj

D'hier à aujourd'hui
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La chronique de l'invité
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