Étienne Perrot sj - «La hausse des primes maladies n’est pas une fatalité», tel est le slogan à l’annonce d’un taux moyen de croissance plus modeste que prévu. Tous les journaux de ce jour de mercredi (25 septembre 2019) analysent les raisons de s’en réjouir et les raisons de ne pas s’en réjouir trop vite. Les raisons de s’en réjouir porte sur l’effort des firmes pharmaceutiques, sur le contrôle plus serré des factures par les assureurs, sur la promotion de la télémédecine et du médecin référent qui évite de se précipiter pour le moindre symptôme chez le spécialiste, sur la médecine ambulatoire quand cela est possible de préférence à la médecine résidentielle, et, bien sûr, sur l’éducation des patients.

Les raisons de ne pas s’en réjouir trop vite portent sur le coût de la découverte de nouveaux traitements, notamment pour les maladies rares, sur la sensibilité culturelle qui fait du bien-être un droit dont devrait se charger la collectivité, et, massivement, sur le vieillissement de la population. (En France la moitié des dépenses de santé relève de la dernière année de vie; ce qui fait dire à un humoriste cynique que l’on diminuerait de moitié ces dépenses si l’on euthanasiait les patients un an avant leur mort !)

Comme tous les responsables le soulignent, l’effort de maîtrise des dépenses doit donc se poursuivre. La prévention est mise à l’honneur, puisque, tout compte fait, elle coûte moins cher que le traitement des maladies déclarées. Du coup, l’éducation et la sens d’une attention préventive devient primordiale. «La santé est un état précaire qui ne laisse présager rien de bon» disait le docteur Knock qui ajoutait que «tout homme en bonne santé est un malade qui s’ignore». Sans aller jusqu’à ces extrêmes qui relève du vaudeville, il reste vrai que l’information et l’anticipation sont le fondement de la prévention.

Tout cela est bien banal, et connu de tous. J’ajoute un sou dans la musique en épinglant la pointe de la diatribe chaque année récurrente. Le coût. La hausse des primes maladies donne un chiffre qui pèse de plus en plus lourd sur le revenu disponible des ménages, notamment celui de la classe moyenne des salariés (car la hausse de la prime est généralement supérieure à la hausse moyenne des salaires). La question éthique à se poser -ici comme face à tous les dilemmes éthiques- est la suivante: la contrepartie attendue vaut-elle le coût? La réponse spontanée est bien sûr négative; car s’applique ici, comme partout, l’adage selon lequel tout bienfait est vite assimilé comme un acquis, toute amputation de revenu ou de patrimoine laisse des traces indélébiles. Cependant, en termes de bien-être comme de durée de vie, les acquis de la santé expliquent largement, me semble-t-il, le coût des primes maladies. Ce qui ne justifie en rien le gaspillage -qui est pire que le vol, disait ma grand’mère-.

Reste la fatalité. «La hausse des primes n’est pas une fatalité.» Martin Buber disait que la seule chose fatale à l’humanité, c’est de croire à la fatalité. La hausse des primes n’est pas une fatalité. Certes! Mais elle est compréhensible; et il faut qu’elle le reste.

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