L’expression «fêtes pascales» (comme –voici trois mois– le mot Noël) connote un sentiment d’euphorie. Familles et amis baignent dans une ambiance de fête. La fête est un moment où les hiérarchies sociales et familiales s’estompent, où les parents pardonnent facilement les bêtises de la marmaille, où l’on dégrade le protocole sans trop y penser, où l’on peut trinquer avec sa cheffe de service sans avoir trop à se tenir sur ses gardes, où l’on peut sans crainte se laisser aller à ses inoffensifs penchants refoulés.

Tous ceux qui ont organisé une fête savent qu’un stimulant puissant y est l’alcool. Dans les cercles bien-pensants et de bonne tradition religieuses de mon enfance, parmi les questions profondes que l’on se posait parfois, semblable au problème du sexe des anges débattu avec un immense sérieux à Constantinople au moment même où la ville était cernée et prête à tomber, la question de l’alcool était parfois posée en ces termes: «Faut-il servir du vin en tout début de la réception pour chauffer l’atmosphère et que la fête commence vite? ou bien n’est-il pas plus respectueux d’attendre un moment, le temps que les convives s’estiment mutuellement dans la lucidité d’un cerveau avant qu’il soit trop imbibé d’alcool?»

Les temps ont changé. Et je suppose qu’aucun de ceux, chrétiens ou non, qui fêtent aujourd’hui le week-end pascal, ne se poseront une telle question. Ils mobiliseront sans réticence quelques bonnes bouteilles de vin. Vin suisse? La question est soulevée par un article paru aujourd’hui se le site du Temps. Selon ce papier, le vin suisse s’exporte difficilement hors du territoire national, parfois même il est difficile de lui faire franchir les frontières du canton d’origine.

Est-ce une question de qualité? Je ne le pense pas. Le problème est bien épinglé par le chroniqueur du Temps qui souligne que la production viticole, l’élevage du vin et sa commercialisation sont trois métiers différents. Il ne s’agit pas seulement de bien faire et de savoir-faire, mais également de faire-savoir. Dans un marché mondialisé, le faire-savoir repose sur une image qui a de plus en plus de mal à se faire une place au milieu d’une concurrence exacerbée. Jadis, les principaux concurrents venaient de France, du Bordelais, de Bourgogne notamment. Mais, en dépit des cocoricos français, la France elle-même est désormais en butte à des vins de qualité venus naguère de Californie, aujourd’hui d’Argentine.

Se faire un nom dans cet univers encombré est difficile. Château-Petrus, Champagne et Côtes-de-nuit sont depuis longtemps inscrits dans le paysage festif de tous les pays. Même si des connaisseurs aux goûts raffinés leur préfère certaines cuvées réservées. Quelques coups médiatiques ont réussi au-delà de tout ce qu’un commercial peut rêver. Je pense par exemple au Beaujolais primeur qui, selon moi, est inférieur à la plupart des vins helvétiques. On me répondra que «des goûts et des couleurs, il ne faut jamais discuter». Je n’en discuterai donc pas, me contentant de penser qu’un vin dont on apprécie l’origine, le cépage, l’éleveur, bref un vin suisse, a tout ce qu’il faut pour signifier en ces jours de Pâque, le triomphe de la vie.

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