La période des vacances est propice à des lectures, parfois divertissantes, parfois instructives. Parmi ces dernières, une chronique parue dans Le Temps a focalisé mon attention sur l’ouvrage de l’historien genevois François Walter Catastrophes, une histoire culturelle XVIe-XXIe siècle. La conclusion que j’en tire n’est pas surprenante: toute catastrophe provoque la recherche d’un fautif. Selon les époques, c’est la faute à la divinité, à la fatalité, au hasard, au responsable, à mon voisin, au chef de l’État, à mon chien ou à la serpillière, rarement -parfois avec raison- à moi. Comme disait un de mes amis qui, conduisant sa voiture, avait raté un tournant et était rentré dans un arbre: «Un arbre a traversé ma route.»

Dans l’imaginaire dominant, la catastrophe est toujours un châtiment, parfois mérité, souvent immérité. «Qu’est-ce que j’ai fait au bon dieu pour qu’il m’envoie une pareille déveine!?» Il est rarement pensé comme un effet du système (cosmique, naturel social ou familial). C’est la raison pour laquelle fleurissent sur le terrain des catastrophes les théories du complot. On invente un responsable pour tout phénomène que l’on ne comprend pas. La science-fiction en a fait ses choux-gras, et jusqu’à Elon Musk, l’un des fondateurs de PayPal et actuel patron de Tesla et de SpaceX, qui a repris récemment (en août 2020!) le vieux mythe des pyramides construits par des extraterrestres; ce qui lui a valu une invitation par le gouvernement égyptien à venir les voir de plus près.

Cette tendance à trouver un coupable ou une cause -n’importe qui, n’importe quoi- n’est pas neuve. Nommer une cause («créer une cause» selon l’expression de Jacques Rueff) est une manière puérile de se mettre à la place d’une puissance omnisciente. C’est ainsi que le conformisme, fruit de l’ignorance et de l’incompréhension, fleurit, non seulement sur les marchés boursiers les plus spéculatifs c’est-à-dire les plus incertains, mais encore chaque fois qu’une catastrophe bouleverse le monde stable de nos idées trop parfaites ou de nos prévisions trop assurées.

Affronter la chance -ou la malchance-, entrevoir la catastrophe, c’est ça notre monde réel. Le réel, comme disait Jacques Lacan, est ce qui dérange; les catastrophes n’en sont que les exemples les plus spectaculaires et dramatiques, comme la vie qui coule rarement comme un long fleuve tranquille.

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