Dans un peu plus d’un mois, le 27 septembre prochain, l’immigration fera l’objet d’une votation sur initiative populaire. Les initiateurs veulent bloquer la libre circulation en Suisse des citoyens européens. Cette initiative est combattue par la plupart des partis –à l’exception de l’UDC–, par le Conseil confédéral, par les syndicats et par le patronat. La raison en est que le succès de l’initiative porterait un coup fatal aux traités bilatéraux conclus avec les pays européens. La Suisse économique et social en pâtirait gravement.

En effet, les chiffres de l’économie confirment ce que montre le moindre coup d’œil sur la géographie: la Suisse est encastrée dans l’Union européenne. L’Europe ne peut donc pas être un partenaire comme un autre; la géographie économique, autant que l’histoire, le démontre. Et même si les chefs des services commerciaux des entreprises manient volontiers le vocabulaire de la guerre -ils ont des objectifs, des stratégies, des tactiques pour conquérir des parts de marché-, force est de reconnaître que la Suisse repliée une sorte de «réduit économique national» ne pourrait pas assurer son standing international, ni même son niveau de vie, que nos voisins nous envient. En contrepartie, le maintien de quelques traditions propres à notre pays serait de peu d’utilité, et une piètre consolation.

Nous ne sommes ni l’Angleterre à qui son Premier ministre Churchill promettait «de la sueur et des larmes» dans le but de vaincre la violence Nazi, ni l’Inde de l’époque coloniale que Gandhi voulait libérer de l’occupant britannique, quitte à fabriquer les tissus par les Indiens eux-mêmes, plutôt que de les importer de Manchester, «pour produire des vêtements qu’ils porteront avec dignité». Bien différente de l’Angleterre de Churchill ou de l’Inde de Gandhi est la Suisse d’aujourd’hui. La raison en est que, dans une mondialisation actuellement dominante, la Suisse possède des atouts institutionnels et politiques qui permettent à son économie de surmonter les épreuves du temps, la pression des «amis» et les coups tordus des voisins trop envieux.

Je ne veux pas m’immiscer dans les querelles de chiffre et les extrapolations démographiques. J’épingle simplement ce qui me semble central. Derrière la tentation du repli se cache, me semble-t-il, la peur de l’avenir et la crispation exacerbée sur une identité largement fantasmée. Comme si vouloir arrêter l’évolution de la société était le gage d’un avenir meilleur! Le refus du risque de la confrontation avec l’étranger est dangereux. Comme disait le théologien suisse Hans Urs von Baltasar à propos de Jésus, soulignant qu’il est un être humain authentique: «la noblesse inaliénable de l’être humain, ajoutait-il, est de pouvoir, de devoir même projeter librement le dessin de son existence dans un avenir qu’il ignore».

Prolongeant cette remarque anthropologique, le théologien Pierre Abélard affirmait déjà à la fin du XIIe siècle, dans les constitutions qu’il écrivit pour la congrégation religieuse du Paraclet (dont Héloïse fut prieure): «On ne fera rien parce que c’est la coutume, on fera tout parce que c’est la raison.» Ce qu’il convient de défendre, ce n’est pas la coutume –qu’une «immigration modérée» ne protégera pas–, c’est une immigration raisonnée. Or la raison commande de prendre le risque de la libre circulation en Suisse des citoyens européens.

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