Vivable, viable, soutenable,… l’économie, telle que nous la pratiquons aujourd’hui, n’est pas durable. Nous sommes loin de «l’âge d’abondance» que l’anthropologue Marshall Sahlins analysait dans les années septante comme étant… l’âge de pierre. Il est vrai que personne aujourd’hui n’a envie de retourner à l’âge de pierre, qui sans doute fut écologiquement et économiquement durable, mais socialement et politiquement infecte, sans parler de l’état de santé de ses habitants dont l’espérance de vie n’excédait pas trente ans. Reste que la conciliation de l’économique et de l’écologique, promise solennellement en 1992 lors du premier Sommet de la terre à Rio, n’en finit pas d’être repoussée à demain.

La lettre circulaire (c’est la signification du mot encyclique) du pape François sur l’écologie intégrale Laudato Si’ fête ces jours-ci la cinquième année de sa parution. Et bien des initiatives mettent en lumière l’actualité de cette pensée qui relie l’économie et l’écologie par le lien d’une anthropologie qui prend le contrepied de l’individualisme contemporain. Le site internet de Suisse Romande Dignité et Développement (www.dignitedeveloppement.ch) présente avec une grande clarté, sous forme de six interventions très pédagogiques de cinq à six minutes chacune, les principaux attendus et la grande originalité de cette encyclique.

Je ne peux donc que m’associer aux manifestions du vendredi 15 mai 2020 qui, partout en Suisse, ont proclamé la «convergence des luttes sociale et climatique». Compte tenu de la pandémie et des mesures d’hygiène publique qu’elle impose, ce ne furent que des micro-manifestations, ne rassemblant à chaque fois que quelques personnes. Cette «grève pour l’avenir» témoigne d’un désir de vivre mieux dans des conditions durables. J’épingle cependant l’écart qui demeure entre les aspirations portées par les uns et par les autres participants à ces manifestations. À Lausanne, par exemple, je voyais des pancartes affirmant que le climat n’attend pas. Je suis d’accord. J’en voyais une autre exigeant de changer de système. Certes. Je suis également d’accord; mais à condition de ne pas oublier que le système n’est pas une organisation bureaucratique qu’un autocrate peut changer à coups de règlementations. C’est un ensemble hétéroclite d’institutions (l’État, le marché, la monnaie, le langage, la famille, l’École, les Églises) et d’organisations (les appareils économiques, sociaux, idéologiques d’État, les association, les partis politiques, les syndicats, les ONG). Chacune de ces institutions et de ces organisations met du jeu dans les rouages du système qui avance en brinquebalant en fonction des envies, des initiatives et des engagements de chaque citoyen.

Trop complexe pour être maîtrisé d’un seul point de vue, le capitalisme, comme tous les systèmes complexes, a tendance à dériver de façon erratique. Le capitalisme jouit d’une relative autonomie qui le différencie foncièrement de l’organisation communiste. Cette relative autonomie avait été épinglée dès 1954, dans La technique, enjeu du siècle, Jacques Ellul. Cet illustre professeur protestant avait analysé les effets de la technique sur le bien-être des habitants de notre planète. Bien avant les Forum social mondial, il avait mis le doigt sur la difficulté de concilier le social et l’écologique. C’est lui qui, le premier, a formulé l’impératif: penser «global», agir «local». La difficulté n’est pas d’agir « local » –-ne serait-ce qu’en manifestant dans la rue-, elle est de concilier l’action locale avec une pensée qui ne néglige aucune des dimensions écologique, économique, politique, psychologique et religieuse, de la vie en société.

Les chroniqueurs

Le coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

Le point de vue
de Pierre Emonet sj

La méditation
de Bruno Fuglistaller sj

Le billet spirituel
de Luc Ruedin sj

D'hier à aujourd'hui
de Jean-Blaise Fellay sj

Le triptyque du quotidien
de Julien Lambert sj

La chronique de l'invité
des jésuites

Les pierres vivantes
de Pierre Martinot-Lagarde sj

Vie Spirituelle
au temps du coronavirus

Archives

  • Séparatisme islamiste

    Étienne Perrot sj - L’histoire religieuse de la Suisse, ses cantons à dénomination «protestante» ou «catholique», puis l’accession à une véritable laïcité respectueuse des droits humains en matière de liberté de

    Lire la suite
  • Dessins de presse

    EpingleChappatte Expo2020 © Chappatte À l’occasion de l’exposition du dessin de presse, présentée au Musée des Beaux-Arts du Locle , j’épingle le rôle de l’humour dans la vie sociale. Comme le signale un confrère

    Lire la suite
  • Superstitions

    Nous baignons depuis plus de trois siècles dans le rationalisme du XVIIe siècle. Mais en dépit de Descartes, de Spinoza, de Leibnitz, en dépit des sarcasmes des Encyclopédistes du XVIIIe

    Lire la suite
  • L'indispensable aide sociale

    CAR Banner CaritasCH Kim f 970x547 Étienne Perrot s j - Jamais n’a semblé plus pertinente la formule du pape Pie XII, reprise par le pape François: «La politique est la forme la plus haute de la

    Lire la suite
  • Écologie valaisanne

    GiletJaune Creative Commons Zero CC0 Dans une interview parue dans Le Temps le vendredi 31 janvier 2020, Christophe Clivaz rappelle que les régions de montagne toucheront de l’argent du fonds climatique, pour se prémunir contre

    Lire la suite
  • Les sanctions de la FINMA

    La FINMA vient de condamner un banquier suisse à… restituer les 750'000 francs indument gagnés par le moyen illégal d’un délit d’initié. Certains s’en étonne. Non pas que l’on ne

    Lire la suite
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
  • 11
  • 12