Covid19 GerdAltmann PiyabayPar Étienne Perrot sj - Je m’inscris en faux contre l’adage «si tu veux la paix, prépare la guerre». Je pense, au contraire, que si tu veux la paix, il faut que tu prépares la paix. C’est pour l’avoir oublié que la «grande guerre», celle de 1914-1918, la «der des der», celle qui devait être la dernière, comme le prétendait mon arrière-grand-père, a engendré la seconde guerre mondiale. C’est la raison pour laquelle, dans la guerre économique, et pas simplement biologique, que nous menons contre un ennemi atypique, le coronavirus, il est bon de prévoir les lendemains de la victoire.

Je ne parle pas simplement de la lutte menée sur le terrain bactériologique. Même si l’épisode de la grippe aviaire de 2003, puis de la grippe porcine de 2009, nous donne l’espoir que, finalement le Covid-19 sera finalement vaincu, il est vraisemblable que cette lutte virale ne sera gagnée que sur le long terme. Il a fallu plusieurs décennies pour trouver un vaccin capable de terrasser le célèbre virus H1N1, celui de la grippe espagnole qui fit tant de morts à l’issue de la première guerre mondiale. Certes, aujourd’hui, les protocoles de recherche sont plus efficients. Mais, comme tout ce qui est vivant, les virus mutent et prennent parfois des formes dangereuses auxquelles l’organisme humain n’est pas accoutumé. Il faut donc s’attendre à devoir mobiliser à nouveau nos laboratoires après avoir sollicité nos hôpitaux et le civisme des citoyens.

Plutôt qu’à la dimension écologique de cette bataille biologique, je pense aux conséquences économiques de la crise qui nous frappe. Le journal du mercredi 11 mars 2020, annonce que «les économistes et les pouvoirs publics sont fixés sur un scénario de choc temporaire suivi d’un rebond au second semestre». N’étant pas devin, j’ignore si cette espérance est plausible, qui repose sur des hypothèses hasardeuses quant à la propagation du virus et quant à la résilience de notre économie. Personnellement je n’en suis pas certain. Même si les autorités sanitaires chinoises ne nous trompent pas lorsqu’ils prétendent avoir stabilisé le phénomène, il n’est pas sûr que nous suivions le même profil épidémiologique que la Chine, comme s’il était programmé que ce qui s’est passé en Chine devait se passer, à un mois d’intervalle, chez nous.

J’épingle surtout la vision de court terme d’une telle affirmation touchant le rebond de l’économie au second semestre. Cette vision imagine que les affaires pourraient reprendre comme à l’accoutumé, après avoir subi un choc tel qu’il remet en question la division internationale du travail. Ce scénario de court terme me paraît douteux. La solidarité de fait qui relie les économies s’est révélée dans la situation présente un facteur de faiblesse. Nous le savions depuis plus de dix ans quant aux relations financières internationales. Et la crise financière de 2008 a conduit, tant bien que mal, les autorités monétaires et financières mondiales à solidifier l’édifice. Aujourd’hui une même prise de conscience se fait jour, touchant cette fois non plus la sphère financière, mais l’économie réelle, la production des outils et des marchandises, le transport et les conditions matérielles de notre vie sociale.

Certes, de même que les grèves de la SNCF orientent chaque fois une partie de la clientèle vers d’autres moyens de transport, de même l’impossibilité des contacts physiques de la période que nous vivons conduit tout naturellement à expérimenter d’autres moyens de communiquer. Je gage que la nouvelle configuration qui s’annonce, à défaut de contacts personnels plus humains, profitera au milieu de vie, je veux dire à une écologie plus soutenable.

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