Étienne Perrot sj - L’histoire religieuse de la Suisse, ses cantons à dénomination «protestante» ou «catholique», puis l’accession à une véritable laïcité respectueuse des droits humains en matière de liberté de conscience et de religion, pourrait utilement contrebalancer les propos du Président français du mardi 18 février dernier, à Mulhouse dans le Haut-Rhin. Je reprends ici ce que j’ai publié sur le site de la revue Étvdes dans mon blog hebdomadaire Deux doigts au-dessus du sol (www.revue-etudes.com).

Emmanuel Macron a parlé de «séparatisme islamique». Les commentaires n’ont pas manqué. Les uns constatent que le terme renoue avec l’histoire religieuse du christianisme, à l’époque où ceux qui quittait l’Église mère pour former une Église dissidente étaient qualifiés de «séparatistes». Les autres renvoient à une utilisation plus politique du mot, rappelant que le général de Gaulle, en 1947, qualifiait de séparatiste le Parti communiste français. On se souvient aussi que le mot fut utilisé, -avec une nuance péjorative pour les uns, approbative pour les autres,- pour désigner les séparatistes corses, basques ou bretons, sans trop se soucier de savoir s’ils voulaient la régénération de leur culture régionale, l’autonomie ou l’indépendance.

Depuis deux ans, certains chroniqueurs se sont servi du mot en l’appliquant aux islamistes. D’autre se contentent de souligner que le mot séparatisme est plus fort, -car plus négatif aux vues de l’unité nationale,- que celui communément utilisé par les tenant d’une laïcité sectaire, celui de communautarisme. D’autre enfin, ignorant ces références historiques, politiques et linguistiques, rangent le propos du Président français tout simplement dans la catégorie des tactiques électorales. Emmanuel Macron est alors supposé donner des gages aux classes moyennes françaises tentées par la droite nationaliste.

Le Président français n’a peut-être pas cet arrière-fond historique, ni même cette arrière-pensée électoraliste. Son analyse semble voir dans le séparatisme une manœuvre à long terme des islamistes pour subvertir les fondements laïques de la République, et les remplacer par un lien social à base religieuse. Sur ce terrain-là, je le suis pleinement. Bien que j’attende un éclairage plus précis de ce qui ne m’apparaît pour le moment qu’une intuition vraisemblable, mais pas encore vérifiée. Les propositions d’action promises par le Président éclaireront certainement les analyses sous-jacentes qui pourraient étayer cette intuition.

Mais, quelles que soient les politiques menées dans ce sens, elle ne pourront porter du fruit qu’à une condition: qu’elles n’apparaissent pas comme le bras armé d’une religion de la République chargée de remplacer les anciennes traditions religieuses. Les temps ne sont plus où, la religion du pays étant celle du souverain, le souverain -fut-il le peuple- pouvait décider de changer de religion et l’imposer à la population. Cette conjonction politico-religieuse a nourri les guerres de religions en Europe, chaque souverain prétendant confisquer le sentiment religieux au profit de son pouvoir. On a également dépassé l’époque des Lumières où le «doux commerce» selon Montesquieu, voire la Bourse de Londres selon Voltaire, étaient l’instituteur du lien social.

Le danger d’une religion républicaine est-il si grand? Non, je ne le pense pas, sauf dans les pays totalitaires qui ignorent superbement les droits humains. Je ne le pense pas dans la mesure où la laïcité reste dans les limites de ses compétences: par la séparation des Églises et de l’État (et non pas des Églises et de la société), permettre la libre pratique des cultes, y compris dans leur visibilité publique. Vouloir limiter cette liberté au nom du lien social républicain ne peut apparaître que comme une tentative d’instaurer une religion concurrente. Ce qui renforcerait les liens communautaires et le désir de se séparer de la République. Les fondements moraux de la République, respect des autres et de soi-même, liberté absolue de conscience et de religion, tolérance mutuelle, me semblent à la fois nécessaires et suffisantes pour lutter contre toute forme de séparatisme à prétention religieuse.

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Le billet spirituel
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Les pierres vivantes
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