Les individus, les groupes sportifs, les entreprises, les écoles, les pays, tous cherchent à se situer dans la hiérarchie des compétences en se comparant aux autres. La raison gît sans doute dans le secret espoir charrié par le dicton: «Quand je me regarde, je me désole; en revanche, quand je me compare, je me console.» Ce n’est pas toujours vrai, mais il est bien rare de ne pas trouver quelques comparses plus mal placés que soi-même.

En matière de corruption, plusieurs estimations sont publiées chaque année, notamment, celles de Transparency International et, ces derniers jours, celle de Global Risk Profile. Selon les derniers indices publiés, la Suisse n’est certes pas «au-dessus de tout soupçon»; mais elle se situe dans une place plus qu’honorable. Je m’en réjouis triplement. D’abord parce que la corruption détériore le lien social et le sentiment d’appartenance sans lequel perdent leur sens les efforts de chacun pour faire société. Ensuite parce que, contrairement à ce qui fut un temps affirmé, l’argent de la corruption revient rarement s’investir d’une manière productive dans le pays qui en est la source. Enfin parce que la corruption mine directement la productivité générale du pays en faisant accéder des incompétents aux postes de responsabilité; elle détériore la compétitivité et fait fuir les investissements étrangers.

Il est possible, bien sûr, de relativiser ce type de classement. En dépit des règles que l’OCDE a fait admettre interdisant la corruption des fonctionnaires étrangers, s’ajoutant aux principes internationaux relatifs aux «bonnes pratiques» des firmes multinationales, la corruption n’est jamais officielle. Du coup, il est difficile d’appréhender directement le phénomène. De plus, les enquêtes de ce genre se basent la plupart du temps sur des interviews, des déclarations plus ou moins sollicitées, qui reflètent autant un climat général que des pratiques mesurables. S’ajoute à cela le fait que la définition même de la corruption est sujet à discussion. La corruption est un phénomène social global où la culture, la configuration politique et les traditions familiales ou religieuses, jouent leur rôle.

Dans le droit d’origine latine, la corruption est un pacte, tacite le plus souvent, entre un corrupteur et un corrompu; dans la pratique de beaucoup de pays, la corruption est une affaire de réseaux, et non pas de relations bilatérales. S’ajoute à ce fait la sensibilité très différente, de part et d’autre de l’Atlantique, envers le lobbying. Pratique normale du fonctionnement de la démocratie libérale dans les pays d’influence anglo-saxonne, atteinte à l’intérêt général ailleurs.

Quelles que soient les nuances qu’il convient d’apporter à ce genre de classement de la corruption, je vois la principale raison du bon score de la Suisse moins dans sa législation qui serait plus contraignante que partout ailleurs, et davantage dans sa culture doublée de sa tradition politique. La loi n’y est pas vue comme l’émanation d’un État qui s’oppose à la liberté individuelle, mais comme l’émanation du peuple. À quoi s’ajoute un élément discret, mais qui me semble particulièrement efficace en matière de corruption, la simplicité de son système administratif qui favorise les recours, et rabote les baronnies.

Les chroniqueurs

Le coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

Le point de vue
de Pierre Emonet sj

La méditation
de Bruno Fuglistaller sj

Le billet spirituel
de Luc Ruedin sj

D'hier à aujourd'hui
de Jean-Blaise Fellay sj

Le triptyque du quotidien
de Julien Lambert sj

La chronique de l'invité
des jésuites

Les pierres vivantes
de Pierre Martinot-Lagarde sj

Vie Spirituelle
au temps du coronavirus

Archives

  • Séparatisme islamiste

    Étienne Perrot sj - L’histoire religieuse de la Suisse, ses cantons à dénomination «protestante» ou «catholique», puis l’accession à une véritable laïcité respectueuse des droits humains en matière de liberté de

    Lire la suite
  • Dessins de presse

    EpingleChappatte Expo2020 © Chappatte À l’occasion de l’exposition du dessin de presse, présentée au Musée des Beaux-Arts du Locle , j’épingle le rôle de l’humour dans la vie sociale. Comme le signale un confrère

    Lire la suite
  • Superstitions

    Nous baignons depuis plus de trois siècles dans le rationalisme du XVIIe siècle. Mais en dépit de Descartes, de Spinoza, de Leibnitz, en dépit des sarcasmes des Encyclopédistes du XVIIIe

    Lire la suite
  • L'indispensable aide sociale

    CAR Banner CaritasCH Kim f 970x547 Étienne Perrot s j - Jamais n’a semblé plus pertinente la formule du pape Pie XII, reprise par le pape François: «La politique est la forme la plus haute de la

    Lire la suite
  • Écologie valaisanne

    GiletJaune Creative Commons Zero CC0 Dans une interview parue dans Le Temps le vendredi 31 janvier 2020, Christophe Clivaz rappelle que les régions de montagne toucheront de l’argent du fonds climatique, pour se prémunir contre

    Lire la suite
  • Les sanctions de la FINMA

    La FINMA vient de condamner un banquier suisse à… restituer les 750'000 francs indument gagnés par le moyen illégal d’un délit d’initié. Certains s’en étonne. Non pas que l’on ne

    Lire la suite
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
  • 11
  • 12