Soumise à votation le 10 février prochain dans le canton de Zurich, la nouvelle loi cantonale sur l’eau provoque de justes polémiques. Les uns accusent cette loi d’ouvrir la porte à la privatisation, le Conseil d’État zurichois s’en défend. Chaque électeur peut s’informer, d’abord des tenants et aboutissants de la loi litigieuse, mais aussi de la complexité technico-économique de ce type de problème.

Mais cette information, aussi sérieuse fut-elle, ne dispensera pas les électeurs zurichois de prendre le risque d’un discernement personnel, en fonction des valeurs qui les portent. L’attitude civique en ce domaine, -qui est aussi la condition de la démocratie-, consiste à admettre que les constats et les analyses technico-économiques conditionnent mais ne déterminent jamais totalement les options politiques. Non pas simplement parce que ce qui est légal n’est pas toujours l’expression de ce qui est légitime, -c’est le ressort fondamental de la vie politique-, mais aussi parce que les valeurs portées par chacun des votants induisent des analyses et des options technico-économiques différentes. L’inverse s’appelle la technocratie qui fait passer des options morales et politiques sous couvert de contraintes techniques.

Outre la technocratie, un autre danger menace notre démocratie. C’est le danger du cléricalisme moralisateur. Il consiste à faire passer des options techniques au nom d’une autorité qui n’en a pas la compétence. Le champion de football n’a pas plus de compétence que vous ou moi pour savoir s’il faut ou non privatiser la distribution de l’eau du canton. (Tout dépend de l’objectif visé, des contraintes notifiées par les sciences et les techniques, de l’horizon de temps que l’on se donne et des circonstances politico-culturelles.)

Dans la même veine, je souscris pleinement à la critique faite récemment par le président du PDC Gerhard Pfister et la théologienne catholique Béatrice Acklin Zimmermann, membre du parti libéral-radical et conseillère générale à Fribourg. «Au sein du nouveau groupe de réflexion "Église/Politique", qu'ils ont récemment fondé avec des personnalités qui s'affirment toutes comme des chrétiens pratiquants, Gerhard Pfister et Béatrice Acklin Zimmermann veulent rappeler les Églises à leurs devoirs», rapporte www.cath.ch qui titre le 8 janvier 2019 : Le président du PDC veut renvoyer l'Église à la sacristie. En toute cohérence avec cette position, le qualificatif de «chrétien» du sigle PDC me paraît parfaitement incongru (comme tout parti politique qui se voudrait spécifiquement religieux).

Non pas que je soutienne que la foi n’ait rien à voir avec la politique, -bien au contraire-. Ce que je critique, c’est l’utilisation de l’autorité religieuse au profit d’une cause particulière ou d’un programme défini. Ce qui est d’ailleurs conforme à la doctrine de l’enseignement social chrétien concernant l’application du principe de subsidiarité dans l’Église.

À noter encore que la dernière livraison de la revue culturelle jésuite choisir (n°690, janvier-mars 2019) rassemble un dossier complet sur le sujet de l'eau. Dossier très instructif qui peut servir de bonne introduction au Festival Histoire et Cité sur le même thème qui se tiendra à l’Université de Genève, mais aussi à Lausanne, Yverdon et Sion du 27 au 31 mars prochain. Plus d'infos sur: https://histoire-cite.ch/ 

 

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