Le passage d’une année à l’autre aurait pu être le prétexte de reprendre la rengaine habituelle sur l’année qui renaît le 1er janvier après avoir enterré la précédente le soir de la St Sylvestre. Mythe du cycle de la mort qui engendre la vie. Mais, en ces derniers jours, des voix de plus en plus insistantes annoncent que le déclin d’une année ne prépare pas des lendemains qui chantent. Au point qu’en perdent leurs saveurs les vœux traditionnels de bonne année et de bonne santé. En témoigne une synthèse parue voici quelques jours (le jeudi 27 décembre 2018) dans Le Temps, sur le thème de la mort du progrès: «L’idée d’une amélioration infinie du bonheur humain grâce à la science, qui tenait lieu de religion laïque en Occident, a laissé la place à un pessimisme sombre. Il n’a jamais été plus palpable qu’en cette fin de 2018».

Réchauffement climatique, amas de bouteilles de plastiques grand comme l’Europe dans l’océan, disparité grandissante entre les patrimoines et entre les revenus, désagrégation du tissu social miné par un individualisme cynique, montée des populismes en divers coins de la planète, rien de cela ne peut réchauffer les cœurs en ce début d’année. L’article du Temps convoque les penseurs attitrés de ce phénomène: Dominique Bourg, professeur à l’Université de Lausanne, Pablo Servigne, Étienne Klein. On pourrait rapprocher cette angoisse collective des terreurs de l’an mille. Là où, voici dix siècles, on voyait la main du diable, la fascination de la singularité troublante des chiffres ronds, les adeptes de la détrologie (la science des complots, littéralement des arrière-mondes) dénoncent aujourd’hui l’État et ses experts (je bannis le mot élite) dont on attendait tout, l’éducation, la croissance, la santé, la paix. L’État qui, selon le philosophe Hegel, incarnait la Raison émancipatrice, est devenu, pour quelques observateurs, ce que Tocqueville craignait le plus, la puissance paternelle qui n’oriente pas la société vers l’âge mûr comme l’annonçaient Les Lumières, mais maintient l’humanité dans l’enfance; ce qui, aujourd’hui, semble la conduire au désastre.

Faut-il donc craindre l’année 2019? Non, je ne crois pas. Le collapse annoncé par certains n’est pas évident. Encore faut-il cultiver la santé. Cette santé qui n’a rien du «fonctionnement de l’organisme dans le silence des organes»; car, tel le réchauffement climatique, la physique nous enseigne que les phénomènes les plus dramatiques se préparent souvent silencieusement. La santé -celle du moins que je souhaite à mes lecteurs pour l’année 2019- c’est cette capacité de se relever de la maladie, de l’accident ou de la chute. Santé biologique, bien sûr, celle qui vient spontanément à l’esprit, mais également santé morale qui n’imite pas bêtement ce qui se fait autour de soi. J’ajouterai volontiers à ces deux premiers souhaits la santé politique, celle qui ne cherche pas à toute force l’unanimité dans le replis frileux sur une identité nationale largement fantasmée.

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