AdorationMageBrueghelÀ l’approche du 25 décembre, les médias, toutes tendances confondues, profitent de la «trêve des confiseurs» pour faire mine de s’intéresser à la dimension religieuse de Noël, cette fête populaire, familiale et commerciale. Comme me le disait un ami: «Les curés sont vraiment fortiches; ils ont réussi à placer une fête religieuse au milieu de la fête de Noël.» À vrai dire, ce ne serait pas la première fois que le christianisme surfe sur des traditions populaires. Noël, calé à peu près sur les antiques fêtes païennes du solstice d’hiver, peut, en effet, être vu comme la récupération par les chrétiens de la célébration d’un jour qui commence à grandir, triomphant de la mort de l’hiver.

Placer la naissance de Jésus au milieu de l’hiver n’a rien d’une évidence historique. La tradition et l’iconographie chrétiennes n’en ont pas moins fait une évidence. En témoigne ce vendredi 21 décembre 2018, la présentation, dans La Tribune, du commentaire savant d’un tableau de Pieter Brueghel le Jeune: une Adoration des mages située, avec mille détails, dans «le glacial hiver des Flandres». Un drame plane sur Jésus en hiver, dit le titre du commentaire de Irène Languin. Les historiens savent que ni l’année précise, ni le mois, encore moins le jour et l’heure de la naissance de Jésus n’est certaine. Alors, pourquoi minuit le 25 décembre? Pour une raison symbolique facile à comprendre: avec la lumière qui renaît l’espérance grandit, la chaleur s’avance. C’est là, bien sûr, une vision des habitants de l’hémisphère Nord. Les populations d’Abidjan en Côte d’Ivoire ont bien du mal à vivre cette symbolique, eux qui ne connaissent pas les variations saisonnières de la durée du jour. Quant aux Australiens qui célèbrent Noël en plein été, ils leurs faut une bonne dose d’imagination pour lier la naissance de Jésus à l’expérience du froid et de la neige. D’une manière moins symbolique et plus abstraite, les religions parlent simplement de sauveur et de salut, un peu à la manière des malades et des blessés de la vie parlant de leur médecin et de leur guérison.

Le côté folklorique de la fête de Noël l’emporte désormais le plus souvent sur son aspect symbolique et théologique. La cause n’en est pas à chercher entièrement du côté des marchands de cadeaux et de divertissement; elle vient aussi de notre culture qui répugne à compter sur autrui, surtout lorsque cet autrui traîne derrière lui une odeur d’arbitraire. Dieu est incontrôlable, reconnaissent toutes les religions. «Il n’est pas de sauveur suprême» clame, en écho, le chant révolutionnaire. C’est vrai pour tous ceux qui, se coulant dans l’esprit de la modernité, se veulent, selon le programme de Descartes dans son Discours de la méthode, «maîtres et possesseurs de la nature». C’est encore vrai pour ceux qui comptent sur la technique de demain pour réparer les erreurs d’aujourd’hui. Mais tous ceux que la perspective des lendemains qui chantent ne consolent pas des tragédies présentes -je ne parle pas simplement d’écologie, mais de toute angoisse vécue par chacun- restent sourds aux sirènes de la modernité; ils se tournent -par nature ou par Grâce- vers tout ce qui, au milieu de leur nuit, au cœur de leur hiver, est signe d’espérance, comme l’enfant de la crèche.

Les chroniqueurs

Le coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

Le point de vue
de Pierre Emonet sj

La méditation
de Bruno Fuglistaller sj

Le billet spirituel
de Luc Ruedin sj

D'hier à aujourd'hui
de Jean-Blaise Fellay sj

Le triptyque du quotidien
de Julien Lambert sj

La chronique de l'invité
des jésuites

Archives